Voile – Vendée Globe

03 janvier 2017 15:22; Act: 03.01.2017 20:46 Print

«Je suis en sang, coupé de partout, triste et fatigué»

Victime d'une casse de safran et d'une inondation en plein Vendée Globe, Alan Roura a pu réparer et repartir, mais il a souffert.

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Le soulagement prévaut pour le skipper genevois, benjamin de la course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. A la suite d’une collision avec un objet flottant non identifié (OFNI), le safran (gouvernail) du monocoque d'Alan Roura, «La Fabrique», s’est brisé, provoquant une importante voie d’eau à l’arrière du bateau.

Fort heureusement, le marin de Versoix a pu réparer les dégâts et maîtriser l’inondation pour reprendre la course, dans laquelle il occupe le 13e rang provisoire, toujours à portée de la 10e place, mais estime qu'il devra ralentir l'allure et chercher des eaux calmes pour effectuer d'autres réparations nécessaires. Très marqué par sa mésaventure, il a partagé ses sentiments sur son site internet.

«Je venais de rentrer à l'intérieur pour me faire un plat bien chaud, affalé dans mon pouf à billes. Le vent était d'environ 30 nœuds et d'un coup le bateau s'est arrêté net. J'ai entendu un gros crac, je suis sorti et vu le safran tribord flotter à l'arrière du bateau, les traces d’un gros choc étaient visibles: c'était bien un OFNI», raconte Roura.

«L'envie de pleurer, de crier, mais avant tout, il fallait voir les dégâts. L'eau a commencé à monter à hauteur de mes pieds, puis de mollets. J'ai vite compris que le temps pressait. Il fallait que je largue la bague de safran encastrée dans la coque. J'ai donc mis, tant bien que mal, le bateau sur «une patte», à la cape, couché, pour éviter que l’eau ne rentre trop. La mer était forte, environ six mètres de houle, difficile à dire. J'ai essayé avec les moyens du bord de boucher la voie d'eau. Mais impossible, la mer était trop grosse et c’était surtout trop dangereux de faire juste quelque chose de provisoire. En l'espace de dix minutes j'avais rempli l'arrière de mon bateau.»

«C'était du suicide dans 45 nœuds de vent»

L'opération réparation d'urgence a alors démarré pour le jeune marin: «Je coulais petit à petit. L'eau a commencé à s'infiltrer partout où elle pouvait. Y compris dans la cellule de vie. Le temps presse et je n'ai alors pas d'autre solution que de boucher en priorité la voie d’eau, avant de penser au reste. Le bateau était très instable, j’ai donc pris la décision d'affaler la grand voile pour laisser mon J3 à contre, la quille sous le vent afin de vraiment le coucher.»

Même en réduisant sa voilure, Roura a dû opérer dans des conditions particulièrement compliquées. «La seule solution était de mettre en place le safran de secours, mais dans 45 noeuds c'était du suicide. Mais c'était ma dernière chance pour sauver le bateau, je ne comptais pas rester à le regarder prendre l'eau et s'engloutir petit à petit. Le safran dans la main, le harnais de montagne à poste, un bout de bout et il ne restait qu’à espérer que ma bonne étoile soit toujours avec moi.»

Suspendu à l'envers pendant une demi-heure

Le rafistolage en pleine nuit s'est mué en véritable numéro d'équilibriste, qui aurait pu échouer. «J'ai jeté le safran à l'eau puis l'ai tiré par le bout pour l'amener entre deux vagues et l'encastrer dans son logement. Mais il a fallu se suspendre au cul du bateau pour l’aider, attaché et pendu à cinq mètres au-dessus de l’eau. J'avais peu de chance d'y arriver. Mais après trente minutes de rage, de pleurs et d'envie de sauver la Bigoudène, j'ai fini par réussir à le mettre en place.»

Le gros de l'inondation ayant été maîtrisé, Alan Roura devra encore prendre le temps de fabriquer de la colle pour terminer les réparations de manière plus propre, lorsqu'il aura retrouvé une mer plus calme. S'il ne parvient pas à le faire en naviguant, le Genevois s'abritera même au moment de doubler le cap Horn, pour s'assurer une remontée de l'Atlantique plus sure jusqu'aux Sables d'Olonne. Il doit ainsi se résoudre à renoncer à la bagarre pour les places d'honneur de ce Vendée Globe avec le peloton.

«Plus un seul habit sec»

«L'eau a fait un carnage à l'intérieur, elle a englouti tous les sacs du bateau», a par ailleurs décrit Roura dans son message de bord. Je n'ai plus un seul habit sec, tout est trempé: outils, pharmacie, tout ce qu'il y a dans le bateau. Par chance, le sac avec les ordinateurs de spare est le seul à être intact. Heureusement, car l'ordi de bord principal n'a pas aimé les 50 centimètres d'eau dans le bateau! Je vais faire le tour de mon système électronique pour évaluer les dégâts collatéraux.»

Le Genevois a toutefois juré qu'il n'abandonnerait pas après une telle mésaventure. «Je suis très triste car la course avec les autres est terminée, je dois prende le temps de bien réparer pour ramener le bateau à bon port. L'aventure continue, je ne lâcherai jamais. Si j'ai réussi à mettre un safran dans de telles conditions, je dois être assez fou pour finir le tour! Je suis en sang, le coude, les mains, je me suis coupé de partout et je suis vraiment très fatigué. Mais j'ai le sentiment d'avoir encore franchi un cap, de savoir garder son calme dans ce genre de situation, où de toute façon tu n'as qu’une seule chance. Le moral est toujours là, même si la course ne sera plus la même.»

(duf)