Snowboard

25 janvier 2017 08:47; Act: 21.09.2017 23:38 Print

«Je comprends ces rockstars mortes à 27 ans»

par Oliver Dufour, Laax - Iouri Podladtchikov s’est confié à «20 minutes» le week-end dernier. Voici le 2e volet de l’entretien, dans lequel il évoque ses moments sombres de l'après-Sotchi.

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Iouri Podladtchikov (à droite) avoue avoir eu de la peine à se faire aux sollicitations des gens après les Jeux de Sotchi. (Photo: Philipp Ruggli)

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Ces trois dernières années, après la conquête du titre olympique de Stochi, n’ont pas apporté que de la joie au snowboarder zurichois de 28 ans. Elles lui ont toutefois beaucoup appris, même si l'apprentissage a parfois été difficile. I-Pod s'est raconté en marge du Laax Open, dans les Grisons.

Comment avez-vous jusqu’ici vécu l’après Sotchi?
Je pourrais écrire tout un livre sur le sujet. Ça a été une expérience de vie géniale. Un immense grand-huit avec des moments très très hauts et d’autres très très bas.

Quels ont été les moments les plus difficiles?
J’ai commis des erreurs. J’avais 26 ans, sans vraiment encore être adulte. Dans un premier temps je me suis dit que je voudrais bien pouvoir refaire les choses différemment. Mais par la suite j’ai été content d’avoir commis ces erreurs. C’est quelque chose qu’on n’oublie pas. J’en ai un souvenir très vivace, vibrant. Le début d’un nouveau chapitre, d’une nouvelle vie.

De quelle(s) erreur(s) parlez-vous?
Celle d’avoir sous-estimé l’importance prise par l’attention. On en a tous besoin. Et d’amis, d’amour… En tant que compétiteur, on aime être au sommet. Si tu es un battant, tu veux grimper au sommet de l’immeuble. Mais j’avais mésestimé à quel point on est vulnérable au sommet. Tout le monde vous jette des pierres tout le temps. Vous n’êtes pas le favori de tous, justement parce que vous êtes au sommet de la vague.

Comment cela se manifeste-t-il?
Pour vous donner un exemple, si vous êtes une personne lambda et que vous crachez parterre, vous êtes simplement un type avec de sales manières. Mais si vous le faites et que vous êtes champion olympique, vous êtes juste un connard. Pour le grand public, un champion olympique doit être quelqu’un d’autre. Un modèle. Mais vous devenez vite une cible. Certains le vivent très bien, d’autres très mal. Moi, je dirais que j’étais quelque part entre deux.

Et qu’auriez-vous changé si vous aviez pu?
Toutes mes interviews après la victoire! Je regarde en arrière et je me dis: ‘’t’es tellement un idiot!’’. Mais c’est dur d’expliquer ce qui se passait dans ma tête. Tu gagnes et tu donnes une centaine d’interviews avec 99% de questions auxquelles tu n’as aucune envie de répondre. Je voulais faire autre chose. L’amusement était fini, il fallait commencer le travail. J’ai été très honnête dans mes propos à ce moment-là. Certaines personnes ont beaucoup apprécié ça. D’autres bien moins.

Comment vous êtes-vous comporté?
J’étais comme un gamin qui doit apprendre à manger avec un couteau et une fourchette, mais moi je jetais du gâteau sur les gens. En réalité, si j’avais vu quelqu’un d’autre agir comme ça, j’aurais probablement trouvé ça drôle. Et vous savez combien de personnes m’ont demandé si j’étais stone? Sérieusement, les gens. C’était un événement géré par la FIS et le CIO. Et j’aurais risqué de tout perdre en prenant de la drogue? Non, j’étais shooté à la vie!

Et aujourd’hui, les choses vont mieux?
Oui. Par chance les gens oublient tout aussi rapidement. Au début j’ai dû arrêter de prendre le train, d’aller dans des endroits que j’aimais, parce que les gens me sollicitaient sans arrêt. Durant une année et demie après Sotchi, j’ai souhaité que ça s’arrête. Tout est redevenu assez normal. Mais je comprends ces rockstars qui meurent à 27 ans. Je ne pense pas que j’aurais atteint 28 ans si j’avais dû vivre ça chaque jour!


Retrouvez jeudi la troisième et dernière partie de l'entretien avec Iouri Podladtchikov.