06.08.2020 à 21:50

Liban16 fonctionnaires du port de Beyrouth placés en détention

Le procureur militaire, qui enquête sur les explosions, n’a pas précisé l’identité des 16 fonctionnaires arrêtés, ni les accusations à leur encontre.

Au moins 16 fonctionnaires du port de Beyrouth et des autorités douanières ont été placés en détention dans le cadre de l’enquête sur l’explosion meurtrière et dévastatrice mardi d’un entrepôt renfermant des tonnes de nitrate d’ammonium, a annoncé jeudi le procureur militaire.

L’explosion dans le port de Beyrouth mardi a fait plus de 130 morts et 5000 blessés, et dévasté des quartiers entiers.

L’explosion dans le port de Beyrouth mardi a fait plus de 130 morts et 5000 blessés, et dévasté des quartiers entiers.

AFP

Il s’agit de «responsables du conseil d'administration du port de Beyrouth et de l’administration des douanes, et des responsables des travaux d’entretien et des (ouvriers) ayant effectué des travaux dans le hangar numéro 12», où étaient stockées les tonnes de nitrate d’ammonium, a précisé le procureur militaire Fadi Akiki dans un communiqué. «Seize personnes sont détenues dans le cadre de l’enquête», a indiqué le communiqué sans préciser la date de leur arrestation, leur identité ou les accusations à leur encontre. Elles ont été arrêtées mercredi ou jeudi, d’après une source proche du dossier.

L’explosion dans le port de Beyrouth mardi a fait plus de 130 morts et 5000 blessés, et dévasté des quartiers entiers. Elle a à son origine selon les autorités les 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées depuis six ans dans un entrepôt «sans mesures de précaution», de l’aveu même du premier ministre Hassan Diab. Les autorités libanaises affirment que l’entrepôt a explosé après un incendie. Autorités du port, services des douanes et certains services de sécurité étaient tous au courant que des matières chimiques dangereuses étaient entreposées là mais ils se sont rejetés mutuellement la responsabilité.

Les travaux à l’origine du drame

En juin 2019, la sûreté de l’État a lancé une enquête sur cette cargaison, après des plaintes répétées sur des odeurs nauséabondes qui émanaient du hangar. Elle avait signalé que l’entrepôt contenait «des matières dangereuses qu’il est nécessaire de déplacer» et indiqué que les parois de l’entrepôt étaient lézardées et recommandé qu’il soit réparé.

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L’armée libanaise a annoncé samedi avoir recensé 85'744 «unités» endommagées, dont des maisons, des hôpitaux et des écoles, après l'explosion au port. (Samedi 19 septembre 2020)

L’armée libanaise a annoncé samedi avoir recensé 85'744 «unités» endommagées, dont des maisons, des hôpitaux et des écoles, après l'explosion au port. (Samedi 19 septembre 2020)

AFP
Des secouristes fouillent les débris d'un immeuble effondré après avoir reçu des signaux qu'un survivant pourrait se trouver sous les décombres. (Samedi 5 septembre 2020)

Des secouristes fouillent les débris d'un immeuble effondré après avoir reçu des signaux qu'un survivant pourrait se trouver sous les décombres. (Samedi 5 septembre 2020)

KEYSTONE
Emmanuel Macron s'est rendu à bord de deux navires français arrivés à Beyrouth avec des milliers de tonnes d'aide d'urgence. (Mardi 1 septembre 2020)

Emmanuel Macron s'est rendu à bord de deux navires français arrivés à Beyrouth avec des milliers de tonnes d'aide d'urgence. (Mardi 1 septembre 2020)

Keystone

La direction du port, qui était au courant du caractère dangereux des produits, a finalement envoyé il y a quelques jours des ouvriers colmater les fissures de l’entrepôt. Ces travaux, selon les sources de sécurité, auraient été à l’origine du drame, selon les autorités.

Par ailleurs, un responsable proche du dossier a assuré à l’AFP que la Banque centrale du Liban avait ordonné un gel des avoirs de sept responsables du port et des douanes, dont le directeur des douanes, Badri Daher. Il s’exprimait sous couvert de l’anonymat en raison de la sensibilité du sujet. Une source bancaire a confirmé que les banques commerciales avaient reçu la circulaire de la Banque centrale, qui a décidé aussi de la levée du secret bancaire pour tous les comptes ces sept personnes ou même leurs proches.

Par ailleurs, l’ambassadrice du Liban en Jordanie a annoncé jeudi sa démission, dénonçant «l'incurie» des autorités de son pays et appelant à un changement de leadership. Il s'agit de la seconde démission d'un officiel libanais de haut rang, après le député Marwan Hamadeh, qui avait démissionné mercredi suite au drame. La classe dirigeante, depuis longtemps accusée d'incompétence et de corruption, est contestée par un mouvement de protestation commencé en octobre, qui demande des réformes de grande ampleur.

Gaz lacrymogènes

Les forces de l'ordre libanaises ont utilisé jeudi soir des gaz lacrymogènes pour disperser des dizaines de manifestants très remontés après la gigantesque explosion meurtrière, devenue le symbole de l'incompétence et de la corruption des autorités.

Les manifestants ont vandalisé des magasins et jeté des pierres sur les policiers dans le quartier du parlement, selon l'Agence nationale de l'information. Des manifestants ont été blessés lors de la riposte policière, a précisé l'agence officielle. Ces incidents surviennent à l'avant-veille d'une grande manifestation antigouvernementale, prévue samedi dans ce pays en proie à une crise économique inédite.

L’armée américaine remet eau, nourriture et médicaments au Liban

L’armée américaine a annoncé jeudi avoir remis à son homologue libanaise une première cargaison d’eau, de nourriture et de médicaments au Liban. Un avion militaire C-17 chargé de 11 palettes de produits alimentaires, d’eau et de matériel de secours est arrivé à Beyrouth en provenance de la base militaire d’Al-Udeid, au Qatar, a indiqué le commandement central de l’armée américaine (Centcom) dans un communiqué.

(AFP/NXP)

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