Patrimoine: A Genève, les Archives se cherchent un nouveau toit
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PatrimoineA Genève, les Archives se cherchent un nouveau toit

Les Archives du canton de Genève doivent trouver de nouveaux locaux répondant aux normes de conservation actuelles.

Les documents conservés aux Archives doivent échapper aux ravages du temps.

Les documents conservés aux Archives doivent échapper aux ravages du temps.

Keystone

Le jeune homme affirme avoir tué accidentellement son ami. Un dessin explique même le drame. Il a lieu en 1782, dans la campagne genevoise. Cette procédure judiciaire, comme des milliers d'autres depuis le XVI siècle, est conservée aux Archives genevoises.

«Nous avons ici affaire à la première reconstitution d'une scène de crime à Genève», explique Pierre Flückiger, l'archiviste cantonal. Le croquis montre l'accusé enjambant un muret, tenant une arme à feu dans une main. Le coup part. La balle traverse les latrines et touche mortellement le copain qui assouvissait un besoin naturel.

Le prévenu a aussi dû expliquer ce qu'il avait fait avec son ami avant l'accident. Les deux jeunes de vingt ans avaient passé le week-end ensemble après avoir trouvé portes closes devant Genève. Ces petits détails et ces à-côtés sont inestimables pour les historiens. Ils leur permettent de mieux reconstituer une époque.

Anciennes statistiques

Pierre Flückiger sort un livre d'un rayon de l'état civil. Sur une page, en face de chaque mois de l'année figure un chiffre. Il s'agit d'un décompte macabre effectué par les «visiteurs des morts». Il recense les personnes qui ont été emportées par la peste. La terrible maladie pouvait tuer jusqu'à un tiers de la population.

Les archives n'ont pas qu'une valeur historique. Les documents qui y sont gardés font foi lors de contentieux, ou lorsqu'un individu ou une communauté doit apporter la preuve de ses droits. Le plus ancien acte administratif conservé à Genève remonte à février 912. Il atteste qu'une comtesse a cédé des terres au prieuré de Satigny.

Le document pourrait toutefois être antidaté et serait un faux selon des spécialistes, avertit l'archiviste cantonal. Les moines, devant justifier au cours du XIe siècle les taxes qu'ils prélevaient, n'auraient en effet pas retrouvé l'acte original. Pour s'en sortir, ils en auraient fait un nouveau, en toute discrétion.

Mauvaises conditions

Aujourd'hui, les Archives de la République de Genève se trouvent sur quatre sites et sept bâtiments différents, dont un seul répond aux normes de conservation actuelles. Un incendie au siège des archives en face de l'Hôtel-de-Ville serait par exemple catastrophique. Les lieux ont été modifiés et le bâtiment s'écroulerait très rapidement.

A ce jour, les archives genevoises ont échappé au pire. La cité aurait pu perdre de précieux actes lors de l'occupation française, pendant l'Empire napoléonien. Mais seul le plan militaire secret des fortifications et des souterrains utilisés pour espionner des ennemis faisant le siège de la ville a disparu durant cette période.

Le travail aux archives consiste essentiellement à lutter contre le temps, souligne Pierre Flückiger. Le papier chiffon et le parchemin résistent assez bien au passage des décennies. Les papiers à base de bois qui ont été élaborés au XIXe siècle et au XXe siècle, jusque dans les années 80, posent en revanche de très gros problèmes de conservation.

Ces papiers ont un taux d'acidité qui entraîne leur désagrégation. Pour l'éviter, de grands moyens sont mis en oeuvre. Une tonne d'archives genevoises est ainsi envoyée chaque année en Suisse alémanique pour y subir un traitement de désacidification par une entreprise spécialisée.

En ligne

La numérisation des données permet de sauvegarder les archives sur un autre support. Actuellement, 500'000 images ont déjà été mises en ligne. Mais l'informatique n'est pas la solution miracle. La lecture des documents nécessite du matériel qui doit être régulièrement adapté.

Certains actes ne sont par ailleurs valables en cas de contentieux que si les signatures manuscrites s'y trouvent, note l'archiviste cantonal. C'est notamment le cas des plans localisés de quartier (PLQ).

La quantité de documents générée par l'administration a explosé au cours du siècle dernier. «Nous gardons chaque année environ 7% de cette production», note Pierre Flückiger. Empilés, ces papiers représentent 500 mètres linéaires. Ils s'ajoutent aux 30 kilomètres linéaires déjà accumulés.

Un projet est sur les rails pour déménager les Archives dans les locaux de l'actuel Arsenal, sur un site unique. La fondation privée Hans Wilsdorf s'engage à financer une partie du coût des travaux, à condition qu'ils commencent en 2020. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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