TOUR D’HORIZON: 5 questions sur l’alimentation durable
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TOUR D’HORIZON5 questions sur l’alimentation durable

En matière d'alimentation, il n'y a pas de consensus sur la meilleure façon de protéger la planète. Voici les faits les plus importants.

par
Stephanie Sigrist
Un tiers de la pollution environnementale en Europe causée par la consommation est d'origine alimentaire.

Un tiers de la pollution environnementale en Europe causée par la consommation est d'origine alimentaire.

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En matière d'alimentation, il n'y a pas pour l’instant de consensus sur la meilleure façon de protéger la planète. De nombreux experts en durabilité ne s'accordent pas non plus sur les critères à prendre en compte dans l'évaluation écologique. Est-ce que les émissions de CO2 ou de gaz à effet de serre doivent être considérées en premier lieu? Ou plutôt la consommation d'eau? Qu'en est-il du bien-être animal, de la biodiversité, de l’utilisation de produits chimiques, de pesticides et d’antibiotiques? Il n'y a la plupart du temps pas de réponses universelles à ces questions et chaque consommateur doit prendre lui-même ces décisions au quotidien.

Il est difficile d'évaluer précisément l’empreinte écologique des produits alimentaires. Le bilan écologique indique dans quelle mesure la culture, le transport, la transformation ou le stockage des denrées alimentaires polluent l'environnement. Cependant, le calcul des conséquences sur l'environnement tout au long du cycle de vie nécessite de nombreux chiffres et d’informations qui ne sont pas imprimés sur l'emballage et qui sont difficiles à retracer. De plus, les méthodes de production sont très différentes d'un agriculteur à l'autre. Cependant, les experts sont d'accord sur certains points et il existe des lignes directrices pour une alimentation durable. Vous trouverez ci-dessous les réponses à cinq questions.

À quoi les consommateurs soucieux de l'environnement doivent-ils faire attention lorsqu'ils achètent des aliments?

Un tiers de la pollution environnementale en Europe causée par la consommation est d'origine alimentaire. La production représente la part la plus importante. L'emballage, le transport, le stockage, la préparation et l'élimination sont généralement beaucoup moins importants. L'élevage est particulièrement nocif pour l'environnement: il est très coûteux en ressources et produit beaucoup plus d'émissions de gaz à effet de serre que la culture d'aliments végétaux. Selon WWF, les protéines animales sont responsables en moyenne de la moitié de la pollution environnementale causée par l’alimentation. Un menu végétarien pollue en moyenne trois fois moins le climat qu'un plat à base de viande. Un plat végane serait encore meilleur pour l'environnement. L'empreinte écologique alimentaire d'un Suisse est réduite de 24% en moyenne lorsqu'il passe à un régime végétarien. Et de 40% pour une personne qui se passe complètement de produits animaliers – c'est-à-dire qui suit un régime végane. Les aliments végétaux sont donc presque toujours meilleurs pour l'environnement que les protéines animales. Toute personne qui se passe régulièrement de viande, de lait et d'œufs peut donc apporter une contribution précieuse à la protection de l'environnement et du climat. L'achat local fait également la différence: le bilan écologique et énergétique des produits régionaux et saisonniers est généralement bien meilleur que celui des aliments importés.

Enfin et surtout, il est important de valoriser la nourriture. Jusqu’à un tiers des aliments produits en Suisse est perdu ou gaspillé sans pouvoir arriver à l’assiette. Cela correspond à quelque 2 millions de tonnes d’aliments par an. Si nous jetons des aliments irréprochables aux ordures, des ressources rares, comme l’eau, les sols et les sources d’énergies fossiles, sont inutilement polluées ou consommées en vain. En même temps, une demande accrue en raison des pertes raréfie l’offre mondiale d’aliments, alors que la sécurité alimentaire de nombreuses personnes n’est pas garantie. C’est pourquoi on ne devrait acheter que ce qui sera consommé. Les restes peuvent souvent être recyclés sans problème. De sorte qu'aucun aliment de qualité ne soit perdu.

Qu'est-ce qui influe le bilan écologique des aliments?

