Actualisé 28.07.2018 à 06:30

Grèce

«A qui la faute?»: la polémique enfle en Grèce

Le Premier ministre grec a assumé vendredi «la responsabilité politique» de l'incendie qui a causé la mort de 87 personnes, lundi, à l'est d'Athènes.

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Au Portugal Plus de 1150 pompiers sont mobilisés pour lutter contre un incendie qui s'est déclaré vendredi dans la région de l'Algarve, dans le sud du Portugal. (Lundi 6 août 2018)

Au Portugal Plus de 1150 pompiers sont mobilisés pour lutter contre un incendie qui s'est déclaré vendredi dans la région de l'Algarve, dans le sud du Portugal. (Lundi 6 août 2018)

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En Grèce Le gouvernement grec a remplacé les chefs de la police et des pompiers après l'incendie meurtrier qui a fait 90 morts à Mati et ses environs. (Dimanche 5 août 2018)

En Grèce Le gouvernement grec a remplacé les chefs de la police et des pompiers après l'incendie meurtrier qui a fait 90 morts à Mati et ses environs. (Dimanche 5 août 2018)

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Le ministre-adjoint chargé notamment de l'Ordre public et de la Protection des citoyens, Nikos Toskas, a été limogé vendredi après l'incendie qui a fait 88 morts à l'est d'Athènes le 23 juillet. (3 août 2018)

Le ministre-adjoint chargé notamment de l'Ordre public et de la Protection des citoyens, Nikos Toskas, a été limogé vendredi après l'incendie qui a fait 88 morts à l'est d'Athènes le 23 juillet. (3 août 2018)

AFP

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a assumé vendredi «la responsabilité politique» de l'incendie qui a causé la mort lundi de 87 personnes à l'est d'Athènes, le plus meurtrier jamais vu dans le pays, mais n'a rien concédé sur l'organisation des secours la nuit du drame.

L'opposition accusait le gouvernement grec de ne pas prendre ses responsabilités après les incendies qui ont fait 87 morts. Le premier ministre les assume désormais.

Devant la polémique qui a éclaté vendredi au lendemain de trois jours de deuil national, M. Tsipras, s'exprimant devant son conseil des ministres, a indiqué «assumer intégralement devant le peuple grec la responsabilité politique de cette tragédie». Comme plusieurs de ses ministres et son porte-parole dans les dernières 24 heures, il a pointé du doigt «les irrégularités urbanistiques» chroniques, c'est-à-dire principalement les constructions illégales sur les côtes, comme c'était le cas à Mati, station balnéaire située à 40 km d'Athènes qui a été ravagée par les feux.

Outre un bouquet de mesures chiffré à 40 millions d'euros pour subvenir aux besoins des sinistrés, M. Tsipras s'est engagé à constituer rapidement «un plan national pour parer» à ces irrégularités, et a invité l'opposition à «participer à cet effort national». Occupé depuis son arrivée au pouvoir début 2015 à faire face à «la catastrophe humaine provoquée par les politiques d'austérité» en raison de la crise économique, le Premier ministre de gauche radicale a concédé qu'il avait peut-être délaissé «le risque d'autres désastres émanant des irrégularités du passé».

Les mea culpa sur l'urbanisme sont récurrents dans le pays après chaque catastrophe, sans provoquer de réels coups d'arrêt à l'indiscipline citoyenne et à la complaisance officielle dont elle bénéficie. Mais M. Tsipras n'a pas fait d'auto-critique sur la gestion opérationnelle des évènements lundi soir, louant plutôt les efforts des pompiers et volontaires.

- Hélicoptère -

A Mati, de nombreux survivants étaient au contraire en colère, reprochant aux autorités un manque de prévention et de consignes efficaces pour évacuer la ville. Quand l'incendie a éclaté «ils auraient dû envoyer un hélicoptère avec un mégaphone pour nous dire d'aller à la mer, et tout le monde aurait dû y aller sans panique et à pied pour éviter un chaos de voitures», a ainsi estimé auprès de l'AFP Nikos Stavrinidis, qui a dû se laisser porter par le courant pendant cinq heures dans la mer avec d'autres personnes, dont deux se sont noyées.

Certains «ont attendu quatre heures sur la plage pour voir arriver le premier bateau de secours, et ce n'était pas un bateau des garde-côtes, mais des pêcheurs venus de leur propre gré, avec leurs barques», a poursuivi ce quinquagénaire. Les victimes ont péri noyées, ou bien suffoquées ou brûlées par le feu, lors d'embouteillages créés par la panique dans les ruelles du village, ou en cherchant des passages vers la côte, souvent rocheuse ou inaccessible en raison de la présence de villas ou de complexes touristiques.

M. Tsipras a par ailleurs semblé faire sienne la thèse de l'incendie volontaire, à l'appui de laquelle son gouvernement a indiqué détenir «un élément sérieux» jeudi soir. «Si l'objectif des auteurs est de porter atteinte à la cohésion sociale (...) il faut organiser la défense du pays et de la société et garantir la protection des citoyens», a-t-il lancé. A Mati, les sauveteurs qui continuent de ratisser les décombres au milieu des pins calcinés n'excluaient pas de nouvelles découvertes macabres.

