Vaud: A 93 ans, elle écrit un livre pour dénoncer le Canton

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VaudA 93 ans, elle écrit un livre pour dénoncer le Canton

Placée de force dans un EMS, une nonagénaire de Morges explique son calvaire dans un poignant livre autobiographique.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Au moment de la prise de cette photo, Rita Rosenstiel, 93 ans, s'est exprimée ainsi: "Je ne veux pas tirer la gueule mais si je souris, les gens croiront que je suis contente"

Au moment de la prise de cette photo, Rita Rosenstiel, 93 ans, s'est exprimée ainsi: "Je ne veux pas tirer la gueule mais si je souris, les gens croiront que je suis contente"

Une cuisine inondée, une perte d'équilibre et la machine étatique s'est emballée... En janvier 2014, Rita Rosenstiel, bon pied, bon œil et très vive d'esprit en dépit de ses 90 ans, a été placée contre sa volonté dans un EMS à Morges. Une mesure étatique à des fins d'assistance imposée quand la vie en solo représente un danger. Pour celle qui est devenue depuis une sorte de porte-étendard des seniors qui disent non (lire ci-contre), c'était le début d'un long combat. Rita Rosenstiel a notamment porté plainte contre l'Etat et son ex-curateur, qu'elle accuse de lui avoir volé des objets d'une grande valeur pécuniaire et sentimentale.

L'héritière qui quitte Zurich pour Lutry

Fille d'un riche homme d'affaires de Zurich, l'héritière a vendu ses actions et a quitté la Suisse alémanique en 1974 pour s'acheter une villa au bord du lac à Lutry (VD). Depuis, elle s'est investie comme mécène dans le milieu culturel et a fondé le Musée Paderewski à Morges, qu'elle a dirigé à titre bénévole pendant de longues années. A 93 ans, au crépuscule de sa vie, Rita Rosenstiel vient de rédiger une biographie d'une cinquantaine de pages. Elle y décrit son amertume en des termes poignants. «Cela fait plus de trois ans que je végète dans cet EMS entourée par des personnes dont la majorité, même plus jeunes que moi, ne peuvent plus marcher, ni parler... Il ne me reste plus qu'à attendre et souhaiter la fin de cette vie devenue difficile et humiliante.»

Silence sur une indemnité

Depuis l'affaire Rosenstiel, les personnes placées à des fins d'assistance ont droit à un avocat. Son litige avec l'Etat a été réglé par une convention. La dame de 93 ans aurait reçu une indemnité de 20 000 fr. Ni le Canton ni l'avocate de la nonagénaire n'ont voulu se prononcer. Quant au litige avec l'ex-curateur, il a été classé. «L'attitude du Canton a été catastrophique. Rita a consacré sa vie au service des autres. Mais elle est dépouillée de ses biens et de ses souvenirs et est traitée comme une chose», s'offusque une amie de longue date de la nonagénaire.

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