Genève: «20 centimes de plus par heure? Une provocation!»
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Genève«20 centimes de plus par heure? Une provocation!»

Les syndicats du bâtiment veulent que les ouvriers du second œuvre perçoivent 150 francs de plus par mois. Le patronat estime avoir déjà fait un geste.

par
Jérôme Faas
Les syndicalistes ont sillonné les chantiers de la Cluse mardi matin, pièce de 20 centimes à main, histoire d'illustrer leur propos.

Les syndicalistes ont sillonné les chantiers de la Cluse mardi matin, pièce de 20 centimes à main, histoire d'illustrer leur propos.

Les syndicats du bâtiment fourbissent leurs armes. Constatant que les ouvriers du second œuvre n'ont bénéficié d'aucune augmentation depuis trois ans, ils rameutent leurs troupes en vue des négociations à venir avec le patronat. Ce mardi, ils sillonnaient divers chantiers du quartier de la Cluse, afin de mobiliser les travailleurs avant l'assemblée générale de jeudi. Leur revendication? Une revalorisation collective de 150 francs par mois, soit 85 centimes de l'heure.

Le patronat, lui, propose une hausse fixe de 20 centimes de l'heure, à laquelle il ajoute 20 autres centimes, mais attribués au mérite. «C'est une provocation!» considère José Sebastiao, secrétaire syndical à Unia. «Les carnets de commande sont pleins, la situation est bonne. Dans le même temps, la sous-traitance explose et de plus en plus d'ouvriers sont engagés au tarif plancher, comme manœuvres, alors qu'ils sont qualifiés.» Et l'homme de déplorer cette stagnation des revenus, «alors que les assurances maladie et les loyers, eux, augmentent».

Le patronat a finement négocié en 2008

Oui, mais l'indice suisse des prix à la consommation, lui, n'a pas progressé depuis août 2008. «Or nous avions alors signé un accord avec les syndicats, explique Alain Meylan, secrétaire patronal à la Fédération des entreprises romandes: toute hausse jusqu'à 2% de cet indice doit être compensée. Nous avons eu de la chance. L'indice n'a pas bougé, nous n'avons donc aucune obligation de négocier.»

Alain Meylan juge donc que le patronat fait un geste en proposant une revalorisation pour 2015. «D'autant plus que, s'il est vrai que la conjoncture est bonne au niveau des carnet de commandes, elle est catastrophique du point de vue des prix. Pour les peintres et les plâtriers, notamment, c'est difficile.»

«Avec 20 centimes, on fait quoi?»

La prochaine négociation est prévue à la mi-octobre. D'ici là, les syndicats espèrent attirer jeudi sur la plaine de Plainpalais un maximum d'ouvriers du second œuvre, mais aussi du gros œuvre et des parcs et jardins. «Ce sera la première fois que les trois secteurs seront réunis», annonce José Sebastiao, qui pense pouvoir rassembler plusieurs centaines de travailleurs. «C'est vous qui déciderez, votre position sera la nôtre», explique-t-il dans le chantier de la maternité. «Vingt centimes! Mais avec 20 centimes, on fait quoi? réagit un salarié. Nous, on sait ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. Vingt centimes? Autant ne rien donner!»

A Genève, plus de 4000 ouvriers officient dans le second œuvre. Ils sont 15'000 à l'échelle de la Suisse romande, niveau auquel se mèneront les négociations. «Et je peux vous dire que la situation y est moins bonne qu'à Genève, expose Alain Meylan. Les Valaisans, notamment, ont pris un coup sur la tête cette année.»

Le second oeuvre, c'est quoi?

Dans la construction, le gros oeuvre vient en premier: il s'agit de la réalisation des fondations et des murs, bref, de tous les éléments qui supportent une charge. Le second oeuvre réunit les métiers de finition, d'aménagement du bâti: peinture, menuiserie, toiture, vitrerie, pose des sols, marbrerie, carrelage, etc.

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