Lausanne

13 juin 2018 22:10; Act: 13.06.2018 22:10 Print

«Désormais, elle craint les hommes et fait pipi au lit»

Un moniteur de colonie de vacances nie les abus sexuels sur trois mineures dont il est accusé. Mercredi au Tribunal, les parents ont décrit le bouleversement subi par leurs enfants.

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Quelques uns des faits reprochés au jeune moniteur poursuivi pour des actes d'ordre sexuel sur des enfants se seraient passés dans une piscine.

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Une affaire d'abus sexuels avec trois enfants comme victimes présumées jugée par un tribunal de police et un procureur absent des débats... Ce sont là quelques unes des incongruités du procès qui s'est ouvert mercredi à Lausanne. Trois mineures d'une dizaine d'années disent avoir été agressées sexuellement par un moniteur lors d'une colonie de vacances organisée par une association vaudoise durant l'automne 2015: doigt sur les parties génitales, mouvements du bassin avec sexe en érection en enlaçant les victimes présumées, mains sur les seins. Siégeant en solo, la présidente de la Cour a la peu enviable mission de trancher s'il y a eu des actes d'ordre sexuel sur des enfants ou s'il s'agit d'affabulations.

La métamorphose d'une victime présumée
Les parents, eux, ont constaté un profond changement des enfants dès leur retour du camp de vacances. «Ma fille s'est renfermée. Maintenant, elle craint les hommes. Elle pleurait et voulait être dans mes bras et s'est mise à faire pipi au lit», a révélé une maman. «Habituellement câline, elle est devenue distante. Samedi, elle m'a dit en parlant du moniteur, j'espère qu'il sera puni», a enchaîné le père d'une des victimes présumées. Ces deux parents ont signalé qu'avant l'affaire de la colonie, leur fille n'avait jamais mis les pieds chez un psy. Mais depuis l'automne 2015, elle n'a pas arrêté de consulter. «Je suis triste d'entendre que les enfants sont dans cet état à cause de moi. Mais, dans mes souvenirs, je ne vois pas ce que j'ai fait de mal», a réagi l'accusé d'une vingtaine d'années décrit comme «immature» par les psys. Un ou deux ans avant les faits, la direction de la colonie avait reproché au jeune homme, qui appelait une des accusatrices «ma fille de cœur», sa proximité affective avec quelques vacancières.

L'expert appelle à la prudence
Auteur de plusieurs publications dont «Les fausses allégations d'abus sexuels», l'expert psychiatrique français Paul Bensussan a toutefois semé le doute. «Il n'existe pas de signes spécifiques aux abus sexuels. Une victime peut se signaler par un état d'agitation, une autre par sa passivité. Il faut une rigueur dans l'étude du dévoilement des faits, leur contexte, les questions posées aux enfants. Sinon, c'est comme une scène de crime polluée», a mis en garde le très volubile expert mandaté par la défense. «Si elle émanait d'une monitrice, cette proximité n'aurait inquiété personne», a encore relativisé cet expert auprès de la Cour pénale internationale de La Haye (Hol). «Est-il apte à travailler avec des enfants», a interrogé Me Inès Feldmann à propos du moniteur. «Innocent ou coupable, il est traumatisé. Il a perdu son naturel», a tranché le Dr Paul Bensussan.
Avocat de l'accusé, Me Gilles Monnier avait introduit deux requêtes: l'audition des enfants et une expertise judiciaire sur les circonstances et la fiabilité de leurs déclarations. La présidente a rejeté les deux demandes. Elle a jugé la première «non pertinente» et a considéré l'autre comme du dilatoire «alors qu'on s'approche de la prescription des faits».
Le procès reprend jeudi avec les plaidoiries des avocats. Avocat de la société qui a brillé par son absence, le procureur a requis par écrit une peine de 240 jours-amendes à 30 francs avec un sursis de 3 ans.

(apn)