Hippisme

07 décembre 2012 14:00; Act: 08.12.2012 00:16 Print

Steve Guerdat: «C'est dur pour moi de les décevoir»

par Oliver Dufour, Genève - Vendredi, le champion olympique de saut s’est entretenu avec les médias dans le cadre du CHI-W de Genève. Extraits.

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Steve Guerdat lors du concours olympique de Londres, cet été. (photo: Keystone)

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- Steve Guerdat, vous parlez souvent de Genève comme étant votre concours préféré. Pouquoi?
- Il suffit de venir voir les épreuves principales ici et l’ambiance quand j’entre en piste! J’ai toujours dit que c’était ce qu’il y a de plus beau dans le sport, cette ambiance autour de l’arène, cette âme que les concours peuvent montrer. Quand je viens à Genève, c’est là que je me sens le plus motivé et le plus sportif au fond de moi. Sans parler des installations et de l’organisation parfaites.

- Le public de Genève veut voir gagner Steve Guerdat tous les soirs. Vous faites en sorte d’épargner vos chevaux avec un tournus, mais est-ce que l’homme parvient aussi à s’économiser?
- Oui. C’est un moment de la saison où, je le sais, je dois arriver les batteries pleines. C’est vrai que quand j’entre en piste, il y a toujours quelques instants de frisson, où j’ai besoin de rassembler mes esprits pour me concentrer sur le parcours. Évidemment, il y a beaucoup d’attentes et de demandes, mais en ce qui concerne les victoires, j’ai en tout cas autant envie de gagner que les spectateurs, si ce n’est plus. Chaque jour ou chaque épreuve, que ce soit ici ou ailleurs. Ma soif de victoire est énorme dans les grands rendez-vous. Pour l’instant ça ne me réussit pas trop mal.

- Mais ce n’est pas possible de tout remporter...
- Je sais bien que je ne peux pas gagner à chaque fois, même si j’aimerais bien. Le public sait aussi que ce n’est pas possible, même s’il le souhaite. C’est d’ailleurs pour ça que c’est un grand public. Il ne m’applaudit pas seulement quand je gagne, mais aussi si je suis huitième, comme hier soir (ndlr: jeudi), ou quand je fais une faute ou un mauvais parcours. Des fois c’est dur à encaisser pour moi de les décevoir. Ils sont sportifs dans l’âme aussi et ils se rendent compte que l’exploit n’est pas possible chaque soir.

- Champion olympique à 30 ans, c’est la victoire d’une vie. Quel titre rêvez-vous encore d’accrocher? Quelles sont les ambitions pour l’avenir?
- Le titre olympique est derrière moi maintenant, mais ma soif de victoires n’a pas diminué. J’ai toujours été un compétiteur dans l’âme. Hier (ndlr: jeudi), en me levant, je n’avais qu’une envie en tête, c’était de remporter le Grand Prix du soir. Je me suis battu tout ce que je pouvais pour essayer d’y arriver et ça a débouché sur une déception. J’étais triste de ne pas y être arrivé. Aujourd’hui (ndlr: vendredi), je me suis levé et je n’ai que la finale du Top 10 dans la tête et même si j’y fais un super résultat, je vais me lever dimanche en voulant gagner le Grand Prix de Coupe du monde. Et ainsi de suite. Les objectifs ne manque vraiment pas et je suis encore loin d’être rassasié. Même si l’émotion d’une médaille olympique ne peut pas se reproduire tous les week-ends.

- Comment se fait le choix des chevaux pour une épreuve, plutôt qu’une autre?
- Pour moi c’était clair que je ne voulais pas monter Nino des Buissonnets dans les deux épreuves principales, le Top 10 et le GP de dimanche. Pas que ce soit impossible pour un cheval de le faire, mais Nino m’a déjà tellement donné cette année qu’il a mérité que je le soigne. Il donne toujours 150% quand il sent que l’enjeu est important. Ce soir (ndlr: vendredi) il y a deux manches très difficiles. Ce n’est pas une épreuve classique suivie d’un barrage. Tout le monde revient en deuxième manche sur un parcours long et dur pour les chevaux. Nino méritait mieux que je lui inflige ça en plus de l’épreuve du dimanche. J’ai déjà gagné celle-ci, mais ça commence à faire longtemps. J’ai vraiment envie de pouvoir le ramener une fois à la maison. C’est avec lui que j’ai le plus de chances dans ce format d’épreuve. Au contraire, Nasa est une jument très puissante qui fait moins d’efforts sur les gros parcours. Elle arrive ici fraîche, après une période de repos forcé. Même si on a eu un peu de peine à se remettre en marche ensemble, elle est dans une forme suffisante pour faire un très bon résultat ce soir (ndlr: vendredi).

- Pouvez-vous nous en dire plus sur la présence de Thomas Fuchs à vos côtés? Pourquoi lui et comment s’est passée votre rencontre?
Voilà presque six ans que je suis établi à Herrliberg (ZH). J’ai commencé à sentir qu’il me manquait un petit quelque chose. Une personne pour m’aider à passer un cap. Mon père m’a demandé pourquoi je ne m’adresserais pas à Thomas. Je le connaissais très peu. Je ne savais même pas qu’il vivait à vingt minutes de chez moi. Je lui ai dit que j’avais besoin d’aide pour gagner des titres, devenir No1 mondial. Je cherchais quelqu’un de motivé, qui ne faisait pas ça pour l’argent, mais pour le succès, pour le sport. Dès les premiers mois, ça s’est bien passé. Sa présence me donne confiance. Son perfectionnisme m’aide à progresser. Il est aussi devenu un ami.


Guerdat en interview vidéo: