«Mise à mort du cerf sacré»

31 octobre 2017 17:10; Act: 31.10.2017 16:08 Print

Une vengeance froide mâtinée de fantastique

par Catherine Magnin - Avec «Mise à mort du cerf sacré», le cinéaste grec Yorgos Lanthimos a été distingué au dernier Festival de Cannes. Comme en 2015 avec «The Lobster»

Sur ce sujet
Une faute?

Brillant chirurgien, Steven (Colin Farrell) est marié à une ophtalmologue, Anna (Nicole Kidman), dont il a deux enfants, Kim (Raffey Cassidy) et Bob (Sunny Suljic). Steven a pris sous son aile un ado, Martin (Barry Keoghan). Pas pour ses beaux yeux, mais parce que son père est décédé pen­dant que Steven l'opérait. Le médecin aurait-il mauvaise conscience? Martin chercherait-il un père de substitution? Toujours est-il que le jour où Bob perd l'usage de ses jambes, sans explication médicale, Martin le prédit: bientôt, ce sera au tour de Kim et Anna de subir le même sort. Puis tous pleureront des larmes de sang. Et mourront. Sauf si Steven fait ce qu'il faut...

Surréaliste, crispant, traversé d'éclairs de violence, profondément dérangeant, «Mise à mort du cerf sacré» ne met volontairement pas le spectateur à l'aise. Interprété de manière troublante par Barry Keoghan, Martin remue les sentiments refoulés qui travaillent Steven et sa famille. Le réalisateur Yorgos Lanthimos se sert de lui pour creuser le déni de responsabilité du corps médical (Steven et son anesthésiste se rejettent la faute), les petites perversions de couple, le désarroi des parents, la fascination d'une ado pour son tortionnaire...

Le cinéaste cultive le malaise en se reposant un postulat à peine plus tordu que celui de «The Lobster», où chaque personnage était dans l'obligation de trouver l'âme-soeur en 45 jours, sous peine d'être transformés en animal. Dans «Mise à mort du cerf sacré», l'animal est bien là. A vous de voir en quel(s) humain(s) il se cache.