Voile – Vendée Globe

21 février 2017 18:10; Act: 21.02.2017 18:10 Print

«Alan a un talent fou, j’espère qu’il sera repéré»

par Oliver Dufour, Les Sables d'Olonne - Les louanges ne cessent de pleuvoir sur le navigateur genevois qui a bouclé lundi son premier Vendée Globe à 23 ans aux Sables d'Olonne. Ses pairs restent admiratifs.

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De gauche à droite, les marins Arnaud Boissieres, Fabrice Amedeo, Rich Wilson et les très proches Eric Bellion et Alan Roura. (Photo: AFP/Jean-sebastien Evrard)

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Lorsqu’on interroge à propos d’Alan Roura certains participants de la course autour du monde en solitaire en monocoque, arrivés à bon port aux Sables d’Olonne au cours des derniers semaines, les réponses fusent, respectueuses. Par sa fougue, son sens de la course et sa capacité à gérer des situations délicates, malgré un bateau d’ancienne génération et le plus petit budget de la flotte, le benjamin versoisien a marqué les esprits de ses semblables.

«Alan a réussi une course complètement exceptionnelle et bluffante, s’enthousiasme d’emblée le Français Eric Bellion, arrivé en Vendée une semaine avant Roura, au 9e rang, en tant que premier bizut de l’épreuve. Au cours des trois mois que les deux néophytes ont passé sur l’eau, ils ont eu l’occasion d’apprendre à se connaître et à tisser de forts liens. Fin décembre, les deux hommes alors à la lutte pour une place dans le top 10 s’étaient même retrouvés bord à bord pour pousser la chanson de Noël. «Alan a constamment su rester au contact dans notre groupe. Il a vraiment un talent fou. J’espère qu’il va continuer et qu’il sera repéré (ndlr: par un sponsor d’envergure)», souhaite Bellion. «Il a de quoi devenir un grand coureur au large».

«J’appuyais sur un bouton, il tournait la manivelle»

Le son de cloche est identique auprès de son compatriote Fabrice Amedeo, qui avait bouclé samedi son périple juste devant Roura, deux jours avant le Genevois, à la 11e place du classement. «Alan a fait une très belle course avec son vieux bateau de 17 ans. Il l’a mené à une vitesse moyenne qui force le respect. Il a réussi une course étonnante. Pour moi il a été l’une des révélations de ce Vendée Globe. Car il a vraiment eu une préparation à l’arrache en raison des moyens très limités qu’il avait à sa disposition. Le dernier jour avant le départ il était encore en train de bricoler! A mes yeux, il a vraiment de l’avenir, il a réussi quelque chose de top», salue le Ligérien, qui s’est rendu sur l’eau lundi pour accueillir celui qu’il a battu de peu dans la course, en compagnie d’Eric Bellion. «Il n’était pas question qu’il passe la ligne sans moi, ça ne pouvait pas arriver!», s’est d’ailleurs exclamé ce dernier.

Pour souligner davantage encore l’écart qui sépare technologique qui sépare les bateaux de Bellion et d’Amedeo, construits huit ans après le «Superbigou» de Bernard Stamm, utilisé par Alan Roura dans sa circumnavigation, les deux skippers tricolores détaillent: «Ce sont des voiliers qui n’ont vraiment rien à voir, la différence est énorme», assure Bellion. «Nos carènes sont beaucoup plus puissantes. Moi j’avais une quille hydraulique et j’avais juste à appuyer sur un bouton pour la régler. Alan devait y aller à la manivelle. Ce qu’il a fait est vraiment incroyable. Avec un bateau comme le mien il aurait sans doute fini dans le groupe des six ou sept premiers!» Et Amedeo d’ajouter: «Il a fait une course prudente dans le sud, mais après il est revenu dans notre groupe et il n’a pas lâché. Il a très bien navigué. Il a fait preuve d’une régularité rare et on s’est vraiment tiré la bourre.»

