Algérie - A Alger, la mort de Bouteflika suscite peu de commentaires

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AlgérieÀ Alger, la mort de Bouteflika suscite peu de commentaires

Communiqué laconique de la présidence, brèves ou entrefilet dans les médias. Telle a été l’annonce de la mort de l’ancien président algérien. Dans la rue, une certaine rancœur était palpable.

Abdelaziz Bouteflika avait été victime d’un AVC en 2013.

Abdelaziz Bouteflika avait été victime d’un AVC en 2013.

AFP

La mort de l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir en avril 2019 par les manifestations du mouvement pro-démocratie Hirak, a suscité peu de commentaires à Alger samedi, aussi bien dans les médias que dans la rue, mis à part une certaine rancœur palpable.

M. Bouteflika, resté 20 ans à la tête de l’Algérie (1999-2019), un record de longévité dans ce pays, est décédé vendredi à l’âge de 84 ans, deux ans et demi après son spectaculaire départ du pouvoir. Omniprésent durant des décennies mais devenu quasi invisible depuis un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2013, M. Bouteflika n’avait donné aucun signe de vie depuis que la rue et l’armée l’avaient contraint à la démission, le 2 avril 2019.

Les autorités, mutiques jusqu’en fin de matinée samedi, ont annoncé que les drapeaux seraient mis en berne «pendant trois jours» à compter de samedi. Ceci a été décidé par le président Abdelmadjid Tebboune, après «le décès de l’ancien président le Moudjahid (combattant de l’indépendance, ndlr) Abdelaziz Bouteflika», selon un communiqué de la présidence.

Communiqué laconique de la présidence

Dans la nuit, la présidence s’était contentée d’un communiqué laconique annonçant le décès de M. Bouteflika, né le 2 mars 1937, «à son lieu de résidence». Samedi matin, radios et télévisions s’en tenaient toujours à une brève, sans lui consacrer d’émission spéciale. Les radios diffusaient de la musique et du divertissement comme un week-end normal.

L’information était absente aussi de la quasi-totalité des éditions papier des journaux, la nouvelle ayant été annoncée après leur bouclage. Mais certains, comme le quotidien gouvernemental El Moudjahid, en faisaient état dans un entrefilet dans leur édition électronique.

La date et le lieu de son enterrement n’ont pas encore été annoncés officiellement. Mais selon le site en arabe Sabqpress, généralement bien informé, M. Bouteflika sera inhumé dimanche au carré des martyrs du cimetière d’El-Alia, dans l’est d’Alger. C’est là que reposent tous ses prédécesseurs, aux côtés des grandes figures et martyrs de la guerre d’indépendance (1954-1962).

Commentaires acrimonieux

Dans la rue, les Algériens n’étaient pas indifférents à la mort du président déchu, accueillie par un flot de commentaires acrimonieux. «Paix à son âme. Mais il ne mérite aucun hommage car il n’a absolument rien fait pour le pays», lance à l’AFP Rabah, un marchand de fruits et légumes à El Achour, sur les hauteurs de la capitale.

Pour Malek, un employé des télécommunications, M. Bouteflika «a été incapable de réformer le pays en dépit de son long règne» à la tête de l’Algérie. «Il a eu droit à une vie dorée, y compris depuis qu’il a été évincé du pouvoir. Mais force est de constater que son héritage n’est pas des plus reluisants», abonde Mohamed, un menuisier de 46 ans.

Paix à son âme. Mais il ne mérite aucun hommage car il n’a absolument rien fait pour le pays.

Rabah, marchand de fruits et légumes

D’autres estiment au contraire que «le pays s’est amélioré quand il est devenu président», en allusion au processus de réconciliation après la décennie noire, déclare à l’AFP TV Amer, plongeur dans un restaurant. «Il était reçu dans n’importe quel pays du monde», a ajouté cet homme de 46 ans, en référence à son passé d’ancien chef de la diplomatie d’Ahmed Ben Bella et de Houari Boumédienne. Mustapha, un lycéen de 19 ans dans le district de Biskra, qui n’a connu que lui comme président, estime qu’il «a apporté du positif».

Enfermé dans la solitude

Depuis sa chute spectaculaire en avril 2019 sous la pression de l’armée et de la rue, celui que les Algériens appelaient familièrement «Boutef» s’était enfermé dans la solitude de sa résidence médicalisée de Zeralda, où il a continué à jouir de tous les privilèges, selon des médias.

Selon ce site d’information, M. Bouteflika est mort à Zeralda, entouré de sa sœur Zhor, de son frère Nacer et d’autres membres de sa famille. Un autre de ses frères, Said, emprisonné pour des accusations de corruption, a demandé à assister aux obsèques, selon le site Sabqpress.

Si la communauté internationale est restée largement silencieuse, le roi du Maroc Mohammed VI a adressé samedi un message de «condoléances et de compassion» au président algérien Abdelmadjid Tebboune à la suite du décès d’Abdelaziz Bouteflika, ainsi qu’à la famille du défunt.

«En cette douloureuse circonstance, SM le Roi exprime au Président algérien et, à travers lui, à la famille du défunt et au peuple algérien frère, Ses vives condoléances et Sa sincère compassion», affirme ce message diffusé par l’agence de presse MAP, alors que les deux pays voisins et rivaux du Maghreb traversent une grave crise diplomatique.

(AFP)

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