- 'Zone de guerre'-

«C'est un travail de longue haleine, il faut attendre que les cendres retombent et parfois repasser quatre, cinq fois au même endroit avant de trouver quelque chose», relevait la secouriste Stavroula Stergiadou.

L'identification des victimes doit aussi durer encore quelques jours, «de 75 à 80% des corps étant carbonisés», a indiqué Grigoris Léon, président de la société grecque de médecine légale. Le week-end promettait d'être consacré aux réponses à M. Tsipras de ses adversaires politiques.

Avant même son intervention, le principal parti d'opposition, la Nouvelle-Démocratie (droite), avait dénoncé une «comédie de rejet de toute responsabilité». «Ce gouvernement est dangereux et doit partir», avait réagi une des dirigeantes de l'opposition centriste, Fofi Gennimata. Un autre, Stavros Théodorakis, s'est indigné que pas un seul responsable n'ait démissionné.

A Mati, où 49% des maisons ont été déclarées inhabitables, les rescapés continuaient vendredi de tenter de sauver ce qui pouvait encore l'être, soutenus par un vaste élan de solidarité, avec l'afflux de dons et de volontaires. «Cela ressemble à une zone de guerre, c'est indescriptible», s'émeut l'une d'elles, Zoi Pantelidou, 26 ans.

Parallèlement, la difficile identification des victimes au moyen d'analyses d'ADN se poursuivait, la première étape, celle de l'autopsie des corps, devant être conclue dans la journée, selon les services légistes. «De 75 à 80% des corps sont carbonisés» a précisé sur la radio 9,84 Grigoris Léon, président de la société grecque de médecine légale. L'identification prendra elle encore quelques jours. M. Léon n'a pas exclu que certains, «étrangers ou personnes seules», ne puissent pas être identifiés faute de signalement par leurs proches.

Le gouvernement grec a annoncé jeudi soir avoir saisi la justice d'un «élément sérieux» pouvant indiquer que l'incendie qui a ravagé la côte orientale de l'Attique était d'origine criminelle. Dans une conférence de presse au côté notamment du chef des pompiers, le porte-parole du gouvernement, Dimitris Tzanakopoulos, a de nouveau imputé l'ampleur du bilan humain à la violence des vents.

La progression foudroyante du feu, qui a ravagé la zone en «à peine une heure et demie» a privé les autorités de toute marge pour agir à temps et évacuer les résidents, a-t-il fait valoir. Les officiels ont aussi souligné que les pompiers avaient dû faire face lundi à 13 départs de feu simultanés en Attique.

«Nous sommes tous responsables»

L'argumentation a été rejetée par l'opposition. «Ce spectacle déplorable de rejet de toute responsabilité ne peut provoquer que de la colère», a rétorqué le principal parti d'opposition, la Nouvelle-Démocratie (droite).

«Incapables et provocateurs», titrait en une sur une photo du gouvernement le quotidien Ta Néa, proche de cette formation. «Pas une seule démission», s'est aussi indigné l'un des dirigeants de l'opposition centriste, Stavros Théodorakis.

Le ministre adjoint à la Protection des citoyens, Nikos Toskas, a affirmé avoir renoncé à démissionner à la demande du Premier ministre. Sur les plateaux de télé et les ondes des radios, les divers services impliqués se renvoyaient aussi la balle.

Evangelos Bournous, le maire de Rafina, dont dépend en partie la localité de Mati, la plus frappée par les feux, a jugé que la police et les pompiers avaient contribué à piéger les habitants en fermant la route principale longeant le secteur. Des responsables policiers et des pompiers avaient auparavant affirmé ne pas avoir bloqué cette issue.

Beaucoup de victimes sont mortes en tentant de rallier la mer, à l'accès parfois barré par des falaises, par des rues «larges d'à peine 3 ou 4 mètres», a précisé le maire. «Nous sommes tous responsables, gouvernements, services et citoyens», a-t-il toutefois ajouté, précisant que sa maison familiale, qui a brûlé, avait, comme beaucoup des quelque 4.000 autres de Mati, été construite illégalement au milieu de la pinède il y a plusieurs décennies.

«Zone de guerre»

La mise en cause de la promotion immobilière sauvage, plus ou moins légalisée a posteriori, et du non-respect généralisé des normes d'aménagement du territoire pour cause d'indiscipline citoyenne et de complaisance officielle, est un exercice récurrent en Grèce, après chaque catastrophe. «La question désormais est de savoir ce qui peut être fait» pour éviter une nouvelle tragédie, soulignait l'éditorial du quotidien libéral Kathimerini.

Le ministre de la Défense, Panos Kammenos, a toutefois heurté beaucoup de Grecs en rejetant devant un micro de la BBC la faute sur les propriétaires: «c'est le moment qu'ils comprennent que c'est dangereux pour eux et leurs familles de ne pas suivre les règles et les lois», a-t-il affirmé lors d'une tournée sur place. «Vous nous avez laissés à la merci de Dieu. Il ne nous reste rien!», lui avait auparavant lancé une habitante.

A Mati, où 49% des maisons ont été déclarées inhabitables, les rescapés continuaient vendredi de tenter de sauver ce qui pouvait encore l'être, soutenus par un vaste élan de solidarité, avec l'afflux de dons et de volontaires. «Cela ressemble à une zone de guerre, c'est indescriptible», s'émeut l'une d'elles, Zoi Pantelidou, 26 ans. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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