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29 avril 2009 11:55; Act: 30.06.2010 10:38 Print

Une overdose de noms au Primavera Sound 2009

par Jérôme Burgener - Loin des poncifs et de la fadeur de certains festivals locaux, Primavera Sound, qui se tiendra du 28 au 30 mai au Parc del Forum de Barcelone, offre une programmation irréelle, pointue, en un mot, extraordinaire.

Une faute?

L’association avec les très branchés Pitchfork et Vice ainsi que ATP n’y est certainement pas étrangère.
Constitué de 6 scènes, le Parc del Forum, situé au bord de la mer dans un décor à l’architecture moderne, offre un cadre grandiose pour une telle manifestation. Exit donc le côté roots et les chaussures ruinées par la boue. Exit également le camping, le décor du festival n’offrant absolument pas cette possibilité.

Le festival a lieu officiellement du 28 au 30 mai, mais des soirées d’ouverture seront organisées dès le samedi précédent. La soirée de clôture se tiendra quant à elle le dimanche 31 mai.

Une programmation exigeante et à la pointe

Concernant le programme du festival, ce qui frappe au premier abord, ce n’est pas la surabondance de grands noms. La manifestation catalane sait choisir ses têtes d’affiches et les distille de manière osée et quasiment exclusive. Pas de Pete Doherty, The Prodigy ou que sais-je encore. Non, les grands noms du festival sont Neil Young, My Bloody Valentine ou encore A Certain Ratio. Original et savoureux donc. Énumérer tous les artistes présents serait un travail herculéen, mais certains noms méritent d’être mis en exergue.

Les grands noms pour commencer. On ne présente plus Neil Young, figure solitaire et austère, auteur d’albums aussi cruciaux que «Harvest» ou «After The Goldrush». Il est revenu sur les devants de la scène en 2007 avec un impeccable «Chrome Dreams 2». La venue de cette légende est un événement en soi, à ne pas manquer bien évidemment.
Notons également la présence d’A Certain Ratio, formation-phare des années 70-80 responsable provenant de Manchester et responsable de la fusion punk-funk tant utilisée par certains, notamment Bloc Party, aussi présent cette année.

Du bruit et de la fureur

Mais ce qui rend cette édition magique et incontournable, c’est la venue des pionniers du shoegaze, My Bloody Valentine, présent pour 2 (oui 2) concerts, à l’instar de Portishead l’an dernier. Séparés en 1991 après le pénible enregistrement de leur chef-d’œuvre «Loveless», les Britanniques se sont reformés en 2007 pour une série de concerts complets en quelques jours. My Bloody Valentine c’est des guitares, des couches de guitares, un torrent de guitares, jouées fort, beaucoup trop fort. C’est aussi l’invention d’un son unique et inédit, relayé et revendiqué depuis par un bon milliers de groupe autour du globe. Le premier concert aura lieu jeudi soir sur la grande scène, tympans ravagés, spectateurs hébétés en vue. Le second prendra place dans l’Auditori Forum, lieu à l’acoustique parfaite, et sera peut-être un poil moins dangereux pour le système auditif.

Système auditif qui sera également mis à rude épreuve le vendredi par les maniaques ésotériques de Sunn O))) (prononcez Sun). Duo composé de SOMA et Greg Anderson, Sunn O))) se revendique de Earth et est un groupe simplement constitué de 2 guitares, point barre. Une seule note basse jouée pendant plus d’une heure, à volume maximum. C’est ce qu’on appelle le Drone et c’est une musique qui divise. Phénomène branché et sans intérêts pour les uns, expérience mystique et physique pour les autres. Sur le point de sortir un 7e album, «Monoliths & Dimensions», Sunn O))) interprétera uniquement son tout premier album, «The Grimmrobe Demos», encapuchonné, noyé dans les fumigènes et les infrabasses. Primitif.

Catch et bodybuilding

Dans le genre primitif, un autre duo tire aussi son épingle du jeu. Ce monstre à deux tête se nomme Lightning Bolt et livre des prestations pour le moins… physiques.Habituellement situé au milieu du public, bassiste et batteur crée une sorte de mélange hybride entre métal et punk. Le résultat est une musique quasiment inhumaine, bande son idéale d’une bonne séance de catch ou de bodybuilding

Shoegaze et psychédélisme seront à nouveau au rendez-vous avec Spectrum le jeudi et Spiritualized le vendredi, deux formations engendrées par la séparation de Spacemen 3, oeuvrant à la même époque et dans un registre similaire à My Bloody Valentine.

