Suisse: «A elle seule, la santé ne peut pas régler la crise»
Publié

Suisse«A elle seule, la santé ne peut pas régler la crise»

Une équipe de l’Unige a tiré les enseignements de la gestion de la pandémie et délivre des conseils pour améliorer la réponse des sociétés.

par
Leïla Hussein
Il faut plus de transparence sur le processus de prise de décision.

Il faut plus de transparence sur le processus de prise de décision.

Odile Meylan

«Les gouvernements ne sont pas prêts à faire face à des chocs systémiques.» Partant de ce premier constat, des scientifiques genevois et internationaux ont rédigé un rapport sur la manière de renforcer la résilience des sociétés face au Covid-19 et aux futures pandémies. Publié mardi, ce document, développé sous l’impulsion du Geneva Science Policy Interface, vise à outiller les décideurs et décideuses pour appréhender au mieux le défi que représente la gestion d’une crise. A la clé: 5 principes de gouvernance et 70 recommandations. Didier Wernli, chercheur à l’Université de Genève (Unige), nous en confie quelques-unes en prenant l’exemple de la Suisse.

Des mesures qui prennent en compte toute la société

«Une approche plus inclusive est primordiale. La Task force évalue les risques en termes de santé publique. Il faudrait aussi un mécanisme qui prend en compte l’impact sur le social, l’économie, l’environnement et qui intègre ces critères dans la prise de décision. A elle seule, la santé, ne peut pas régler la crise», assure le médecin de formation, qui encourage à davantage former les générations futures à avoir une réflexion plus transversale.

Jusqu’à présent, «cette démarche a fait défaut en raison de l’urgence de la situation», mais attention à ne pas laisser ce mode de fonctionnement perdurer, au risque de basculer dans un système autoritaire. «Le glissement vers un système qui ne fonctionne plus comme avant est progressif et identifier ce moment-là est très difficile. Il faut donc penser à rétablir le balancier et faire en sorte que tout le monde ait une voix au chapitre», résume le scientifique. Pas spécialement inquiet pour la Suisse, Didier Wernli espère néanmoins un «retour à la normale grâce à la vaccination, idéalement d’ici cet été».

Plus de transparence quant au processus de décision

Autre conseil du spécialiste: plus de transparence. «Sur quels critères sont basées les décisions? Quel a été l’arbitrage? Quelles sont les valeurs sous-jacentes à ces choix? Il ne faut pas oublier que ça été un choc extrêmement brutal pour la population. Notre société est considérée comme libérale, basée sur les choix et les responsabilités individuels. Expliquer à la population comment et sur quelles bases les décisions sont prises permet d’éviter une perte d’adhésion et de confiance.» Enfin, des processus institutionnels et décisionnels clairs en temps de crise doivent être développés.

Force et faiblesse de la Suisse

A disposition des autorités suisses

Ce rapport sera présenté jeudi à la Genève internationale, notamment à l’ONU, l’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation mondiale du commerce. Étape suivante: sa mise à la disposition des autorités suisses afin de leur offrir des pistes de réflexion pour renforcer leur capacité à affronter une crise, telle que celle du coronavirus.

Destinées aux personnes décisionnaires, que ce soit à l’échelle d’un pays ou d’une entreprise, le rapport de l’Unige a pour but d’offrir des pistes de réflexion. Et cela commence par faire un état des lieux de la situation. Au niveau suisse, Didier Wernli relève que le pays «a un très bon filet social. C’est une de ses forces. En revanche, avec sa population vieillissante, la crise a souligné l’importance de la prévention des maladies chroniques.»

Ton opinion

356 commentaires