Actualisé 21.08.2008 à 15:12

Pakistan59 morts dans un nouvel attentat suicide des talibans

Au moins 59 personnes ont été tuées jeudi dans un double attentat suicide perpétré par les talibans devant la principale usine militaire d'armement du Pakistan, non loin d'Islamabad.

Cette nouvelle attaque fragilise un peu plus le gouvernement paralysé par des querelles intestines.

Ce nouvel attentat est le dernier en date d'une vague sans précédent d'attaques perpétrées par des combattants proches d'Al-Qaïda et des talibans, qui a fait plus de 1000 morts en un an.

Et une récente offensive de l'armée dans les zones tribales frontalières avec l'Afghanistan, ordonnée par le nouveau gouvernement sous la pression de Washington, laisse redouter une recrudescence de ces attaques.

Revendication

Le Maulvi Omar, porte-parole du Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), réputé proche d'Al-Qaïda, a d'ailleurs immédiatement revendiqué le double attentat de jeudi auprès de l'AFP. Il a menacé de lancer ses kamikazes contre les grandes villes du pays, y compris Islamabad, si l'armée ne stoppait pas ses opérations dans les zones tribales.

Les attentats de jeudi ont été perpétrés, quasi-simultanément, devant les deux entrées d'un vaste conglomérat d'usines d'armement, le Pakistani Ordnance Factory, dans la localité de Wah, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest d'Islamabad, au moment où les équipes d'ouvriers se relayaient.

«Deux hommes à pied ont apparemment fait exploser les bombes qu'ils portaient sur eux devant l'usine au moment d'un changement d'équipe du personnel», a indiqué Nasir Durrani, le chef de la police de Taxila, ville voisine de Wah et haut-lieu du tourisme au Pakistan pour ses vestiges antiques hindous.

Au moins 59 morts

Au moins 59 personnes sont mortes. Une septantaine d'autres ont été blessées, a déclaré M. Durrani.

Il s'agit du deuxième attentat depuis la démission, lundi, du président Pervez Musharraf, allié-clé des Etats-Unis dans leur «guerre contre le terrorisme». Le même jour, un kamikaze avait tué trente personnes dans un hôpital dans le nord-ouest.

Les talibans pakistanais, mais aussi Al-Qaïda, avaient décrété le jihad, la «guerre sainte», au chef de l'Etat et son armée après qu'il eut ordonné, en juillet 2007, l'assaut de la Mosquée rouge d'Islamabad, où s'étaient retranchés des centaines d'islamistes lourdement armés.

L'attaque avait fait une centaine de morts, des «martyrs» qu'Oussama ben Laden lui-même et des chefs islamistes pakistanais avaient juré de venger.

Pressions des Etats-Unis

Or, le nouveau gouvernement, issu des législatives de février et hostile à M. Musharraf, a récemment lancé, sous la pression intense de Washington, une nouvelle offensive dans les zones tribales du nord-ouest, frontalières avec l'Afghanistan et bastions des talibans afghans ou pakistanais et combattants étrangers d'Al- Qaïda.

L'opération, dans le district de Bajaur, une des zones tribales où Washington est convaincu qu'Al-Qaïda a reconstitué ses forces, a fait plus de 500 morts parmi les insurgés en deux semaines, selon l'armée.

De hauts responsables des forces de sécurité avaient indiqué à l'AFP que des «représailles» de la part des talibans étaient «inévitables». D'autant que le gouvernement de coalition, qui a poussé lundi M. Musharraf à la démission en le menaçant d'une procédure de destitution, est plus que jamais fragilisé, laissant, selon les observateurs, le champ libre aux activistes.

Les deux partis piliers du gouvernement, vainqueurs des législatives, tentaient jeudi d'ultimes tractations avant une date- butoir vendredi. Ils doivent s'entendre sur un successeur à M. Musharraf et résoudre leur différend sur le rétablissement dans leurs fonctions de juges de la Cour suprême évincés par le chef de l'Etat démissionnaire. (ats)

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