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BangladeshÀ Dacca, les réfugiés climatiques s’entassent dans les bidonvilles

Face à la montée des eaux, un des thèmes qui sera abordé dès dimanche, à la COP26 de Glasgow, de nombreux Bangladais doivent tout abandonner et se réfugier dans la capitale.

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Bibi Salma (à gauche) et Mohammad Ali Asgar partagent un matelas avec leurs quatre enfants.

Bibi Salma (à gauche) et Mohammad Ali Asgar partagent un matelas avec leurs quatre enfants.

AFP
Avant de débarquer à Dacca, Bibi Salma et Mohammad Ali Asgar ont perdu leur maison en quelques minutes à cause d’inondations.

Avant de débarquer à Dacca, Bibi Salma et Mohammad Ali Asgar ont perdu leur maison en quelques minutes à cause d’inondations.

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Incapables de faire un nouvel emprunt, Mohammad Ali Asgar et Bibi Salma ont dû se résoudre à rejoindre le bidonville grouillant de la banlieue de Dacca, mégapole de 20 millions d’habitants.

Incapables de faire un nouvel emprunt, Mohammad Ali Asgar et Bibi Salma ont dû se résoudre à rejoindre le bidonville grouillant de la banlieue de Dacca, mégapole de 20 millions d’habitants.

AFP

Par trois fois, Bibi Salma et Mohammad Ali Asgar ont perdu leur maison, avant de s’installer dans l’un des bidonvilles à l’expansion la plus rapide de Dacca. Ils ne sont qu’un couple parmi des millions de Bangladais obligés de déménager face à la montée des eaux. Selon les experts, le Bangladesh, pays de 170 millions d’habitants au bord du golfe du Bengale, pourrait connaître, à cause du changement climatique, le plus important déplacement humain de l’histoire.

«Notre maison s’est retrouvée complètement sous l’eau pendant une inondation. C’est arrivé si vite: en quelques minutes, la pointe du toit avait disparu.»

Bibi Salma

«Je me souviens comment notre maison s’est retrouvée complètement sous l’eau pendant une inondation. C’est arrivé si vite: en quelques minutes, la pointe du toit avait disparu», raconte Bibi Salma, 35 ans, originaire de l’île de Bhola, à 300 km au sud de Dacca.

Dix mètres carrés pour six personnes

«La rivière était féroce. Elle a emporté peu à peu toutes nos terres agricoles et s’est approchée un jour de notre maison. Nos vergers, notre ferme il ne restait plus rien», raconte-t-elle à l’AFP devant la cabane que le couple partage avec ses quatre enfants. Pour tout foyer, la famille dispose d’une pièce de dix mètres carrés, avec quelques casseroles et un matelas qu’il faut se partager.

«Le raz-de-marée a atteint six mètres et a emporté mes grands-parents, mes oncles et mes tantes en quelques secondes, sous les yeux de mon père.»

Mohammad Ali Asgar

Chacune de leurs maisons successives a été engloutie dans les inondations, obligeant Mohammad Ali Asgar à contracter un nouveau prêt pour la suivante. Finalement incapables d’emprunter davantage, ils ont dû rejoindre le bidonville grouillant de la banlieue de Dacca, une mégapole de 20 millions d’habitants.

Terrible raz-de-marée

La nature a toujours malmené le Bangladesh, un pays de basse altitude où s’entrecroisent des rivières boueuses au fond du golfe du Bengale. Quand le grand cyclone de Bhola a frappé leur île, en 1970, il a emporté plusieurs membres de la famille de Mohammad Ali Asgar, ainsi que près d’un demi-million d’autres vies. «Le raz-de-marée a atteint six mètres. Et si rapidement! Il a emporté mes grands-parents, mes oncles et mes tantes en quelques secondes, sous les yeux de mon père», raconte l’homme de 40 ans.

«Toute sa vie, mon père est resté incapable d’accepter cette tragédie déchirante», explique-t-il en séchant ses larmes, lui qui gagne chaque jour environ 7,50 dollars en vendant du jus de canne à sucre sur le bord de la route.

Cyclones fréquents

Les cyclones sont de plus en plus fréquents, selon les scientifiques. Des prévisions de plus en plus précises permettent généralement une évacuation à temps des populations. Mais avec les inondations toujours plus nombreuses et l’érosion fluviale, la vie de beaucoup d’habitants devient intenable. Sur la rive de la Padma, un affluent du Gange, Afsar Dewan montre l’endroit où se trouvait, la veille encore, sa maison faite de tôle, brique et béton, avant qu’elle ne soit emportée avec des centaines d’autres dans la ville de Manikganj et ses environs.

«Il y avait deux madrassas (écoles coraniques, ndlr) et une mosquée là-bas. Tout a été emporté maintenant. Les tombes ont été emportées. Mes parents et mes oncles y étaient enterrés», raconte cet homme de 65 ans. Il devra emprunter de l’argent, avec des intérêts parfois supérieurs au montant du prêt, mais il ne rejoindra pas les villageois exilés à Dacca, à 100 km de là, car il a encore des terres agricoles à exploiter.

Déplacés à l’intérieur du pays ou à l’étranger

Selon le Centre international de surveillance des déplacements, près de cinq millions de Bangladais ont été déplacés à l’intérieur du pays entre 2008 et 2014, s’installant la plupart du temps à Dacca ou Chittagong. Selon la Banque mondiale, 13,3 millions d’autres pourraient suivre d’ici 2050.

Un grand nombre migrent aussi à l’étranger, 700’000 Bangladais partant chaque année pour un travail au Moyen-Orient ou en Asie du Sud-Est. Ce sont aussi une des principales nationalités à tenter de se rendre clandestinement en Europe.

Des logements pour les réfugiés climatiques

Dacca a construit des dizaines de milliers de logements ces deux dernières années, dont plus de la moitié vont à des réfugiés climatiques, principalement victimes de l’érosion fluviale, explique Tanvir Shakil Joy, député et chef du groupe parlementaire sur le changement climatique. Le Bangladesh prévoit de construire pour eux 10000 autres logements cette année, explique le secrétaire à la Gestion des catastrophes, Mohammad Mohsin. Les études du Centre de services environnementaux et géographiques, le CEGIS, organe public, montrent que, chaque année depuis 2004, 50’000 personnes perdent leur logement sur les rives des deux principaux fleuves himalayens du pays, le Gange et le Brahmapoutre. «Le Bangladesh abrite des dizaines de grands fleuves. Si vous ajoutez les personnes qui ont perdu leur maison à cause d’autres rivières, plus de 100’000 personnes perdent leur maison chaque année», estime Mominul Haque Sarker, conseiller du CEGIS.

Les pays riches évitent la discussion

Lors du sommet de la COP26, dès dimanche à Glasgow, le Bangladesh va une nouvelle fois souligner les défis qu’il va affronter à cause des événements météorologiques extrêmes et demander une aide internationale pour l’aider à s’adapter. «Mais quand nous parlons de migration climatique dans les forums internationaux, les pays riches évitent tout bonnement la discussion», soupire Tanvir Shakil Joy, chef du groupe parlementaire sur le changement climatique. «Les nations occidentales, qui sont les principales responsables du réchauffement climatique, doivent maintenant reconnaître que le changement climatique est à l’origine de migrations et de déplacements massifs», ajoute-t-il. «Leur appréhension est que, s’ils le reconnaissent, ils devront peut-être accepter certains de ces réfugiés.»

(AFP)

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