Festival - A Cannes, les retrouvailles du cinéma mondial
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FestivalA Cannes, les retrouvailles du cinéma mondial

Le jury est majoritairement féminin et est présidé par Spike Lee, un réalisateur noir américain. Le délégué général du Festival se livre avant l’ouverture de la 74e édition.

Le délégué général du festival Thierry Frémaux.

Le délégué général du festival Thierry Frémaux.

AFP

«Au début de l’année, rien ne nous assurait que Cannes aurait lieu» : avant l’ouverture des festivités sur la Croisette, le délégué général du festival Thierry Frémaux témoigne de sa joie de voir démarrer cette 74e édition.

Q : Il s’agit de la première édition du festival depuis la pandémie. Ces grandes retrouvailles du cinéma tournent-elles la page de la crise ?

R : Pas tout à fait. La pandémie n’est pas vaincue. Inviter comme nous le faisons les sélectionnés 2020 qui n’avaient pu monter les marches est une façon de se souvenir qu’au début de l’année, rien ne nous assurait que Cannes aurait lieu.

Mais l’organisation et l’esprit sont ceux d’une édition normale. Tout est en place sur le plan technique et sanitaire pour qu’il n’y ait aucun problème. La sélection est belle et riche, les festivaliers, la presse et toutes les équipes de film seront là, comme ce beau jury présidé par Spike Lee qui est le premier réalisateur noir à occuper cette fonction.

Les restaurateurs et les hôteliers sont impatients d’accueillir tout ce monde. Des artistes viennent spécialement pour être là, comme Jerry Schatzberg (Palme d’Or 1973, pour «l’Épouvantail «), qui est à 94 ans le plus âgé des cinéastes en activité. Nous sommes touchés qu’il dise : Cannes recommence, c’est notre famille, je veux être là. Des festivaliers sont en France depuis dix jours pour effectuer leur quarantaine, les journalistes ont pris leurs précautions. C’est très émouvant, tout ça. Ce sont les retrouvailles du cinéma mondial.

Q: Le Festival a pris des mesures pour réduire son impact sur le climat, mais aussi une sélection spéciale de films sur le sujet. Quel rôle peut-il jouer sur la question de l’environnement ?

R : Cannes est le plus grand événement culturel international, nous nous efforçons d’être exemplaires. Un cabinet de conseil a été recruté pour collaborer avec le Festival à la mise en place d’une série de mesures fortes et pour renforcer notre vigilance sur les gestes éco-responsables (la lutte contre le gaspillage, le traitement des déchets, la reforestation). Pour le dîner d’ouverture, nous avons choisi un symbole en la personne d’Alain Passard, un 3 étoiles, l’un des premiers chefs au monde à avoir dit qu’on pouvait bien manger en ne cuisinant que des légumes. Il y a de nombreux sujets mais cette année, nous avons franchi un pas.

Et comme Cannes est d’abord un festival de cinéma, nous passons par les films, qui reflètent cette préoccupation : des oeuvres qui montrent que la situation est très grave, en Asie, en Inde ou en Afrique, d’autre issus de «la génération Greta Thunberg» qui affirment que nous serons sauvés par les enfants qui ne céderont rien, un documentaire qui dit la beauté du monde ("La Panthère des neiges") et même une comédie climatique générationnelle, signée Louis Garrel...

Q : Seules quatre réalisatrices sont en compétition, mais de jeunes talents féminins sont en nombre dans les sections parallèles. Où en est la parité dans le cinéma ?

R : Quatre réalisatrices en compétition, je suis le premier à penser que ce n’est pas assez. Mais dans la section Un Certain Regard, consacrée aux nouveaux talents, il y en a beaucoup plus, ce qui prouve une évolution notoire. Il y a des pays où il n’y avait aucune réalisatrice et là aussi, ça commence à changer. Sur les trois films russes sélectionnés à Cannes, il y a cette année une réalisatrice.

A Cannes, on ne peut avoir une pratique de quotas mais nous savons passer du schématisme au pragmatisme. Les équipes et les instances du festival ont été féminisées. Le jury est majoritairement féminin alors que le président est un homme – ce qui est une première dans l’histoire de Cannes. Le comité de sélection est majoritairement féminin. Chaque fois que nous pouvons envoyer un signal, nous le faisons. Par exemple, aucun film ne sera jamais sélectionné en raison du genre, de la race ou de la religion de celle ou celui qui le réalise, mais si nous hésitons entre deux films et que l’un est réalisé par une femme, nous choisirons ce dernier. Nous procédons également ainsi sur la représentativité géographique. Cannes est un festival universaliste.

(AFPE)

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