Retour aux 90’s

Primavera est également un paradis sur terre pour tous les accros à l’indie-rock des années 90 en programmant coup sur coup Shellac et The Jesus Lizard. Formations nées au début des années, elles ont su préciptier le punk dans un bouillon nauséabond mélangeant allégrement noise, expérimentations et chaos. Sur la scène ATP, bien entendu. Prenant le pas et s’alignant sur le même terrain mais avec des formations contemporaines, Pitchfork/Vice propose de loin la scène la plus branchée du festival Les noms ? Ponytail, Wavves, Women, Crystal Antlers. La musique ? Un mélange de punk, de psychédélisme et d’un brin de métal pour Crystal Antlers. De la pop-punk lo-fi pour Wavves, de l’indie-folk un peu c(r)amé pour Women. Le point commun ? Ces groupes gravitent tous plus ou moins autour du club The Smell à Los Angeles et ont fortement marqué les médias indépendants en 2008. S’inscrivant dans une veine pop-punk similaire, signalons aussi la présence de Jay Reatard.

Quelques grammes de finesse

Également issu de Los Angeles mais oeuvrant dans un tout autre registre, Jeremy Jay. Plus accro aux sonorités mélancoliques et à la pop des années 80 qu’aux distorsions douloureuses, ce jeune homme a déjà tout d’un grand. Mélangeant habillement les sempiternelles références telles que The Smiths mais en les agrémentant de mélodies synthétiques douces-amères, Jeremy Jay a sorti il y a peu un album parfait. Parfait car élégant, instruit, varié, cohérent. À coup sûr un des grands de cette année.

Dans le genre élégant et raffiné, The Pains Of Being Pure At Heart et Crystal Stilts et surtout Jarvis Cocker méritent également une mention.

Le retour des Grand-Pères

Si il y a un come-back qui doit également être mentionné, c’est celui de Jason Lytle. Ce monsieur était aux commandes d’une des très grosses artilleries pop des 10 dernières années, Grandaddy. Le groupe ayant splitté, il y a 4 ans, la planète pop s’est retrouvée dans une tristesse inconsolable jusqu’au jour où Jason a annoncé son retour. Et le retour est plutôt réussi. Et ça se nomme «Yours Truly, The Commuter». Ça sonne foutraque et ça fourmille de détails comme du Grandaddy mais ce n’est pas du Grandaddy. Grand disque quand même.
Au rayon «grands-pères», il y a aussi Sonic Youth, groupe vénéré un peu partout sur terre, copié des milliards de fois mais jamais égalé, responsable d’au moins 10 albums indispensables et toujours aussi destructeur et incendiaire une fois sur scène. Et cela a gentiment 50 ans…

Au rayon électronique


Au rayon des raretés et des artistes quasiment impossible à avoir, Primavera fait fort : Aphex Twin. Plus à l’aise à l’écart des autres dans ses Cornouailles, le producteur obscure a décidé de poser ses samplers à Barcelone. Un moment incontournable pour tout amateur de sons vrillés, tordus, compressés, malaxés, etc… À voir pour la curiosité. À signaler que l’artiste emmènera également son pote de label Squarepusher dans ses valises.
Pour ce qui de l’électronique, le festival fait une fois de plus d’un bon goût à toute épreuve en invitant Dan Deacon Ensemble, responsable d’un «Bromst» bouillonnant de créativité et de génie. Un peu comme un Animal Collective plus électronique.

Hip Hop pas en reste

Bien que très axé indie-rock et électronique, le festival se permet des incartades de fort bon goût dans le hip-hop avec Ghostface Killah, El-P, A-Trak, DJ Medhi.

Crépusculaire

Comme dit précédemment, il y a beaucoup trop de noms pour tous être cités. Citons donc encore Zombie Zombie, krautrock à la française. Deerhunter & Liars dans un registre pop et dérangé et surtout The Horrors.Apparus en 2006 avec un pur concentré de garage-punk en guise d’album, ils avaient raflé la mise l’année suivante. Revenu en 2009 avec un nouvel album, on pouvait s’attendre à la même recette, efficace mais tout de même lassante. Eh bien tout faux. Cette fois-ci les Londoniens ont ressorti les influences crépusculaires de l’Angleterre des années 80. Joy Division, Psychedelic Furs en tête. Le résultat se nomme «Primary Colors» et c’est un disque totalement hallucinatoire. Et ces jeunes gens n’ont que 22 ans. Le clip :

Comme on peut le constater, Primavera Sound est déjà un grand rendez-vous musical mais si l’on ajoute à cela le décor et l’ambiance,etc… on obtient tout simplement un des meilleurs festivals européens.