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Congrès musulman à Bienne
19 février 2011 16:56; Act: 20.02.2011 13:29 Print
Le coup de force du Conseil central islamique
par Raphaël Pomey - La journée organisée par Nicolas Blancho et ses amis a conduit le Palais des Congrès de Bienne au bord de l’implosion. Le groupuscule est-il en passe de devenir incontournable?
Les spécialistes le disent isolé et peu représentatif de la communauté musulmane helvétique. Hier, l’autoproclamé Conseil central Islamique Suisse a en tout cas prouvé qu’il savait rassembler. Et plutôt très bien. Alors qu’un millier de visiteurs était attendu, c’est le double qui a déferlé au centre-ville de Bienne, au Palais des Congrès.
Un supermarché aux oeuvres étonnantesVoiles en tout genre, livres sur la sexualité en islam ou sac à main représentant la Mecque, le premier étage du Palais des Congrès de Bienne s'est transformé en véritable supermarché musulman, l'espace de la journée d'hier. Bien que le programme des conférences présentait un islam résolument moderne et féministe (la journaliste Yvonne Ridley a d'ailleurs été ovationnée à la fin de son discours), quelques surprises moins égalitaires se trouvaient sur les stands. Par exemple, un livre gracieusement fourni sur une table au centre de la salle annonçait qu'un léger châtiment corporel peut parfois se justifier sur les épouses indisciplinées, «en cas de force majeure». Un exemple: face à des obscénités manifestes proférées par ces dames. «Battre une épouse rebelle est une mesure temporaire», précise l'ouvrage. Son auteur ajoute qu'en cas d'insuccès, monsieur doit explorer la voie de réconciliation par l'intervention des familles. Des toilettes un peu étroites
C'est le détail insolite du jour. Les personnes portées sur l'hygiène ont découvert les vertus de la patience tout au long de l'événement organisée par le Conseil islamique suisse. En cause, la présence de deux pauvres robinets, dans le local des toilettes, constamment squattés par les fidèles venant méthodiquement se laver les mains, les pieds et le visage avant d'aller prier. Avec une affluence de deux mille personne, les lieux ont vite atteint leur limite.
Cheveux gominés et robes afghanes
Venu de toute la Suisse, mais aussi de France, d’Espagne ou d’Allemagne, le public se divisait entre barbus en training ou robes afghanes, jeunes bien sapés aux cheveux gominés et filles voilées, parfois intégralement. Des entrées et des sections de gradins différentes séparaient filles et garçons.
Un rentissant «Allah ouakbar»
Star incontestable de la journée: Shefqet Krasniqi, imam de la principale mosquée de Pristina, au Kosovo. Accueilli par un assourdissant «Allah akbar », le religieux a tenu, durant l’après-midi, un discours tant attendu que l'afflux de fidèles conduit la salle le Palais des Congrès au bord de l'implosion. l'imam y a présenté l’islam comme la raison du maintien d’une identité albanaise très forte, malgré les turbulences de l’histoire. Des cars de fidèles étaient même venus d’ex–Yougoslavie pour l’écouter à Bienne. Majoritairement composé de jeunes issus des Balkans, le public s’est tellement densifié au cours du discours qu’un des organisateurs a dû demander aux personnes restées debout de quitter la salle, pour raison de sécurité. Une péripétie accentuant les allures de triomphe prise par un événement hors-norme dans le paysage helvétique.
Nicolas Blancho surprend son monde
Plus tôt dans la journée, le converti le plus célèbre du pays, Nicolas Blancho, avait joué une carte très consensuelle en allant distribuer des chocolats –symbole suisse par excellence –aux cinquante manifestants qui se tenaient en face du Palais des Congrès pour dénoncer les discriminations faites aux chrétiens dans divers pays musulmans. La confrontation des croyants n’a pas donné lieu à des violences, malgré quelques échanges verbaux plutôt vifs. Les opposants aux congrès réunis dans la rue se répartissaient entre membres d’églises évangéliques d’un côté, et de jeunes au look skinhead, de l’autre.
En finir avec la culture de l'excuse
Dans une même ligne «soft », le grand organisateur de la journée, Nicolas Blancho, a ensuite appelé dans un discours peu applaudi les croyants à cesser de trouver des excuses à leurs échecs, notamment en matière de réussite sociale, et de rejeter leurs fautes sur «les américains» ou «les juifs». «Si on expulse les juifs de Suisse, l’économie s’effondre. Si on expulse les musulmans, il manquera juste un peu de monde sur les chantiers ou pour nettoyer les toilettes», a avancé le Biennois.
«Un gros coup marketing»
«C'est déconsidérer le travail des gens sur les chantiers et l'apport économique des musulmans à la Suisse», proteste Mallory Purdie, universitaire spécialiste de l’islam suisse venue assister à l’événement. Elle juge que la ligne «autocritique» défendue par Nicolas Blancho constitue un revirement dans le ton du discours, par rapport à certaines prises de position qu'il a pu tenir dans la campagne sur l'interdiction des minarets. Si elle juge que la journée, dont elle estime les coûts d’organisation à 100'000 francs, est un succès pour Nicolas Blancho et ses amis, elle précise que l’ensemble des participants ne sont pas forcément d’accord avec toutes les positions du Conseil central islamique suisse. «Ce que je retiens, à chaud, c'est la dimension événementielle donnée à ce congrès, dans laquelle on a vu la mise en scène d'un islam pacifiste et moderne, qui veut redonner leur place aux femmes.» Elle souligne la maîtrise de l'art oratoire de Nicolas Blancho et de son responsable presse, Qaasim Illi, capables de capter l'attention de l'assemblée, d'utiliser la technologie et de s'exprimer devant deux mille personnes sans paniquer.
A noter que le Conseil central islamique, en plus de demander un prix d’entrée de seulement dix francs, a démontrer l’ampleur de ses moyens financiers en offrant boissons (sans alcool) et nourriture au public, en plus de fournir une traduction professionnelle en allemand, en français et anglais au public.





















