81 journalistes tués, 871 emprisonnés en 2006
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81 journalistes tués, 871 emprisonnés en 2006

La liberté de la presse n'a pas connu d'année aussi noire depuis 1994, selon le rapport publié jeudi par Reporters sans Frontières (RSF).

Les responsables de l'organisation de défense des médias, qui dénoncent aussi un manque de détermination des pays démocratiques, se déclarent «d'ores et déjà inquiets pour l'évolution de la situation en 2007».

L'Irak a été le pays le plus meurtrier en 2006, avec au moins 65 professionnels de l'information tués, dont 39 journalistes.

C'est au Maghreb et au Moyen-Orient que les journalistes ont payé le plus lourd tribut: 41 y ont été tués, contre 16 en Asie, 16 en Amérique, cinq en Europe et ex-URSS et trois en Afrique (total: 81). Plus de 110 professionnels des médias (dont les 81 journalistes cités plus haut) ont été tués en 2006. Pour trouver une année aussi meurtrière, il faut remonter à 1994, avec le génocide au Rwanda, la guerre civile en Algérie et le conflit en ex-Yougoslavie.

RSF explique dans un communiqué que les journalistes paient «le prix de l'instabilité chronique» au Moyen-Orient. Outre les meurtres, «les enlèvements se multiplient» en Irak et dans les Territoires palestiniens, note l'association.

Dans le trio de tête des régimes bâillonnant les voix dissidentes, la Chine arrive en tête avec 32 journalistes ayant fait un séjour derrière les barreaux l'année dernière, devant Cuba (24 journalistes emprisonnés) et l'Ethiopie (21).

Les chiffres de détention les plus élevés sont enregistrés en Asie: 328 journalistes y ont été emprisonnés en 2006, contre 258 en Afrique, 112 en Europe et ex-URSS, 108 dans la zone Maghreb et Moyen-Orient et 65 en Amérique.

«Peu nombreux sont les pays d'Asie où tout peut être dit ou écrit», observe RSF en précisant que 478 médias ont été censurés sur ce continent l'année écoulée. Elle note que la Chine, «pionnière» dans la répression des cyberdissidents a fait «des émules», au Vietnam mais aussi en Syrie, en Tunisie, en Libye et en Iran. «Au moins 60 personnes sont emprisonnées pour avoir publié sur le Net des textes critiques envers les autorités.»

Mais si le rapport recense «les pires violations de la liberté de la presse, commises dans les Etats répressifs, de la Corée du Nord à l'Erythrée, en passant par Cuba et le Turkménistan», il fustige aussi «le peu d'ambition, et parfois même le renoncement, des pays démocratiques à défendre les valeurs qu'ils sont censés incarner».

Alors que des ambassades et des journalistes danois étaient visés après le scandale des caricatures de Mahomet, «les Etats démocratiques n'ont même pas assuré le service minimum à l'égard» de Copenhague, déplore RSF.

Quant à l'année à peine commencée, l'organisation s'inquiète déjà: «six journalistes et quatre collaborateurs des médias ont été tués au mois de janvier.»

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