A deux dollars la dose, le «cheese» fait des ravages chez les ados
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A deux dollars la dose, le «cheese» fait des ravages chez les ados

Vendu à deux dollars la dose dans des pages de cahier déchirées, le «cheese», nouvelle drogue à base d'héroïne et d'antalgique, fait des ravages dans les écoles du Texas.

Au moins 21 adolescents ont déjà succombé à sa fatale attraction.

Le «cheese» est d'autant plus dangereux que bien des gamins ne se rendent même pas compte de ce qu'ils reniflent, explique la police: «beaucoup de ceux que nous attrapons n'avaient jamais fumé une cigarette ni bu un verre d'alcool», déclare Jeremy Liebbe, un enquêteur travaillant pour les autorités scolaires de Dallas, crédité d'être le premier à avoir identifié cette drogue.

Des centres de désintoxication ont révélé que certains enfants de 9 ans seulement étaient devenus accros au «cheese» - la plupart s'y étaient essayés pour faire comme les copains.

Dealers habiles

Pour Jeremy Liebbe, les dealers sont particulièrement habiles pour démarcher une nouvelle clientèle chez les enfants, qui sont réticents à s'injecter quoi que ce soit avec une seringue, mais beaucoup moins méfiants quand il s'agit de renifler une substance au nom rigolo qui les rend à la fois léthargiques, euphoriques et désorientés.

La police estime pour le moment que la consommation de «cheese» est limitée à la ville de Dallas, mais s'inquiète de commencer à voir des morts dans certaines banlieues proches. Identifiée depuis 2005, la drogue a d'abord fait des ravages chez les jeunes hispaniques de Dallas.

Elle a très vite gagné du terrain à cause de l'accoutumance rapide qu'elle provoque et à l'inconscience du danger des adolescents.

Dans les sous-vêtements

Des collégiens apportent la poudre à l'école, généralement enveloppée dans des pages de devoirs griffonnées, souvent cachée dans leurs sous-vêtements. Tant qu'ils ne se font pas pincer, ils financent leurs besoins en devenant dealers à leur tour, et consomment aux toilettes, en salle de classe, ou chez les uns ou chez les autres.

La plupart des victimes sont mortes dans leur sommeil à l'issue d'une nuit de fête. Le plus jeune avait 15 ans. Souvent, c'est un frère, une soeur ou un parent qui les retrouve.

En janvier 2005, Cindy Hill avait voulu réveiller son fils Garrett, 17 ans, sur le canapé où il s'était écroulé après être sorti avec un ami. Elle a hurlé en se rendant compte qu'il était mort.

Effondrée

«On avait pourtant eu tellement de conversations sur la drogue!» se lamente-t-elle, «j'étais effondrée de voir qu'il avait pris de l'héroïne, je ne me le pardonne pas».

L'héroïne utilisée pour le «cheese» en circulation à Dallas arrive du Mexique par la route, à plus de 400 km - elle est vendue par des adultes à des adolescents qui préparent les doses, avant de les revendre à leurs amis.

Pour lutter contre ce qui commence à prendre l'allure d'une épidémie, les autorités scolaires de Dallas ont organisé des réunions publiques en anglais et en espagnol, distribué des tracts bilingues, déployé des chiens renifleurs, formé enseignants et éducateurs aux signes révélateurs, et recommandé à leurs services de sécurité de coopérer avec les autorités de l'Etat et fédérales.

De leur côté, les animateurs de la communauté hispanique implorent les parents d'avertir les enfants des dangers du «cheese».

Secret

Mais beaucoup préfèrent garder le secret par peur de l'expulsion, ou parce qu'ils «pensent que les services sociaux vont leur enlever leur enfant de 10 ans si on découvre que celui de 15 ans se drogue», explique Carlos Quintanilla, un animateur qui aide les familles touchées par le «cheese».

Selon lui, les prochaines vacances estivales risquent de marquer une nouvelle escalade. Sans une énorme mobilisation des parents et des autorités, «la probabilité d'une catastrophe est très forte», craint-il.

(ats)

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