Festival du Film de Soleure

22 janvier 2017 10:28; Act: 22.01.2017 10:33 Print

Eicher sur les traces de ses ancêtres yéniches

Le chanteur suisse est la star d'un documentaire qui retrace ses liens avec la musique «tzigane».

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Stephan Eicher était à l'honneur au Festival du film de Soleure, avec la première du documentaire qui lui est consacré: «Unerhört jenisch» («Yéniche inouï»). Un film qui met en lumière les liens étonnants entre la star de la chanson et la musique populaire, deux mondes a priori très différents.

A 56 ans aujourd'hui, Stephan Eicher chante en français, en anglais, en italien, en dialecte alémanique. Il utilise des styles musicaux et des instruments variés et joue avec son image de «tzigane» - un mot qu'il n'utilise que dans un sens musical. Très tôt, le chanteur bernois et ses frères ont ressenti qu'il y avait quelque chose de spécial en eux. Mais personne, dans la famille Eicher, ne leur a expliqué d'où venait la passion de la musique. Le fait de faire de la musique appartenait à leur quotidien, la cave des Eicher était pleine d'instruments.

Dans leur documentaire, les deux réalistatrices Karoline Arn et Martina Rieder tentent de percer à jour cette «altérité» avec l'interprète de «Déjeuner en paix» et son frère Erich. Ce dernier, avocat et musicien lui-même, présente un arbre généalogique complet et expose les racines yéniches de la famille Eicher.

Un terme pas toujours bien vu

La piste mène dans les montagnes des Grisons, à Obervaz, où vivent des familles qui font depuis des générations de la musique de danse. Leurs ancêtres étaient des immigrés (musiciens, affûteurs ou fondeurs de cloches) dont les représentants les plus connus sont le violoniste Fränzli Waser et le clarinettiste Paul Kollegger. Ces familles ont repris et adapté la musique de leurs pères et l'ont transformée en musique populaire suisse. Certains ont écrit des Ländler classiques, d'autres des oeuvres plus expérimentales. Mais quand ils sont confrontés à leurs racines yéniches, ils ne sont pas tous heureux. Certains ne veulent pas voir leur musique mise en relation avec leur ascendance, d'autres considèrent même le terme de «yéniche» comme une injure.

«Son particulier»

Le duo de réalisatrices - dont «Unerhört jenisch» est le deuxième film consacré à la question yéniche - donne également la parole à Christian Mehr, l'un des derniers enfants yéniches arrachés à leurs mères. Ce dernier ne comprend pas que des gens dont les ancêtres ont été discriminés jouent aujourd'hui une musique populaire liée selon lui à une nation qui a commis des injustices. Mais la critique n'est pas le sujet principal. Le documentaire est plutôt un film musical qui capture le «son particulier» des musiciens yéniches et de leurs descendants. Car, même si son origine est en partie niée, la musique joue un rôle on ne peut plus important pour les familles Waser, Kolleger ou autres Moser et leurs villages. Et surtout, le documentaire est porté par la voix du chanteur. Tout au long du film, Stephan Eicher chante son titre «Weiss nid was es isch» - jusqu'à un «boeuf» virtuose entre la star et le trio folklorique grison Bündner Spitzbueba. En compétition pour le prix du public des Journées de Soleure, le film sortira sur les écrans alémaniques le 2 février. La première a été présentée vendredi dans le cadre du festival.

(nxp/ats)