Procès à Lausanne

27 octobre 2016 11:19; Act: 27.10.2016 15:45 Print

Accusé, le croque-mort file sans laisser de traces

par Abdoulaye Penda Ndiaye - Un homme est poursuivi pour atteinte à la paix des morts. Accusé d'avoir troqué les cendres d'un bébé en 2014, il était absent à l'audience jeudi.

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Pierre-Alain avec lurne contenant son enfant. (apn)

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Le siège réservé au prévenu était vide jeudi à l'ouverture de l'audience. L'accusé, un Franco-Suisse de 57 ans actif dans le domaine des pompes funèbres, ne s'est pas présenté au Tribunal correctionnel de Lausanne où il est poursuivi pour atteinte à la paix des morts. Etant resté sans nouvelles de lui depuis plusieurs semaines, son avocat a décidé de ne pas venir le défendre. Du coup, l'audience se tient avec deux parents en deuil et leurs avocats. Ce couple mixte n'aura pas de réponses aux nombreuses questions qui entourent les circonstances de la crémation de leur unique bébé, décédé deux jours après sa naissance en 2014 aux HUG. Pour une question de procédure liée à l'absence de l'accusé, le procureur général vaudois s'est borné à assister aux débats sans réagir.

Les faits ont eu lieu en octobre 2014. Un couple en deuil avait confié le corps de son bébé à L'Autre Rive, une entreprise de pompes-funèbres low-cost, qui n'avait pas d'autorisation de pratiquer sur sol vaudois mais avait ses entrées dans le canton de Genève. Pour 1500 fr, le patron de cette structure se serait engagé à procéder à la crémation du corps du mort-né et à organiser les funérailles. Quelques jours plus tard, les parents ont reçu des cendres censées être celles de leur bébé.

Questions sans réponses

Mais, en janvier, grâce à la vigilance du responsable du centre funéraire de Lausanne, la supercherie éclate au grand jour. Le certificat délivré par les autorités biennoises indique que l'incinération a eu lieu en janvier 2015. Les cendres reçues par le couple en octobre ne pouvaient donc être celles du bébé. Les analyses menées durant l'enquête ont prouvé qu'elles provenaient des restes d'au moins un adulte et un enfant. Mais l'homme qui pouvait faire jaillir la lumière était muet durant l'instruction et absent jeudi.

Il se pacse en République tchèque et change de nom

Aux dernières nouvelles, l'accusé aurait quitté son domicile, dans le Jura bernois, pour aller s'installer avec son nouveau compagnon en République Tchèque. Il s'est pacsé et en a profité pour changer de nom et prendre celui de son homme. Certains y ont vu une vaine tentative du quinquagénaire déjà condamné plusieurs fois pour se donner une nouvelle virginité judiciaire

De l'audience, qui aura vu plusieurs témoins défiler, une phrase a souvent retenti: «Je n'ai jamais vu une affaire pareille».

Les débats ont été suspendus. Ils reprendront à une date encore inconnue. Avec l'avocat de la défense et, peut-être, l'introuvable croque-mort.