115 ans et un cerveau de jeunette
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115 ans et un cerveau de jeunette

A 115 ans, Henrikje van Andel-Shipper, doyenne de l'humanité décédée en 2005, avait toute sa tête et un esprit encore affûté.

L'analyse post-mortem de son cerveau a montré qu'il était indemne des maladies cérébrales habituellement liées au vieillissement.

Pour le Pr Gert Holstege, Université Groningen, dont les travaux vont être publiés dans le numéro du mois d'août de la revue Neurobiology of Aging, il s'agit d'une surprise: «Tout le monde pensait qu'un cerveau de plus de 100 ans a toutes sortes de problèmes», a-t-il déclaré à l'Associated Press lors d'une interview téléphonique.

Et d'ajouter: «c'est le premier (très vieux) cerveau à ne pas avoir ce genre de problèmes», faisant référence à la rigidité artérielle et à la fabrication d'une protéine spécifique de la maladie d'Alzheimer.

Selon le Livre Guinness des records, Henrikje van Andel-Shipper était la femme la plus âgée du monde lorsqu'elle est décédée en 2005.

En 1972, à 82 ans, elle avait téléphoné à l'Université de Groningen pour faire don de son corps à la science. Une offre qu'elle avait renouvelée à 111 ans, inquiète d'être trop âgée pour pouvoir être acceptée... C'est à cette époque que Gert Holstege a commencé à l'interroger, testant ses facultés cognitives aux âges de 112 et 113 ans. Malgré ses problèmes de vue, la vieille dame était fort alerte et ses performances meilleures que celles de la moyenne des 60-75 ans.

Le Dr Murali Doraiswamy, du Centre pour le vieillissement de l'Université Duke, un spécialiste de la maladie d'Alzheimer et extérieur à l'étude, a jugé ces résultats inhabituels et précieux.

En premier lieu, il n'existe qu'une poignée de «super-centenaires» (personnes âgées de 110 ans et plus) vivants en même temps. Soit une infime proportion de la population mondiale et un tout petit nombre même comparé à celui des centenaires. On a donc peu de chances d'analyser un cerveau aussi vieux, estime le Dr Doraiswamy. En outre, «il est très rare de pouvoir non seulement pratiquer l'analyse post-mortem d'un cerveau, après l'avoir testé deux ou trois ans avant la mort. Pour un scientifique, ça équivaut à toucher le gros lot».

Selon lui, le pourcentage de cerveaux riches en protéine beta-amyloïde spécifiques d'Alzheimer augmente avec l'âge. Toute personne amenée à vivre suffisamment longtemps finira donc par en fabriquer, supputent les experts.

A la mort de Henrikje Van Endel, le directeur de la maison de retraite dans laquelle elle vivait a refusé de donner les raisons de sa mort, autres que le fait qu'elle était morte de vieillesse...

Mais à en croire Gert Holstege, elle serait morte d'un cancer. «Elle est morte d'un cancer de l'estomac, ce qui peut très bien nous arriver à vous et moi», a-t-il noté, ajoutant que son cas prouve que les personnes âgées ne meurent pas seulement de maladies liées au vieillissement.

De ce fait, «il est très important de soigner les personnes âgées comme des gens normaux, comme s'ils avaient 50 ou 60 ans». Il constate que Van Andel a été opérée à 100 ans d'un cancer du sein et qu'elle a vécu encore 15 ans.

A sa naissance en 1890, elle ne pesait pourtant que 1,6 kilos et sa mère pensait qu'elle allait mourir rapidement. Son mari est mort en 1959. Elle n'a pas eu d'enfant. La longévité était inscrite dans ses gènes, comme pour ses frères et soeurs tous morts après 70 ans, sa mère étant morte centenaire.

La vieille Néerlandaise, qui attribuait en plaisantant sa propre longévité au hareng fumé, répondait, quand on l'interrogeait sur quel conseil donner aux gens qui voudraient vivre longtemps: «continuez à respirer». (ap)

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