Berlinale

18 février 2017 23:13; Act: 19.02.2017 00:41 Print

Le Grand Prix revient au seul film africain

Le festival a récompensé un documentaire sur d'ex-détenus palestiniens, un film congolais et une romance hongroise.

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«Istiyad Ashbah» second long-métrage du cinéaste palestinien Raed Andoni, reconstitue dans un hangar de Ramallah un centre d'interrogatoire israélien. (Photo: Keystone)

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Le jury de la Berlinale a décerné dimanche le prix du meilleur documentaire, une nouveauté de cette 67e édition, à une expérience cinématographique en forme de thérapie collective sur le traumatisme d'anciens prisonniers palestiniens. A travers des jeux de rôle, d'anciens détenus vont revivre leur détention y compris les mauvais traitements.

Le traditionnel Grand prix du Jury est allé quant à lui à l'unique film africain en compétition à la Berlinale, «Félicité», portrait d'une chanteuse de bar à Kinshasa se battant pour son fils.

«C'est un film sur nous, le peuple, nous sommes beaux, nous pouvons aimer ce que nous sommes», a lancé lors de la remise du prix son réalisateur, le franco-sénégalais Alain Gomis, déjà venu à Berlin en 2012 avec le remarqué «Tey» («Aujourd'hui).

Mère courage

Dans «Félicité», son quatrième film, il brosse le portrait d'une mère courage, qui après son boulot de chanteuse dans un bar tente le tout pour le tout pour amasser la somme nécessaire à l'opération de son fils victime d'un accident.

«Félicité» a été tourné dans la capitale congolaise et suit le quotidien de ses habitants, des hôpitaux aux marchés de Kinshasa, mais se refuse à toute dimension sociologique ou documentaire, malgré le contexte politique tendu en République démocratique du Congo (RDC).

«C'était difficile de faire ce film. Ca a été une année difficile en RDC», a souligné le réalisateur, évoquant notamment les élections. Le report de l'élection présidentielle, en raison du maintien au pouvoir du président Joseph Kabila malgré l'expiration de son mandat a enflammé le pays et donné lieu à de très violents affrontements.

Soutenir le cinéma africain

«J'ai l'impression que le moment est important» pour le cinéma africain, avait souligné Alain Gomis lors de la présentation de son film à la Berlinale.

Le film produit en partie par la France et le Sénégal sera aussi en compétition au Fespaco, le festival panafricain du cinéma qui se tient fin février à Ouagadougou

«Je vois arriver une génération de réalisateurs qui n'a jamais été au cinéma car il n'y a plus de cinémas» sur le continent africain, a-t-il déploré. Samedi soir, remportant avec lui, le grand prix du Jury, l'Ours d'argent, le cinéaste a notamment plaidé pour un financement plus généreux du cinéma des pays africains.

Prison palestinienne

Présenté en avant-première au festival du film de Berlin, «Istiyad Ashbah» («Ghost Hunting»), second long-métrage du cinéaste palestinien Raed Andoni, reconstitue dans un hangar de Ramallah un centre d'interrogatoire israélien. «Je travaille avec des personnes qui vivent dans un lieu vraiment très sombre et que vous honorez grâce à toute cette lumière», a déclaré le cinéaste en recevant son prix. L'un des participants au film de Raed Andoni a été de nouveau emprisonné par les autorités israéliennes après le tournage, a confié le réalisateur palestinien pendant le festival.

Un autre avait préféré abandonner le tournage. Il était trop bouleversé par cette expérience de reconstitution qui pousse le réalisme jusqu'au choix de la couleur du carrelage ou l'installation d'une poulie pour suspendre les participants dans la salle d'interrogatoire.

Des psychologues sur le plateau

«J'ai utilisé tous les dispositifs que j'ai trouvé pour les aider à creuser dans leur subconscient, pour retirer couche après couche les filtres du refoulement et je leur ai dit que si c'était trop dur ils étaient libres de partir (...)», a expliqué le réalisateur de 45 ans après la première de son film à la Berlinale. «J'ai aussi fait venir des psychologues sur le plateau pour encadrer ce projet», a-t-il ajouté. Raed Andoni a lui-même été incarcéré dans une célèbre prison israélienne souterraine située à Jérusalem, appelée «Al Moskobyia» par les Palestiniens.

Des cas de torture

Sous le régime de la «détention administrative», des milliers Palestiniens qu'Israël considèrent comme dangereux pour la sécurité de l'Etat hébreu sont incarcérés. Certains disent avoir été victimes de torture, ce qu'Israël nie. Le festival du film de Berlin avait décidé cette année d'ajouter à son palmarès un Prix du meilleur documentaire. Il voulait insister sur l'importance de ce genre cinématographique dans un contexte politique mondial bouleversé.

L'or pour la Hongrie

Alors que c'était le film du Finlandais Aki Kaurismäki qui partait favori, la Berlinale a récompensé samedi soir «On body and soul» de la Hongroise Ildiko Enyedi, une histoire d'amour dans un abattoir.

Caméra d'or à Cannes en 1989, la réalisatrice a évoqué devant la presse la situation politique «de plus en plus absurde, terriblement absurde» dans la Hongrie de Viktor Orban, avec des artistes toutefois protégés par l'organisme national de soutien du cinéma, «un havre pour les auteurs». «Nous voulions un film simple, clair comme de l'eau de roche et nous ne savions pas si le public allait nous suivre car il se voit uniquement avec un coeur empreint de générosité», a-t-elle déclaré en recevant l'Ours d'or.

Son film, son premier long métrage depuis 18 ans, parle d'un homme et d'une femme se désirant mais ne parvenant pas à communiquer, sauf dans leurs rêves qu'ils partagent. Ils vont se rapprocher en évoquant leurs songes qui les emmènent loin de l'abattoir où ils travaillent.

«Le jury est tombé amoureux de ce film, non seulement grâce à ses qualités mais aussi car il nous rappelle un mot que nous utilisons parfois trop facilement: la compassion», a déclaré son président, le cinéaste néerlandais Paul Verhoeven («Basic Instinct»), qui avait souhaité voir «des films controversés» pendant les onze jours de la compétition.

Politique

Au terme d'un festival à la dimension politique assumée, le jury a décerné en lot de consolation le prix du meilleur réalisateur au Finlandais Aki Kaurismäki, qui signe un nouveau plaidoyer pour les réfugiés dans «L'autre côté de l'espoir», six ans après «Le Havre». Il y parle de la rencontre entre un migrant syrien échoué à Helsinki et un restaurateur local séparé de sa femme alcoolique, qui va lui venir en aide.

C'est finalement la Sud-coréenne Kim Min-hee (la «Mademoiselle» de Park Chan-Wook) qui a été récompensée pour son rôle d'actrice au coeur brisé dans «On the Beach at Night Alone» d'Hang Sang-soo.

Côté masculin, l'Autrichien Georg Friedrich («Bright nights») a été couronné en père taiseux tentant de renouer avec son fils lors d'un road trip en Norvège.

(nxp/ats)