Espagne - A l’hôpital de Barcelone, «nous sommes dépassés» par le Covid
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EspagneA l’hôpital de Barcelone, «nous sommes dépassés» par le Covid

Le rebond de l’épidémie prend de court l’établissement hospitalier catalan «del Mar». Les capacités en réanimation sont dépassées.

L’hôpital del Mar à Barcelone.

L’hôpital del Mar à Barcelone.

AFP

Après un an et demi de pandémie, le personnel de l’hôpital del Mar de Barcelone s’attendait à vivre un été un peu plus serein. C’était sans compter la nouvelle vague de Covid-19, qui a remis le système de santé sous une intense pression.

«Cela nous a pris par surprise. Nous nous attendions à un rebond (...) mais pas de cette ampleur», reconnaît Antonia Vázquez, docteur responsable du département de médecine intensive de cet établissement situé sur le front de mer de la métropole catalane.

Face à la rapidité des contagions dans cette région touristique du nord-est de l’Espagne, l’hôpital a dû pousser les murs pour pouvoir accueillir trente patients en réanimation, soit dix de plus que sa capacité habituelle.

Et ce qui aurait dû être en temps normal une tranquille journée du mois d’août a marqué au contraire le pic des entrées en soins intensifs.

Vêtues de combinaisons intégrales afin de se protéger du virus, les infirmières entrent et sortent des boxes des patients, pour la plupart intubés. Les bips des moniteurs des patients résonnent et rappellent qu’ils luttent pour leur vie.

«Nous sommes à un moment critique, qui ressemble plus (que les autres vagues) à la première vague», qui avait particulièrement affecté l’Espagne, «et nous sommes dépassés», explique Desirée Ruiz, responsable des infirmières des soins intensifs.

En Catalogne, épicentre de cette nouvelle vague de Covid-19 en Espagne, près de la moitié (48,4%) des lits en soins intensifs sont occupés par des patients Covid, contre environ 20% au niveau national.

Des patients plus jeunes

La propagation du variant Delta, plus contagieux, associée à la fin de l’obligation du port du masque en extérieur et à la réouverture des bars de nuit et des discothèques, ont entraîné une explosion des cas en juin et en juillet parmi les jeunes, qui n’étaient pas encore vaccinés.

Grâce à l’avancée de la vaccination, le nombre de morts est, en revanche, resté limité.

Face à l’urgence, le gouvernement régional a notamment rétabli mi-juillet un couvre-feu à partir d’1 heure du matin à Barcelone et dans une grande partie de la région.

Ces mesures ont permis un recul des contaminations mais la baisse de la pression hospitalière se fait encore attendre, alors que les patients, de plus en plus jeunes, sont hospitalisés parfois plusieurs semaines, après leur infection.

«Lors des précédentes vagues (de la pandémie), les moins de 40 ans étaient très rares, alors que nous en avons désormais plusieurs», souligne Antonia Vazquez, en précisant que l’âge moyen des patients en soins intensifs, pour la plupart non vaccinés, est désormais de 50 ans, contre 60-65 ans auparavant.

«A bout»

Dans un des boxes, la photo d’un nouveau-né est accrochée sur la paroi. A côté, sa mère, âgée de moins de 30 ans, lutte contre le Covid-19, après avoir dû subir une césarienne en urgence.

Les soignants, qui se mettent à plusieurs pour bouger un autre malade, ne cachent pas leur épuisement.

«Durant la première vague, personne n’imaginait une seule seconde arrêter de travailler mais, désormais, de plus en plus de gens disent si je pouvais, je m’en irais et ne reviendrais pas», confie Mme Vazquez. «Nous sommes tous à bout».

D’autant plus que cette vague a pris les hôpitaux de court en plein été.

«En une semaine, nous sommes passés de dix patients Covid dans l’hôpital à 150. Et en juin-juillet, pouvoir installer quatre étages d’hospitalisation (Covid) a été compliqué», explique Miguel Pera, directeur médical de l’hôpital.

Face à la saturation des hôpitaux, les autorités régionales, compétentes en matière de santé, ont suspendu les opérations non urgentes et ont même évoqué une suppression des congés. Une ligne rouge qu’aucun hôpital n’a toutefois voulu franchir.

«Le personnel est épuisé. Il y en a même qui ont besoin de soutien psychologique», confie Desirée Ruiz.

Compliqué dans ces conditions de supporter, après une dure nuit de garde, les rassemblements alcoolisés de jeunes sur la plage située face à l’hôpital.

(AFPE)

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