Tourisme

26 septembre 2013 09:51; Act: 26.09.2013 14:58 Print

Chinois priés d'apprendre les bonnes manières

Le gouvernement de l'Empire du milieu a édicté des règles de conduite que ses ressortissants en visite en Suisse devront appliquer dès le 1er octobre. Des hôteliers lucernois confirment que des problèmes existent.

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On le savait déjà, les Chinois en visite à Lucerne sont toujours plus nombreux. Cette année, 120'000 d'entre eux ont déjà visité la ville. C'est 8% de plus que l'an dernier et deux fois plus qu'en 2008. Et tous ces touristes ne se comportent pas décemment: les pratiques en matière de politesse ne sont pas les mêmes en Chine qu'en Suisse et les voyageurs ne le savent pas forcément. Pour pallier ce problème, Pékin a édité un petit guide des bonnes manières en Helvétie. Il s'agit d'une des mesures contenues dans la nouvelle loi sur le tourisme en Chine, qui entre en force le 1er octobre (voir ci-dessous).

Pourtant, il semble que les touristes chinois n'arrivent pas en Suisse sans rien en connaître: «Avant notre voyage en Europe, notre accompagnant nous a expliqué les coutumes locales», raconte un touriste en visite à Lucerne à «20 Minuten».

Séparés des autres

Afin que les visiteurs chinois ne dérangent pas trop les autres visiteurs, un hôtel lucernois, qui a souhaité rester anonyme, a décidé de les séparer des autres clients. «Ils chahutent beaucoup et ne sont pas très polis», explique son propriétaire. Un autre ajoute qu'ils ne respectent pas l'interdiction de fumer dans les chambres.

Le «Tages-Anzeiger» rapporte même qu'à partir du 1er octobre, si des comportements inconvenants étaient signalés aux autorités, les voyageurs risquent des sanctions dans leur pays. Les agences de voyages locales seraient par exemple tenues de ne plus accepter les contrevenants comme clients.

Sages en Suisse romande

A Genève, qui fait partie des villes suisses prisées des touristes chinois, le comportement de ces derniers ne pose pas problème. Même si des cas isolés ne sont pas exclus, selon Genève Tourisme. En Valais aussi, les Chinois se tiennent plutôt bien. «En plus, nous avons mis en place un programme de formation continue qui forme les employés aux cultures étrangères. Et cela ne concerne pas que les Chinois, mais aussi les Russes et les Indiens», explique Patrick Berod, directeur de l'association des hôteliers du Valais. «C'est comme dans un couple, il faut que chacun fasse un bout de chemin pour comprendre l'autre».

Sur les soucis des hôteliers lucernois, Partick Berod pense que le souci majeur n'est pas le comportement, mais plutôt la densité de personnes du même pays, au même endroit, au même moment. «Le problème serait le même avec d'autres nationalités», conclut-il. Dans le canton de Vaud enfin, où les touristes chinois visitent souvent le Château de Chillon, pas de problème majeur relevé non plus.

«Il faut dire que le canton de Vaud vise plutôt les touristes chinois qui viendraient à titre individuel et non les grands groupes. Ce qui évite certainement bon nombre de soucis», déclare Philippe Thuner, président de l'Association romande des hôteliers. En ce qui concerne des formations spécifiques dans l'accueil des visiteurs étrangers, le canton du Valais semble être le seul à organiser des cours. «Hôtellerie Suisse distribue toutefois des brochures, notamment concernant l'accueil des Chinois et leurs habitudes», révèle Philippe Thuner.

Haro sur les prix et les haltes commerciales

Les visiteurs de Chine devraient continuer d'affluer et de dépenser en Suisse en dépit de la première loi sur le tourisme jamais élaborée par Pékin, qui entrera en vigueur le 1er octobre. Outre les bonnes manières, cette législation s'attaquent à la pratique des prix bradés et des haltes commerciales obligatoires, les destinations helvétiques devraient, quant à elles, en tirer parti.

«La Chine aura nécessité 30 ans pour formuler sa loi-cadre sur le tourisme, explique Xu Jing, directeur régional de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) pour l'Asie et le Pacifique. Elle vise notamment les dérives de la branche, telles que le «zero dollar tour», qui deviendra illégal, précise le représentant de l'agence onusienne.

Ce procédé consiste à offrir des forfaits à des prix défiant toute concurrence, contre des prestations bas de gamme, des visites et achats forcés à l'arrivée, avec à la clé, commissions et subventions pour l'agence. En vertu de l'article 35 de la future loi, de telles haltes ne pourront en outre plus être imposées ou devront figurer dans le programme officiel.

Si ce durcissement aura des implications pour les agences peu scrupuleuses, ce problème, notoire en Asie du Sud-Est, ne s'applique pas à l'Europe, affirme Xu Jing. «En tant que destination de qualité, dans le contexte suisse, la nouvelle loi est plutôt une aubaine», assure-t-il.

Nuitées pas affectées

Suisse Tourisme se montre aussi confiante. «Le modèle d'affaires des tours-opérateurs pour l'Europe est différent de celui appliqué aux destinations du sud-est asiatique et de l'Australie», indique Véronique Kanel, porte-parole de l'organisation. «Les forfaits zéro-dollar n'ont pas cours pour les voyages incluant la Suisse comme destination (multi- ou mono-pays)», renchérit-elle.

«Même si nous nous attendons à une légère hausse de prix des voyages de groupe, l'Europe ne constitue pas une destination bon marché pour les Chinois et la répercussion sur les nuitées devrait être minime», poursuit Mme Kanel. Elle estime par ailleurs que ce renchérissement favorisera l'essor des voyages individuels et augmentera ainsi la valeur ajoutée générée par le tourisme chinois en Suisse.

Hotelleriesuisse abonde dans le même sens. «Les effets de la nouvelle loi dépendront de la rigueur avec laquelle elle sera appliquée», estime pour sa part l'organisation. Si les nuitées chinoises pourraient un peu fléchir à court terme, les programmes fixes et clairs offrent en revanche une meilleure garantie pour les pays de destination, note la porte-parole Susanne Daxelhoffer.

Selon le quotidien «Le Temps», les ventes des montres helvétiques pâtiront de ce tour de vis. Une crainte que ne partage pas la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH). «Nous sommes en faveur d'un commerce loyal», déclare son président Jean-Daniel Pasche. «Les prix compétitifs en Suisse, plus l'aspect émotionnel d'acheter dans le pays d'origine, resteront des atouts», selon lui.

Les plus dépensiers

Pour l'heure, le flot n'est pas prêt de se tarir, l'urbanisation galopante, l'élévation des revenus disponibles et l'assouplissement des restrictions aux voyages aidant. Les déplacements internationaux des Chinois sont ainsi montés en flèche, passant de 10 millions en 2000 à 83 millions en 2012, selon l'OMT.

L'empire du Milieu s'est en outre propulsé l'an dernier au rang de premier marché émetteur de tourisme au monde au titre des dépenses, devant l'Allemagne et les Etats-Unis. Ses ressortissants ont déboursé 102 milliards de dollars (93 milliards de francs) en voyages à l'étranger, après 73 milliards en 2011, indique l'OMT. Au premier semestre 2013, ces dépenses ont encore bondi de 31%.

En Suisse, le débours moyen atteint 350 francs par personne et par jour, calcule Suisse Tourisme, contre 120 à 240 francs pour les touristes européens. Les nuitées chinoises (sans Hong Kong) en Suisse, 7e en termes de volume, ont atteint 346'100 au premier semestre 2013, soit une hausse de 22% sur un an, après 835'700 sur l'ensemble de 2012 (+23,4%).

(dmz/ats)