10.08.2020 à 03:57

GenèveÀ la recherche de trésors cachés dans les greniers

Pour connaître la valeur d’un œuvre héritée ou d’un meuble récupéré dans une vieille bâtisse, leur détenteur peut obtenir une analyse gratuite. Reportage.

de
David Ramseyer

Interview de Déborah Perez, experte en mobilier et objets d’art (16e siècle-début 20e siècle/Europe)

«Je n’y connais rien, c’est pourquoi je suis venue montrer des tableaux reçus en héritage. Je voulais savoir si j’avais un trésor chez moi, rigole Joëlle. Je fantasme un peu, mais en réalité, je ne cherche pas à vendre.» Malheureusement, pas de Monet caché dans les œuvres apportées. Un peu sur le modèle d’«Affaire conclue» - l’émission à succès de France 2 où des particuliers font estimer et mettent aux enchères là une vaisselle achetée par leur arrière-grand-mère, ici une sculpture dénichée au grenier - une experte en mobilier et objets d’art, Déborah Perez, a organisé jeudi passé au restaurant du parc des Eaux-Vives des expertises gratuites. D’autres auront lieu le 27 août et le 18 septembre.

«L’avantage, ici, est de ne pas avoir la pression de réaliser une vente; l’accueil et l’évaluation se sont déroulés en toute décontraction», rembobine Joëlle. «C’est toute l’idée, rebondit Déborah, qui est aussi commissaire-priseur. Beaucoup de gens n’osent pas pousser la porte d’un cabinet d’expertise ou d’un hôtel des ventes. Le marché de l’art leur est souvent inconnu, ils ont peur de ses codes parfois obscurs, de son jargon qui peut sembler élitiste.»

Des conseils et une théière à 22’500 fr.

Plus tard dans la soirée, après avoir douché les espoirs de la propriétaire d’une oeuvre contemporaine bariolée, peinte en fait par sa sœur, l’experte tente cependant de positiver. Elle explique à la visiteuse comment monter une exposition, quels sont les styles qui ont aujourd’hui la cote. «Les conseils font partie de mon travail. Je peux également accompagner ces personnes vers mon réseau de collectionneurs ou de galeristes.»

Via sa démarche bénévole, Déborah ne cache pas qu’elle espère mieux se faire connaître. Quant à la compagnie d’assurance qui appuie le projet, elle y trouve aussi son intérêt: «Si l’occasion se présente, nous pouvons proposer aux particuliers une couverture pour leurs pièces de valeur», explique Mathias Hug, responsable de vente chez Allianz.

Au final, c’est autant la curiosité que l’espoir de faire une bonne affaire qui pousse les gens à rencontrer Déborah Perez. Laquelle remarque que, souvent, ils sont peu conscients des trésors en leur possession. «Lors d’un inventaire, la propriétaire d’une villa me parlait constamment de ses meubles, ignorant mes remarques à propos d’une théière chinoise que j’avais repérée. Au final, il s’est avéré que celle-ci datait du 12e siècle. Estimée à 10’000 francs, elle s’est vendue aux enchères pour 22’500 fr.!»

Covid et art ne font pas bon ménage

Au premier abord, les précautions liées au coronavirus sont peu visibles dans la pièce où l’experte reçoit ses visiteurs. Personne ne porte de masque. «Ce n’est pas obligatoire, car nous sommes dans le salon privé d’un restaurant et nous ne nous déplaçons pas. Mais j’ai des masques à disposition.» Quid du gel hydroalcoolique, dont une bouteille trône sur la table? «On ne désinfecte pas les objets et je ne mets pas de gel avant de les toucher: cela pourrait les détériorer, prévient Déborah Perez. Sur de l’or ou de l’argent, par exemple, le produit peut laisser une trace de doigt et provoquer une oxydation. J’ai des gants ou je me nettoie les mains après avoir rendu sa pièce à son propriétaire.»

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50 commentaires
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Le beau Joël

11.08.2020 à 10:47

Je collectione les conquêtes. Et, dans mon genre, je suis unique.

Numis Numis

11.08.2020 à 07:29

Les "experts" il y en a beaucoup... Exemple : je suis collectionneur de monnaies des Amériques, Quand je rencontre une personne qui s'intitule "expert numismate" je lui demande toujours où elle a étudié sa science...je ne me suis pas fait des amis ainsi, mais j'ai évité pas mal de fumistes. je ne connais que trois personnes qui véritablement étudié à l'université la numismatique et cela fait des décennies que je fréquente les collectionneurs et les marchands qui pour la plupart sont des gens sérieux et dont la modestie ne s'encombre pas de titres ronflants...et surtout imaginaires. Pour le reste je n'en sais rien, mais la méfiance reste de mise.

tu vois mon pote

10.08.2020 à 07:35

Je vais transporté mes meubles d'une valeur de 100'000 fr. au restaurant du parc des Eaux-Vives pour les faire expertiser. (J'ai donné des meubles en bois massif et du cuir blanc tout neuf d'une valeur de 12'000 fr. à un voisin de "grande famille suisse" qui ne m'a pas dit merci. Plus tard j'ai appris qu'il était un criminel de guerre, mais il a réussi à échappé à la justice de son pays et à cambrioler ma cave.)