JO 2020 - À Tokyo, la flamme olympique vacille
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JO 2020À Tokyo, la flamme olympique vacille

À deux jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux, plongez dans la bulle sanitaire de la métropole japonaise.

par
Sylvain Bolt
(Tokyo)
Les rues de Tokyo sont peu animées. Quelques façades et de discrets drapeaux rappellent la tenue des Jeux olympiques d’été. 

Les rues de Tokyo sont peu animées. Quelques façades et de discrets drapeaux rappellent la tenue des Jeux olympiques d’été.

AFP

La cérémonie d’ouverture approche mais la flamme olympique n’embrase pas Tokyo. Le compositeur du thème principal du show prévu vendredi a dû démissionner après des révélations sur des harcèlements de personnes handicapées dans sa jeunesse.

C’est une fausse note de plus pour les organisateurs des JO qui vont trembler jusqu’au premier accord pour la tenue de l’événement. La menace d’un foyer pèse sur le village olympique.

«C’est assez flagrant quand on prend le bus, il n’y a pas de pancartes et les artères sont quasi vides. Il manque de l’engouement.»

Jérémy Desplanches, nageur

Dans les rues de Tokyo, l’ambiance n’est pas à la fête non plus. Ici aussi, la vasque est pleine. Des drapeaux aux coins des rues indiquent la mention de Tokyo 2020. Mais le symbole des anneaux olympiques est discret, peut-être aussi pour ne pas fâcher les Tokyoïtes plus vraiment chauds pour recevoir des JO.

«C’est assez flagrant quand on prend le bus, il n’y a pas de pancartes et les artères sont quasi vides, raconte le nageur genevois Jérémy Desplanches. Il manque de l’engouement.»

Le trajet de l’hôtel aux sites des Jeux olympiques est orchestré au pas.

Le trajet de l’hôtel aux sites des Jeux olympiques est orchestré au pas.

AFP

Il est en revanche difficile de prendre le pouls de la population vu qu’un quart d’heure de sortie de l’hôtel nous est accordé par jour. Le ressenti est celui d’un prisonnier en permission, qui cache son accréditation presse pour ne pas trop attirer le regard des locaux au moment d’aller chercher une bouteille d’eau avant le dodo. Il faudra attendre 14 jours avant une première liberté conditionnelle.


Sinon, c’est la routine: hôtel, centre média et sites des compétitions. Uniquement ceux scrupuleusement indiqués dans le plan d’activité soumis et validé par le comité d’organisation. Les trajets des journalistes sont surveillés au centimètre près par une application de traçage et le moindre faux pas renvoie lindiscipliné à l’aéroport pour un vol retour. Rajoutez à cela des questionnaires quotidiens et des crachats dans des gobelets en guise de tests Covid-19 pendant 14 jours. Bienvenue aux JO!

C’est une des salles qui attendent les journalistes chaque jour pendant deux semaines: un crachat dans une fiole en plastique pour valider son test négatif. 

C’est une des salles qui attendent les journalistes chaque jour pendant deux semaines: un crachat dans une fiole en plastique pour valider son test négatif.

AFP

Le casse-tête a été tellement immense pour décrocher le sésame rose du service de «quarantine» que tout le monde se tient à carreau. Ce bout de papier atteste d’un test négatif, mais surtout l’évitement d’une quarantaine japonaise de trois ou même de 14 jours pour certains. On s’est imaginé en pleurs sur le podium olympique lorsque la préposée à l’annonce du résultat a lâché le mot négatif après avoir annoncé notre numéro.

Le précieux sésame délivré par les autorités japonaises au bout du suspense: il permet d’éviter la quarantaine. 

Le précieux sésame délivré par les autorités japonaises au bout du suspense: il permet d’éviter la quarantaine.

DR

Il était plus de 23h mardi soir, soit cinq heures après l’arrivée du vol. On a dû demander plusieurs fois si tout était vraiment en ordre. Et puis on se dit avec le recul qu’on a eu de la chance, après le récit de la pongiste vaudoise Rachel Moret, dont la partie de ping-pong avec les autorités japonaises a duré neuf heures entre sa sortie d’avion et l’arrivée à son hôtel.

Fixer un mur pendant trois heures pourrait être une discipline olympique en soi. 

Fixer un mur pendant trois heures pourrait être une discipline olympique en soi.

AFP

La procédure a été longue avant le départ pour remplir tous les formulaires liés au Covid-19. La pile de documents, souvent sous la forme de QR codes à scanner, s’est accumulée au fil et à mesure des contrôles dans les couloirs aseptisés de laéroport de Tokyo. Les passagers «non olympiques» ont pu s’enfuir au sprint pendant que les «accrédités», bloqués dans l’avion, ont commencé à comprendre que la soirée allait ressembler à un marathon.