Un aspect important de l'éco-bilan des denrées alimentaires est l'énergie grise. C’est la quantité d'énergie nécessaire au cours du cycle de vie du produit. Elle est utilisée par exemple pour la consommation thermique et électrique lors de la production et de la transformation des aliments, pour les carburants lors du transport, pour l'emballage des produits et la consommation électrique et thermique lors du stockage, de la vente et de la préparation. Outre les producteurs de denrées alimentaires, les consommateurs contribuent également au bilan écologique et énergétique des aliments. Ceci par exemple via le choix du moyen de transport pour se rendre au magasin ou au marché, le choix du lieu d'achat, du stockage et du recyclage des produits.

Dans le cas de la viande, l'énergie grise représente la quantité d'énergie totale nécessaire à la production d'aliments pour les animaux, la consommation de carburant lors du transport par camions, la consommation d'électricité pour l'abattoir et la réfrigération de la viande, le stockage, la production plastique pour l'emballage, les besoins électrique pour l'éclairage et la réfrigération lors de la vente au détail, la production de charbon de bois pour la chauffe et l'élimination des emballages. La plus grande partie de l'énergie est généralement utilisée pour l’alimentation des bêtes. Il faut par exemple près de deux tonnes de lait et de foin pour élever un veau d'environ 200 kilogrammes.

Un régime végane est-il dans tous les cas mieux pour l'environnement?

Comme décrit ci-dessus, la viande nécessite beaucoup plus d'énergie grise que les aliments végétaux. Cela est principalement dû à l'élevage intensif des animaux. La Suisse importe par an plus d'un million de tonnes d'aliments destinés aux animaux, dont 300’000 tonnes de soja, provenant principalement du Brésil. Selon une étude de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, l'élevage intensif est responsable d'environ 15% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Même si de nombreux substituts de viande sont constitués de soja, la majeure partie de sa production est encore utilisée comme fourrage pour le bétail. Les plats de viande sont donc nettement moins bons pour l'environnement que les burgers de soja et autres produits analogues. Soit dit en passant, les légumineuses telles que les haricots ou les lentilles contiennent beaucoup plus de protéines pour 100 grammes que la viande, et la culture des légumineuses fixe l'azote en provenance de l'atmosphère dans le sol. Cela permet de réduire l'utilisation d'engrais synthétiques, qui sont nocifs pour l'environnement et le climat.

Afin de contribuer à la protection de l'environnement et du climat, il n'est pas nécessaire de suivre un régime alimentaire entièrement végane – mais il ne peut pas faire de mal de réduire sa consommation de protéines animales. La viande, le lait et les œufs doivent être consommés de manière responsable et les aliments doivent idéalement provenir d'une ferme biologique de la région. Les alternatives véganes ne sont pas toujours plus écologiques que l'alimentation animale: par exemple, de nombreux véganes consomment du lait d'amande au lieu de lait de vache, mais les amandes posent problème en raison de leurs besoins considérables en eau et des longs trajets vers la Suisse. De même les soi-disant super-aliments comme le quinoa, l'açaï ou les baies de goji sont souvent tout sauf «super» pour l'environnement en raison de la déforestation et des longues voies de transport.

Quels sont les avantages – outre la préservation de l'environnement et du climat – de consommer des fruits et légumes de la région?

Les aliments régionaux et saisonniers contiennent plus de vitamines et de nutriments que les produits importés. Les produits frais importés de pays lointains perdent d'importantes substances vitales pendant leur transport. Les composants sains sont perdus sous l’effet de la lumière, de l'oxygène et de la chaleur. Plus les trajets des aliments végétaux sont courts, plus les vitamines sont préservées. S'ils sont produits dans des serres de pays plus chauds, les fruits et légumes doivent également être traités avec davantage de pesticides en raison du climat chaud et humide et présentent donc plus de traces de substances nocives que les produits locaux.

Les aliments régionaux sont-ils toujours plus écologiques que les produits importés?

Les produits régionaux ne sont pas toujours plus écologiques: quand les fruits et légumes sont produits dans des serres chauffées, l'énergie de chauffage représente la majeure partie de l'énergie requise pendant le cycle de vie des produits. En conséquence, le bilan énergétique des tomates, concombres ou autres légumes produits en Suisse dans des serres chauffées aux combustibles fossiles en dehors de la saison principale est pire que celui des mêmes produits provenant du sud de l'Europe. Le transport par camion a moins d’impact que le chauffage des serres.

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