Football - Coupe du Monde

07 octobre 2017 18:04; Act: 08.10.2017 01:03 Print

Atmosphère tendue à Bâle avec les ultras hongrois

par Robin Chessex, Bâle - Les supporters hongrois ont débarqué à Bâle. Si certains sont venus avec les meilleures intentions du monde, d'autres l'ont fait pour des raisons bien moins nobles.

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Vouloir aller à la rencontre des supporters hongrois présents à Bâle en ce samedi de match pouvait réserver quelques surprises. Surtout lorsque les ultras nationalistes du pays ont choisi de faire le déplacement...

Vers midi, les rues de la vieille ville sont encore assez calmes. Quelques visiteurs venus de Hongrie commencent à arpenter les rues. Certains portent simplement un maillot et sont en couple ou en famille. D'autres arborent vestes noires, coupe de cheveux minimalistes et canettes à la main. Deux ou trois chants se font entendre mais le calme est de rigueur.

Je rencontre deux sympathiques Hongrois, un père et son fils, heureux d'être venus en Suisse pour le week-end. Le premier a vécu à Rouen pendant dix ans et parle très bien français. Ils racontent leur désarroi par rapport à leur équipe nationale, mais leur espoir de voir celle-ci l'emporter ce soir et de continuer.

Les gros bras sur les terrasses

Début d'après-midi, les terrasses se remplissent. Si l'on en croit les fans hongrois qui garnissent les tables et les rues, la mode, dans certaines régions du pays, serait plutôt aux grosses vestes noires et aux crânes rasés.

M'approchant d'une tablée de sept bonshommes dont la passion a clairement l'air d'être le bodybuilding (ou porter des pneus de camion), j'entreprends de les interroger sur l'aspect football de cette journée. Les têtes se baissent, on maugrée quelques mots marquant un manque d'enthousiasme certain. Mon appareil photo dérange clairement. L'un d'eux est plus agacé que les autres par ma présence. Il s'adresse à moi en parlant très fort en hongrois, tout en me regardant fixement dans les yeux pour que je comprenne bien que ce qu'il m'explique n'est pas la recette du gâteau à la cannelle. Un de ses amis me montre l'aigle qui orne sa veste pour m'expliquer quelque chose. Mais trop aviné, il renonce.

Plus loin à une terrasse, deux tables de jeunes hommes en vestes noires sont assis à enchaîner des chopes. En face, deux personnes de couleur passent et traversent la route. L'un des Hongrois attablés commence à hurler «white supremacy! »Il est suivi par quatre ou cinq de ses amis. L'ambiance commence à devenir très étrange. La police est de plus en plus visible. Jamais moins que par groupes de quatre.

Des chants et des saluts nazis

Sur la Barfüsserplatz, deux ou trois petits attroupements se sont formés. Ils ne sont pas des centaines mais suffisants pour avoir fait fuir la plupart des passants. Un groupe voulant en découdre avec des ultras bâlois commencent à entonner des «Basler hooligans! You are all homosexual!», espérant que cette chanson arrivera dans les oreilles de quelques fans locaux au sang chaud.

J'arrive à entamer la conversation avec l'un d'eux, lui demandant ce qu'ils sont venus faire ici, s'ils sont là pour le match ou d'autres raisons. «Nous n'avons plus rien à espérer pour le football, mais nous voulons montrer que nous sommes fiers de notre nation!»

Alors que je m'apprête à entreprendre un interview de mon interlocuteur, deux autres sympathiques membres de cette chorales interviennent, me poussent de la main et me font comprendre en hongrois que ma présence les indispose. Ils sont néanmoins emportés par le début d'une chanson qu'ils reprennent tous, agrémentant leur chorégraphie de saluts nazis.

Je dois quitter cette chaleureuse atmosphère car définitivement, mon appareil photo gêne beaucoup. On ne peut certes pas parler d'émeute en ville, contrairement à ce que l'on a pu voir dans certaines villes lors de l'Euro 2016. Mais l'ambiance régnant à Bâle samedi après-midi laisse penser qu'il ne manque parfois pas grand chose pour que des incidents surviennent.

A l'Euro en France, les Hongrois avaient à l'époque réalisé une véritable «démonstration de force», dans les rues de Marseille, notamment, avant la partie de la phase de poule contre l'Islande. Ils étaient alors près de 30'000 (!) à avoir défilé dans les rues de Marseille, entre le Vieux-Port et le Stade Vélodrome. Leurs crânes luisants et leurs t-shirts noirs avaient créé quelques émois dans la cité phocéenne, mais aucun problème n'avait été signalé.