«On a partagé du très intime, on est devenus amis»

Mais il n’y a pas que les qualités sportives du jeune skipper genevois qui ont marqué ses adversaires, qui ont également été touchés par son caractère. «On s’est écrit plus ou moins tous les jours», révèle Fabrice Amedeo. J’avais en quelque sorte un rôle de grand frère et il m’est arrivé d’essayer de lui remonter le moral dans les moments de doute. De l’encourager à continuer ce qu’il faisait. On a été proches géographiquement, mais aussi humainement. C’était aussi mon premier Vendée. C’est une course qui doit se gagner ou se terminer et on avait tous la peur de casser. On a tous pris conscience de certaines choses et engrangé énormément d’expérience, alors qu’on était un peu intimidés la première fois. On sera tous plus forts la prochaine fois.»

Eric Bellion confie qu’il a pour sa part énormément partagé d’états d’âme avec le navigateur de «La Fabrique». «Dans le Vendée Globe, lorsqu’on ne court pas pour le gagner, ce qui était notre cas, on essaie de se tenir chaud entre nous, parce que c’est quelque chose qui fait peur. Ça fait du bien de se parler, d’échanger. Il y a la peur face à la décision. On met notre vie en jeu. Avec Alan on a beaucoup parlé, évoqué des choses très personnelles, très intimes. J’avais aussi dîné avec Rich Wilson et lui avant le départ. Il est génial. Il se livre beaucoup. Je me rapproche de sa philosophie et je pense que nous sommes devenus amis.»

«On s’en fout de son âge»

Lorsqu’on évoque l’âge du benjamin de ce Vendée Globe, par ailleurs plus jeune participant de l’histoire de cette course créée en 1989, les pairs d’Alan Roura n’hésitent pas à rappeler sa déjà très longue carrière de marin. «D’accord, il n’a pas beaucoup d’expérience dans les courses», admet Bellion à propos du Genevois, qui fêtera ce dimanche son 24e anniversaire. «Mais on s’en fout de son âge. Il a déjà une quinzaine d’années d’expérience de la mer, pour avoir passé toute sa jeunesse sur l’eau. Il a pris les choses au sérieux. On aurait pu croire qu’à 23 ans il serait un peu un chien fou, mais pas du tout. C’est dingue une maturité pareille. Il l’a d’ailleurs prouvé lorsqu’il a dû réparer son safran cassé dans des conditions impossibles. Peu auparavant on discutait justement de la difficulté à changer ses safrans! Il y est allé à la hargne, à l’adrénaline. C’est vraiment l’œuvre d’un grand marin. Si quelqu’un de pas trop con suit ça, j’espère qu’il s’embarquera avec lui dans son prochain projet.»

Amedeo, pour sa part, formule le souhait que la fin de l’aventure vendéenne d’Alan Roura ne se transforme pas en déprime. «A la base il a plus un profil d’aventurier-voyageur que de régatier, donc la crainte est toujours qu’une sorte de «baby blues» s’installe dans les semaines après le retour à terre. On peut se demander ce qu’on va faire après. Selon moi – et j’ai prodigué ce conseil à Alan peu avant mon arrivée – c’est que le meilleur moyen de combattre cette dépression est de repartir immédiatement dans un nouveau projet. Pour éviter de se relâcher. Je lui ai dit qu’en deux mois on peut vite passer de héros à blaireau. Je lui souhaite vraiment de bien profiter de ce moment spécial pour rebondir.» Le skipper de «Newrest – Matmut» aurait tort de trop s’inquiéter. Alan Roura avait déjà compris dès ses premières semaines de course qu’il était fait pour repartir. Il ne fait aucun doute qu’il sera au départ du Vendée Globe 2020-2021, à condition d’être convenablement soutenu.

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Les commentaires les plus populaires

  • Romain Morel le 21.02.2017 22:54 Report dénoncer ce commentaire

    Ou sont les Genevois?

