«Stronger»

06 février 2018 16:30; Act: 06.02.2018 16:30 Print

Comment vivre en héros quand on n'en est pas un

par Catherine Magnin - «Stronger» relate l'histoire de Jeff Bauman, qui se trouva au mauvais endroit au mauvais moment.

Sur ce sujet
Une faute?

Faisant une entorse à sa vie ­casanière, Jeff (le subtil Jake Gyllenhaal) va encourager sa copine Erin (Tatiana Maslany) qui participe au marathon de Boston, ce 15 avril 2013. Une bombe plus tard, le gaillard de 27 ans se réveille amputé des deux jambes. C'est le début de son calvaire. Il y a bien sûr la douleur physique (la scène du changement de pansements vous fera vous tortiller d'inconfort dans votre fauteuil), le quotidien transformé en parcours du combattant. Il y a surtout le poids de l'héroïsme, non pas comme récompense, mais comme obligation.

Jeff n'a accompli aucun exploit, il n'est qu'une victime et un témoin. Mais tout le monde, sa mère en premier, veut faire de lui le porte-drapeau d'une ville meurtrie qui se veut plus forte («Stronger») que jamais. Ajoutez la culpabilité qu'il lui faut expurger de sa relation avec Erin, et vous aurez une petite idée de l'immense épreuve endurée par Jeff.

Pas plus qu'il ne participe à la béatification aveugle de son personnage, «Stronger» ne condamne le patriotisme exacerbé. Agiter un drapeau américain en ouverture d'une manifestation sportive est une épreuve pour Jeff, apporter du réconfort aux autres victimes, sa véritable récompense. Face à ce parti pris, on pardonne au film de David Gordon Green ses quelques scènes un peu trop simplistes et larmoyantes.