«Téhéran Tabou»

14 novembre 2017 17:08; Act: 14.11.2017 16:21 Print

Du sexe sur tapis persan

par Catherine Magnin - Présenté à la Semaine de la critique à Cannes, «Téhéran Tabou» explose la façade rigoriste de la société iranienne.

Une faute?

Pour vivre en Iran, il ne faut pas être musulman. Il faut être hypocrite ou schizophrène, nier la réalité d'une corruption omniprésente, de pratiques sexuelles prohibées, pour coller au diktat religieux et à ses interdits. Quatre personnages tentent de trouver la voie médiane. Une prostituée qui se bat pour que son fils soit scolarisé, une jeune mariée qui rêve d'échapper à la médiocrité de sa vie de femme au foyer, une fiancée qui veut se refaire une virginité et le musicien qui la lui a prise et doit payer l'opération alors que les tribunaux islamiques le censurent. Tout cela sous les yeux innocents – mais pour combien de temps? – d'un garçonnet muet qui s'amuse à lâcher des bombes… à eau.

Personnages sous presssion

Une bombe, voilà l'effet de «Téhéran Tabou». Le film d'Ali Soozandeh n'y va pas par quatre chemins. Fellation dans un taxi, coup d'un soir dans les toilettes d'une boîte de nuit clandestine, abus de drogue et de pouvoir en tous genres… pas question d'enjoliver le tableau. Son réalisme est accentué par la méthode graphique, la rotoscopie (des comédiens sont filmés sur fond vert, puis redessinés en même temps que les décors sont ajoutés). L'instantané, comme les photos d'identité des protagonistes qui scandent le film, montre le vrai visage du pays. Le constat, guère optimiste, frise la description d'une cocotte-minute en surchauffe. L'un des personnages n'y survivra pas..