Actualisé 18.12.2018 à 17:20

Pollution

600 tonnes de plastique dorment dans le lac Léman

Une étude démontre que seuls 10% de la matière qui vient souiller le lac en ressort par le Rhône. Savoir ce que le reste devient est difficile.

de
Maria Pineiro
Les opérations de nettoyage du Léman permettent de retirer de grandes quantités de macroplastiques.

Les opérations de nettoyage du Léman permettent de retirer de grandes quantités de macroplastiques.

ASL

Les continents de plastique à la surface des océans semblent bien loin des lacs suisses. Sauf que ce dérivé du pétrole est bel et bien présent dans les eaux helvétiques sous des formes dégradées. Une étude commandée par l'Association de sauvegarde du Léman (ASL) et menée par le docteur Julien Boucher en partenariat avec l'EPFL a estimé que quelque 50 tonnes de plastique finiraient dans le lac chaque année. Plus choquant encore, seuls 10% de cette matière serait évacuée par le Rhône. Ainsi, bon an mal an, ce sont 45 tonnes de polluants qui s'accumulent dans le plan d'eau par année. A l'heure actuelle, 600 tonnes pourraient dormir au fond du lac, déposées ces trente dernières années. «50 tonnes de plastiques, c'est 50 tonnes de trop. Le plastique n'a rien à faire dans l'environnement», réagit Suzanne Mader, secrétaire générale de l'ASL.

L'usure des pneus, principale cause de pollution

Le literring, régulièrement décrié par les autorités au vu des coûts qu'il engendre et de ses conséquences sur l'environnement, est responsable d'un cinquième de ces rejets. La principale cause de la présence de plastique dans le Léman serait imputable aux véhicules, plus précisément à l'usure des pneus. Ces microparticules seraient charriées par les eaux de ruissellement et via l'air. Trente tonnes de matière sont imputables aux roues. «C'est un phénomène qui n'est connu que depuis peu de temps», souligne Suzanne Mader.

Ces déchets se retrouvent sur les rives, à la surface de l'eau, mais également au fond du lac ou dans les sédiments. Le phénomène de dépôt est encore peu connu. Mais, «cette hypothèse est plausible car leur densité est souvent plus élevée que celle de l'eau», est-il indiqué dans l'étude.

Impact peu connu pour les petits organismes

Les plastiques diminuent peu à peu de taille, jusqu'à devenir quasi indétectables. Si l'ingestion de ces particules par les poissons ou les oiseaux est documentée, il n'en est pas de même pour d'autres êtres vivants. Or, «on ne connaît pas l'impact que ces apports de plastique peuvent avoir sur les organismes aquatiques et la santé», écrit l'ASL.

Pour Suzanne Mader, «il faut que la prise de conscience des effets délétères de cette pollution s'accentue, notamment afin de diminuer le literring». Un changement d'attitude bienvenu de la part des distributeurs et des consommateurs quant aux emballages à utilisation unique. «La Suisse devrait légiférer, comme l'Union européenne», a-t-elle ajouté. D'autre part, des pistes doivent être étudiées afin de contrer le problème de ruissellement des eaux. Enfin, les nettoyages réguliers du Léman doivent continuer, car ils permettent d'évacuer «une part importante de macroplastiques».

Double analyse

L'auteur de l'étude, le docteur Julien Boucher a effectué une modélisation théorique des flux de plastiques dans le Léman. Les résultats obtenus ont été comparés à ceux de mesures sur le terrain. Les deux variables sont très proches, les chiffres de l'étude sont donc réalistes. Par ailleurs, concernant les risques pour la santé humaine, une étude autrichienne de 2014 a démontré que les excréments humains contiennent des nanoplastiques.

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