Actualisé 15.06.2010 à 10:21

Conseil de la presse

»24 Heures» et «Le Matin» tancés par le

Les quotidiens «24 Heures» et «Le Matin» se font tirer l'oreille par le Conseil suisse de la presse pour leur traitement en janvier dernier du meurtre de Catherine Ségalat, municipale de Vaud-sur-Morges (VD).

Le Conseil de la presse estime que le «24 Heures» et «Le Matin» ont violé le principe du respect de la vie privée en publiant la photo, le nom ou des informations précises permettant d'identifier le beau-fils de la victime, principal suspect dans cette affaire.

Le 13 janvier dernier, «24 Heures» avait publié un article consacré à ce meurtre, titrant en «une» «Le meurtrier présumé est un chercheur de renom» et précisant qu'il s'agissait du «célèbre généticien français» Laurent-Ségalat, beau-fils de la défunte. L'information de «une» était assortie d'une grande photo du suspect et d'un portrait de la victime.

Le même jour, «Le Matin» évoquait cette affaire dans un article intitulé «Le suspect est un célèbre généticien». Le quotidien ne donnait pas le nom du suspect mais ses initiales et publiait sa photo, mais en cachant ses yeux d'un bandeau noir. Il donnait aussi des détails sur sa profession, le titre de son dernier ouvrage et le lieu de travail du prévenu.

Ces articles ont fait réagir l'Ordre des avocats vaudois (OAV) qui a porté plainte contre les deux titres d'Edipresse. Invoquant la Déclaration des droits et des devoirs des journalistes, l'OAV estimait que les journaux avaient violé les directives sur la présomption d'innocence et le compte-rendu identifiant. Pour l'OAV, la publication de l'identité et de l'image du suspect avaient été motivés par la seule volonté de «faire vendre» les deux titres.

Str: «Mis au pilori»

Ariane Dayer et Thierry Meyer, les deux rédacteurs en chef des journaux, se sont défendus: Pour eux, le suspect était une personnalité publique, connue à la fois dans le monde scientifique et dans la communauté intellectuelle de Lyon, qui a publié de nombreux ouvrages et apparaît régulièrement dans les médias. De plus, son nom avait été largement diffusé dans les médias français au lendemain du drame. Les deux rédacteurs en chef contestaient enfin que la publication du nom et de la photo se soit faite dans le cadre d'une démarche mercantile.

Le Conseil suisse de la presse a partiellement admis la plainte de l'OAV. L'autorité morale estime qu'avec leurs articles. les deux quotidiens ont publié de manière disproportionnée des informations relevant de la vie privée de l'auteur présumé du crime et ont ainsi violé le chiffre 7 de la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste».

En particulier les informations relevant de l'activité professionnelle et scientifique n'avaient aucune relation avec le crime et n'étaient pas nécessaire à la compréhension du récit. Cela vaut en particulier pour la «une» de «24 Heures». Avec la combinaison du titre «Le meurtrier présumé est un chercheur de renom» et la grande photo non voilée de Laurent Ségalat, le journal l'a mis au pilori de manière nettement disproportionnée, estime l'autorité morale.

En revanche, les deux quotidiens n'ont pas violé le principe de la présomption d'innocence, estime le Conseil de la presse. Il constate que tant «24 Heures» que «Le Matin» ont utilisé une terminologie claire pour éviter d'induire les lecteurs en erreur. Ainsi, pour qualifier le prévenu, «24 Heures» a utilisé à plusieurs reprises les expressions de «meurtrier présumé», «homme inculpé» et de «prévenu». Pour sa part, «Le Matin» a employé les terme de «suspect», d'»inculpé de meurtre» et de «meurtrier présumé». AP

og (ap)

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