Actualisé 11.06.2020 à 16:01

Valais

A Savièse, la Fête-Dieu plus forte que le coronavirus

La commune valaisanne de Savièse a fait preuve d’imagination pour célébrer, jeudi, sa traditionnelle Fête-Dieu, dont la tenue était menacée par le coronavirus.

La Fête-Dieu dans la commune de Savièse est une institution. Mais cette année, le coronavirus a chamboulé les plans du village organisateur Chandolin. Pa capona, ne pas renoncer, en patois, est la devise de Savièse: les villageois ont donc trouvé une parade en carton.

Les organisateurs ont lancé un appel à la population quand ils ont compris qu'il ne pourrait pas y avoir de cortège. Chacun était invité à venir se faire photographier en habits de Fête-Dieu. Les images ont été imprimées grandeur nature puis collées sur des cartons épais. Le résultat: 95 personnages en coutin (costume) qui habillent les rues du village de 900 âmes jusqu'à dimanche.

«On ne pensait pas qu'autant de monde participerait», lance la responsable des villageoises, Jeanne-Emmanuelle Jollien-Héritier. Elle estime à deux cents le nombre habituel de participants à la Fête-Dieu. «Le succès de cette initiative était inattendu», abonde le banneret Emmanuel Reynard. A tel point que l'imprimeur a travaillé non-stop ces deux dernières semaines, rendant la dernière des figurines mercredi.

«On s’est réuni une première fois le 28 janvier, et à ce moment les questions soulevées se résumaient à savoir si l’on aurait assez de place pour installer la tente», se rappelle Emmanuel Reynard. Puis tout s'est enchaîné et en raison des restrictions, le comité n'a pas pu être renouvelé.

Et les femmes?

Ceux qui avaient organisé l'édition 2015 ont dû se charger de celle de 2020. De leur côté, le banneret et le capétan, celui qui porte l'esponton, sont élus à vie. Il n’y a pas de règles écrites mais la responsabilité reste souvent au sein de la même famille, détaille Emmanuel Reynard. Lui a repris la bannière des mains de son père, qui l'avait eue de son grand-père.

De père en fils donc. Et les femmes dans tout ça? «C'est une bonne question», répond le banneret. En 2003, Saint-Germain a intégré les dames dans le cortège officiel. Proposée par un villageois, Jeanne-Emmanuelle est la première femme à faire partie d'un comité de Fête-Dieu à Savièse. Tous villages confondus. Une petite révolution qui n’est pas passée inaperçue à l’époque.

Et qui a été bien utile en 2020, pourrait-on glisser. «Tout est venu d’elle», indique le banneret. Et elle n'a pas dû trop batailler. «Le comité est vite tombé d’accord sur une solution à partir du moment où il a été décidé de maintenir la célébration», souligne la responsable. Chacun des villages de la commune organise l'évènement tour à tour. Si l'on n'avait rien fait, Chandolin n'aurait pas organisé de Fête-Dieu durant dix ans», ajoute-t-elle. Impensable, de l'avis de tous.

Différente mais mémorable

«Tout le monde a dû se montrer un peu plus souple et humble pour qu’il y ait une fête tout simplement», remarque aussi Anne-Gabrielle Bretz-Héritier de la fondation du même nom, qui met en valeur le patrimoine de Savièse. Et de donner l’exemple des deux fanfares, de deux partis politiques différents, qui ont pourtant choisi de jouer ensemble le jour J. Une autre première.

Cette année, il n'y aura pas de procession jusqu'à Saint-Germain, pas de bal populaire, ni aucune prolongation profane. «Il aurait été quasiment impossible de rester en deçà de la limite de 300 personnes, étant donné que c’est l’ensemble du périmètre de la manifestation, y compris les spectateurs, qui doit être pris en compte dans le calcul», regrettent le banneret et la responsable des villageoises.

En revanche une messe en extérieur et en petit comité aura bien lieu devant l'église de Chandolin. «Tout est prêt», explique Emmanuel Reynard en montrant les petits points de couleur au sol sur lesquels les quelque 120 participants autorisés – 90 figurants en costume, une mini-fanfare de 14 musiciens et une vingtaine d'invités du monde politique – devront s'arrêter. Mais le public n'est pas invité et la police sera là pour veiller au grain.

Filmée, la messe sera diffusée par Canal9, dont les frais sont pris en charge par la commune. Pour les figurines qu'ils pourront reprendre chez eux, les participants ont payé 100 francs de leur poche (50 pour les enfants). «Le comité, qui dispose d’une cagnotte alimentée par des dons et de contributions, règle le reste de la facture», explique le banneret.

Une alchimie difficile à expliquer

La Fête-Dieu est une alchimie difficile à expliquer entre le religieux, le militaire et le populaire, note Emmanuel Reynard. Car c'est une fête qui permet aussi de rencontrer et d'intégrer les nouveaux venus. «Le curé intervient dans la préparation sur les aspects religieux uniquement. Il y a beaucoup de catholiques non pratiquants qui participent», argue-t-il aussi.

Outre les personnages en carton, des guirlandes de 588 dessins d'enfants de toutes les écoles de Savièse égaient les murs du village. Une façon aussi de faire participer tout le monde malgré les circonstances.

Anne-Gabrielle Bretz-Héritier les a tous numérisés. Elle compte en faire un livre. Pour garder une trace. Elle souhaite aussi ajouter un chapitre à son ouvrage de 500 pages qui retrace l'histoire de la Fête-Dieu à Savièse jusqu'en 2008. Un moyen de montrer aux générations futures qu’il est possible de trouver des solutions. Pa capona. Quelle que soit la difficulté.

(ATS/NXP)

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