Climat: A Incheon, tractations autour de messages qui fâchent
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ClimatA Incheon, tractations autour de messages qui fâchent

Toute cette semaine en Corée du Sud, chercheurs et gouvernements du monde entier ont travaillé autour d'un nouveau bilan climatique.

Les gouvernements et chercheurs du monde entier ont établi un rapport sur le réchauffement climatique qui sera publié lundi.

Les gouvernements et chercheurs du monde entier ont établi un rapport sur le réchauffement climatique qui sera publié lundi.

AFP/Jung Yeon-je

Le nouveau bilan de la science sur le réchauffement climatique, qui rappelle avec force l'urgence des mesures à prendre, aura été l'objet de tractations denses entre gouvernements et chercheurs toute cette semaine en Corée du sud.

Ce «résumé à l'intention des décideurs politiques» produit par le groupe des experts climat de l'ONU (Giec), devait encore garder les participants éveillés une large partie de la nuit de vendredi à samedi, au-delà du temps imparti, dans le strict huis-clos du centre de convention de la ville nouvelle d'Incheon-Songdo.

Leur objectif : approuver des conclusions, basées sur plus de 6.000 études, exposant les forts impacts attendus à 1,5°C de réchauffement (soit un demi-degré de plus qu'aujourd'hui) et les voies -- difficiles -- pour rester sous cette limite. Une douche froide pour la communauté internationale, qui avec l'accord de Paris s'est prononcée pour rester «bien en-deça de 2°C» et si possible 1,5°, mais dont les engagements pour réduire les émissions de gaz a effet de serre poussent le mercure vers 3°C.

Résultats attendus lundi

Le Giec, dans la dernière version provisoire de son texte, a rendu son exposé encore plus explicite. Ainsi la barre du 1,5°C pourrait être franchi dès 2030 (entre 2030 et 2052), si le réchauffement garde son rythme, est-il précisé dans ce document dont l'AFP a obtenu une copie.

Le résumé, dont la version finale approuvée ne sera rendue publique que lundi, aligne aussi plusieurs scénarios d'action possibles selon la rapidité du recul des énergies fossiles, avec des projections chiffrées sur la sortie du charbon qui n'ont pas manqué de faire bondir le trio minier Pologne, Australie et Japon.

Au bout de plusieurs heures, une solution, in fine plutôt osée, est venue lever le blocage: l'ajout de projections incluant aussi le pétrole et le gaz, une première dans un résumé du Giec, ont relaté des délégués sous couvert d'anonymat.

Ainsi le processus a-t-il avancé, dans l'inapprochable bunker posé entre des gratte-ciel flambant neufs, suivant un modus operandi éprouvé: les chercheurs présidant la séance projettent sur grand écran le texte, relu ligne par ligne avec les délégués dans la salle (126 pays représentés, selon le Giec).

«1,5°C le nouveau 2°C»

Les interventions ont été nombreuses. L'Arabie saoudite a notamment insisté sur les incertitudes scientifiques, selon des témoins. La délégation américaine, en revanche, emmenée par un haut fonctionnaire vétéran des négociations climatiques, a été décrite comme généralement «plutôt constructive».

Lorsque des points de contentieux menaçaient de s'enkyster, les participants ont parfois été séparés en groupes, informellement en «mêlées» dans les couloirs, selon le jargon, ou plus formellement en «groupes de contact» dans des salles, pour tenter de s'accorder. La cinquantaine de chercheurs présents mêlés aux représentants nationaux. Pas question de se laisser «censurer», assurait un des auteurs principaux il y a quelques semaines.

Des observateurs sont aussi accrédités. Ainsi la Chambre internationale de commerce est présente, mais curieusement pas l'Association environnementale de l'industrie pétrolière (Ipieca), notait un délégué.

Pour les ONG, ce rapport va tout changer

Quant aux ONG qui défendent l'action climatique, et ont également le statut d'observateur, elles quitteront Incheon avec des arguments supplémentaires. «Nous avons là une nouvelle définition de ce qu'il faut faire, et c'est la science qui a parlé, pas la politique», souligne Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace International. «Une fois ce rapport sorti, les dirigeants ne pourront plus faire la sourde oreille et devront agir».

«Nous voyons arriver à 1,5°C de nombreux impacts que nous attendions à 2°C. En de nombreux points, 1,5°C c'est le nouveau 2°C», dit Christopher Weber, responsable énergie et climat au WWF. «Bien sûr, il ne sera pas facile de rester sous 1,5.

Cela demandera des transformations massives dans nos sociétés, mais qui seront plus coûteuses et difficiles si nous attendons. La différence entre le faisable et l'infaisable est d'abord une question de volonté politique», a-t-il ajouté. Le Giec doit publier son résumé pour décideurs lundi à 01h00 GMT à l'occasion d'une conférence de presse à Incheon. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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