Canton des Grisons

05 janvier 2018 09:11; Act: 05.01.2018 09:31 Print

Le romanche et l'italien trop rares sur le Net

Pour se renseigner sur les sites de l'hôpital cantonal et de la banque cantonale, il faut maîtriser l'allemand.

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Le conseiller d'Etat Martin Jäger (PS) rappelle que la loi contraint uniquement les autorités et institutions cantonales à communiquer dans les trois langues. (Photo: Keystone)

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Canton trilingue, les Grisons pèchent pourtant dans la traduction en romanche et en italien des sites en ligne de ses grandes institutions. L'hôpital cantonal, la banque cantonale et certaines communes font figure de mauvais élèves dans ce domaine, contrairement aux Chemins de fer rhétiques. Ils invoquent tous des raisons de coûts.

La critique sur l'absence d'un trilinguisme conséquent est justifiée, admet le conseiller d'Etat Martin Jäger (PS). Le ministre grison de la culture rappelle toutefois que la loi contraint uniquement les autorités et institutions cantonales à communiquer dans les trois langues.

Romanches et Italophones: moins de 25%

Sur les 198'000 habitants que compte le canton, plus de 30'000 sont de langue principale romanche et plus de 25'000 sont de langue principale italienne, qu'ils soient issus des vallées italophones ou qu'ils soient tessinois, voire italiens.

En dehors de l'administration cantonale, le romanche et l'italien ne sont toutefois que rarement présents sur les sites Internet des institutions et des entreprises. Seuls les Chemins de fer rhétiques disposent d'un site dans les trois langues. Pour se renseigner sur les sites de l'hôpital cantonal et de la banque cantonale, il faut maîtriser l'allemand.

Soutenir plutôt que traduire

Les coûts élevés que représente une traduction en romanche et/ou en italien constituent la raison de ce manque. Le site en ligne de l'hôpital cantonal compte 600 pages, fait observer son porte-parole Dajan Roman. La traduction de termes médicaux est en outre souvent fastidieuse. Il en coûterait 100'000 francs à l'hôpital pour les deux langues minoritaires, sans parler de la mise à jour annuelle, soit 50'000 francs de plus par an.

Pour un établissement de droit privé comme l'est l'hôpital cantonal, une telle facture serait disproportionnée face au réel besoin de la population, souligne Dajan Roman. Les romanches maîtrisent l'allemand et de nombreux italophones du canton disposent de connaissances dans la langue de Goethe. A l'hôpital, les patients peuvent en outre s'exprimer dans leur propre langue.

A la Banque cantonale grisonne, on encourage le multilinguisme à travers un fonds de contribution, confie son porte-parole Plutarch Chiotopulos. L'institut financier soutient des projets, des publications et des événements italophones et romanches . «Cela nous semblait plus important jusque-là que de traduire notre site en ligne», explique le porte-parole.

Italophones désavantagés

Pour les associations de défense des minorités linguistiques, la présence modeste de leur langue sur les sites en ligne reste un thème de discussion permanent. «Nous n'avons pas accès à l'entier du service public», déplore Giuseppe Falbo, secrétaire général de Pro Grigioni Italiano (PGI). Il juge la situation «très insatisfaisante».

La PGI s'est même adressée en ce sens au Conseil de l'Europe. Ce dernier a recommandé aux autorités de continuer à soutenir la langue italienne dans l'administration et dans le secteur public, en particulier dans le domaine de la santé, souligne Giuseppe Falbo.

Pour les italophones, l'équité de traitement est encore plus importante que pour les romanches, souligne-t-il. Les romanches sont tous bilingues, alors que l'allemand reste une langue étrangère pour les habitants du Val Poschiavo, du Val Bregaglia et du Val Mesolcina, les trois principales vallées italophones des Grisons.

Communes romanches mauvaises élèves

La Lia Rumantscha («Ligue romanche») ne parle, en effet, que d'une «moyenne insatisfaction concernant l'économie privée». Son porte-parole Andreas Gabriel juge bien plus problématique la tendance de communes romanches ou bilingues à ne communiquer qu'en allemand.

Dans de nombreuses institutions, il est en revanche possible de s'adresser par téléphone à une personne parlant le romanche, même si leur site Internet n'est disponible qu'en allemand. «Nous souhaiterions que certaines pages en ligne soient traduites en romanche», admet Andreas Gabriel. Des entreprises semi-publiques comme les hôpitaux devraient montrer l'exemple, ajoute-t-il.

L'hôpital cantonal et la banque cantonale promettent de faire un effort. L'institut financier va réaliser une version italophone de son site l'an prochain. L'établissement hospitalier prévoit, lui, de traduire les principales pages de son site en romanche et en italien ces prochaines années.

(nxp/ats)