    Ce qui est incroyable, sans parler de l exploit d Alan, c est que c est une entreprise du nord vaudois qui a soutenu un genevois. Messieurs les milliardaires du bout du lac, confiez votre pognon à Monsieur Roura, il fera briller votre entreprise par delà des océans, ce sera certainement plus utile que sur votre D35 dans le petit lac. Bravo à La Fabrique.

  • abg le 21.02.2017 21:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bravo Alan

    Effectivement Alan a fait une course superbe, extraordinaire, finir un VG, à tout age est exceptionnel, il mérite forcément de trouver un sponsor qui lui permettra de repartir avec un bateau plus moderne, cependant n'oubliez pas Ellen Mac Arthur, qui a fait le VG à 24 ans, c'est à dire quelques mois de plus que Alan, navigatrice de à peine 1m60, et qui a terminé 4ème, c'est aussi exceptionnel. Un grand merci à la Fabrique de Champagne, Vaud, d'avoir sponsorisé ce jeune talent navigateur, qui d'ailleurs était aussi le sponsor de notre Roger Montandon national et ses transats exceptionnels sur des petites embarcations. Vivement Alan sur les prochaines courses

  • dadoo le 21.02.2017 23:32 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    bravo, vive la suite

    Bravo Alan, tu en as bavé, tu mérites un vrai sponsor et de continuer ta carrière de navigateur au plus haut niveau.

Les derniers commentaires

  • dadoo le 21.02.2017 23:32 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    bravo, vive la suite

    Bravo Alan, tu en as bavé, tu mérites un vrai sponsor et de continuer ta carrière de navigateur au plus haut niveau.

  • Romain Morel le 21.02.2017 22:54 Report dénoncer ce commentaire

    Ou sont les Genevois?

    Ce qui est incroyable, sans parler de l exploit d Alan, c est que c est une entreprise du nord vaudois qui a soutenu un genevois. Messieurs les milliardaires du bout du lac, confiez votre pognon à Monsieur Roura, il fera briller votre entreprise par delà des océans, ce sera certainement plus utile que sur votre D35 dans le petit lac. Bravo à La Fabrique.

    • Fredo le 21.02.2017 23:26 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Romain Morel

      Sans parler des autorités genevoises qui ont brillé par leur absence à son arrivée en Vendée et qui vont sans doute faire de la récupération opportuniste de bas étage dans les jours à venir.

    • Steven le 22.02.2017 07:30 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Romain Morel

      C'est tellement ça! !

    • JB M le 22.02.2017 19:32 Report dénoncer ce commentaire

      Pas tout faux...

      C'est vrai qu'un peu plus de soutien aurait été souhaitable, mais il ne faut pas oublier, sauf erreur, qu'il est quand même expatrié à Lorient (son accent est plus français que genevois ;-) ) Encore BRAVO à lui pour cette performance !

  • abg le 21.02.2017 21:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bravo Alan

    Effectivement Alan a fait une course superbe, extraordinaire, finir un VG, à tout age est exceptionnel, il mérite forcément de trouver un sponsor qui lui permettra de repartir avec un bateau plus moderne, cependant n'oubliez pas Ellen Mac Arthur, qui a fait le VG à 24 ans, c'est à dire quelques mois de plus que Alan, navigatrice de à peine 1m60, et qui a terminé 4ème, c'est aussi exceptionnel. Un grand merci à la Fabrique de Champagne, Vaud, d'avoir sponsorisé ce jeune talent navigateur, qui d'ailleurs était aussi le sponsor de notre Roger Montandon national et ses transats exceptionnels sur des petites embarcations. Vivement Alan sur les prochaines courses

    • Jean Peutplus le 22.02.2017 07:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @abg

      Ellen , n'avez pas le même budget, et naviguer pas à l'ancienne avec un vieux bateau de 17 ans ! BRAVO Alan