Sport amateur – Football américain

19 juin 2017 16:52; Act: 19.06.2017 16:53 Print

Bulle a un air d’Amérique

par Robin Chessex, Bulle - Dans le cadre de ses reportages sur le sport amateur, «20 minutes» est allé à la rencontre des joueurs de football américain de la région fribourgeoise.

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Le football américain est sans doute l’un des sports qui pèse le plus financièrement aux États-Unis, mais il reste une activité marginale en Europe. Pourtant, en Suisse, certains passionnés le pratiquent. L’occasion d’une rencontre avec une équipe de division amateur à Bulle.

Si l’on n’écoutait pas, on pourrait croire que l’on se trouve dans une petite ville montagneuse des Etats-Unis. Alors qu’à côté une partie de baseball est engagée, un match de football américain débute sur un terrain totalement prévu pour ce sport. Nous sommes chez les SFU Phénix de Bulle et ils affrontent les Cardinals de Fribourg.

Ici on parle de «soccer»

Il fait chaud, le soleil brille sur les casques et une dizaine de familles sont assises au bord du terrain pour assister au spectacle tout en s’enduisant de crème solaire. Il y a un amusant mélange d’Amérique et de Romandie. Ça parle anglais entre joueurs mais avec un accent du terroir: «Let’s go defence», «Come on! Allez!», «Good job Alain!».

Le président et fondateur c’est Hervé Weissbaum. Il porte le numéro 13 et joue quaterback et safety au sein de l’équipe. L’homme est heureux de pouvoir parler de son sport, dit le mot «soccer» lorsqu’il évoque le football et est fier de son équipe.

«On fête nos deux ans aujourd’hui, on construit le club sur 3 ans durant lesquels les résultats ne sont pas importants. C’est pour apprendre à jouer au football américain. Il faut bien penser que la plupart des gens qui nous rejoignent ne connaissent pas les règles contrairement à celles d'un sport plus médiatisé».

Sport dur, mais franc

Le match est en effet compliqué pour les Phénix. Les Cardinals dominent physiquement et techniquement et, à la mi-temps, les visiteurs mènent 0-3. C’est un match de division C, la plus faible du pays. Elle se partage en deux conférences, romande et suisse allemande, avec un niveau généralement supérieur chez les voisins alémaniques.

Les plaquages sont secs et le bruit des plastrons qui s’entrechoquent résonnent. Pour autant est-ce un sport violent? «Il y a des blessures bien sûr, cela fait partie du sport. Mais ce n’est pas pire qu’un autre» affirme le président. Jonathan Lopes se tient sur ses béquilles. Il est cornerback dans l’équipe et s’est fracturé le tibia et le péroné lors d’un match. Pour autant, il n’estime pas que le foot américain est spécialement dangereux. Au contraire, il apprécie une certaine franchise dans la dureté:

«Beaucoup plus de fair-play»

«Quand je faisais du foot, j’étais un défenseur central un peu rugueux et j’en avais marre qu’au moindre contact on se roule par terre, je cherchais un sport qui me correspondait mieux. Les contacts sont plus francs et pourtant il y a beaucoup de plus de fair-play. On joue à un seul homme. On est onze sur le terrain mais s’il y en a un qui fait une faute, c’est toute l’équipe qui est pénalisée». Cet état d’esprit, Hervé Weissbaum est fier de le retrouver dans son équipe. «C’est notre deuxième saison, on perd tous nos matches mais personne n’ouvre sa gueule. Tout le monde reste respectueux, y compris avec les arbitres».

Mais à Bulle, ce qui frappe surtout c’est ce terrain. Comment un jeune club de 3e division d’un sport plutôt obscur sous nos latitudes a-t-il pu obtenir une telle installation? Le président explique: «La ville de Bulle cherchait des nouveaux sports pour accompagner son agrandissement. J’ai saisi l’opportunité pour leur présenter le projet de créer une vraie structure pour le football américain». L’ambition a porté ses fruits, depuis octobre 2016, Bulle détient le premier terrain synthétique en suisse avec un marquage de football américain et les fameux but en «Y».

En maillot «armailli»

En regardant le maillot des Phoenix de Bulle, on remarque immédiatement le motif qui est repris d’une chemise edelweiss d’armailli traditionnelle. «C’est pour notre région, dit Hervé Weissbaum, on a construit ce club sur les valeurs et traditions de nos régions, le sud du canton de Fribourg et on veut porter ce message.»

Pour s’inscrire encore davantage dans la région, l’équipe essaie au maximum de participer à la vie sociale de celle-ci, afin, également, d’enraciner le club dans l’environnement local. Et aussi d'assurer la relève: «On travail avec la ville de Bulle pour démocratiser le sport, explique Jonathan Lopes. On est extrêmement ouverts, on accueille volontiers tout le monde.» Les Phénix finiront dernier du classement à la fin de cette saison mais préfèrent se tourner vers l’avenir.

Bulle a un air d'Amérique