Les nombreux bénévoles accompagnent le long périple pour entrer dans la bulle olympique. Cela peut durer jusqu’à 9h de la sortie d’avion à l’arrivée à l’hôtel. 

Les nombreux bénévoles accompagnent le long périple pour entrer dans la bulle olympique. Cela peut durer jusqu’à 9h de la sortie d’avion à l’arrivée à l’hôtel.

AFP

Un tunnel blanc et aseptisé en guise de bulle sanitaire olympique a ensuite été très chaleureusement indiqué par la première paire de la dizaine (centaine?) de bénévoles croisés pendant ce long périple. Les vestes de délégations, dont celles des Seychelles ou de la Grèce qui nous ont croisés (à distance), ont permis de ressentir un premier frisson olympique. De quoi égayer l’attente, assis devant un mur blanc qui semblait se transformer en rideau de fer au fil des minutes.

«À table, il faut crier pour s’entendre»

Martin Dougoud, kayakiste

Après avoir été entassés dans une navette jusqu’à une zone de dépôt, les journalistes ont été amenés individuellement vers leur hôtel dans la nuit. Dans des taxis électriques Toyota, malgré le retrait de ce sponsor principal, qui a investi 3 milliards en droits de parrainage mais qui n’est plus vraiment motivé à l’idée de fanfaronner lors de la cérémonie d’ouverture.

Dans les taxis individuels, il est vivement recommandé de ne pas discuter avec le chauffeur. 

Dans les taxis individuels, il est vivement recommandé de ne pas discuter avec le chauffeur.

DR

Échange de pin’s au village olympique

Autre lieu, autre ambiance: le village olympique. Les athlètes y mangent face à face séparés par des plexiglas et dorment sur des lits en carton. «À table, il faut crier pour s’entendre», sourit le kayakiste Martin Dougoud. «Ici, on ressent l’atmosphère des Jeux. Il y a des athlètes qui échangent des pin’s entre eux et nous, on essaie de deviner la discipline de chaque sportif qu’on croise, se marre Jérémy Desplanches. Les restrictions étaient bien plus strictes lors de notre camp de préparation à Fuji où nous étions bloqués à l’hôtel.»

Son pote genevois Roman Mityukov, qui vit ses premiers JO, a carrément des anneaux dans les yeux: «Tout est surdimensionné ici!» Bref, les nageurs sont déjà dans le bain: «Là, en parlant avec vous, les médias, je dois avouer que ça commence gentiment à monter!», poursuit le troisième nageur genevois Nils Liess.

Des écrans d’ordinateur séparent sportifs et journalistes lors de ces conférences virtuelles. Et des plexiglas encadrent chaque représentant médiatique dans l’immense centre de presse loin d’être bouillonnant et même plutôt sur climatisé. De quoi trancher avec l’air chaud et humide extérieur.

Les journalistes sont dans leur bulle: chacun assiste aux conférences de presse virtuelles des athlètes de son pays. 

Les journalistes sont dans leur bulle: chacun assiste aux conférences de presse virtuelles des athlètes de son pays.

AFP

Une chaleur étouffante

Le T-shirt collant de la courte balade matinale (10’34’’ montre en main) a été un premier indice, vers 8 h. Le Securitas prostré jour et nuit à la sortie de lascenseur de notre hôtel a eu un sourire malicieux au moment de noter l’heure exacte de rentrée des deux évadés. On a ensuite tenté la terrasse pour le lunch. Avant de faire demi-tour pour éviter le choc thermique.

«C’est étouffant et on a de la peine à déployer notre cage thoracique.»

Thomas Koechlin, canoéiste

La température ressentie? Pas loin de 45°. «On nous a dit qu’il ferait très chaud, mais on a eu quasi que des jours de pluie lors de notre camp d’entraînement plus au nord, sourit la rameuse Jeannine Gmelin. Les gouttes d’eau étaient chaudes, c’était plutôt agréable. Là, c’est surtout le vent qui nous inquiète.»


«Le sable est bouillant, quasi 45°, on transpire sans arrêt, témoigne la beach-volleyeuse Anouk Vergé-Dépré. On enchaîne les bains froids pour faire descendre la température et se régénérer.» Sur son canoé, le Genevois Thomas Koechlin a aussi eu un coup de chaud: «C’est étouffant et on a de la peine à déployer notre cage thoracique. J’ai une pensée pour les sports d’endurance.»

À Tokyo, le staff impressionne tant par sa bienveillance que par son respect strict des règles sanitaires. On se plie sans broncher aux remontrances verbales lorsquun pied dépasse de l’autocollant au sol dans une file d’attente. «Aucune restriction n’est trop sévère car le but ultime est de protéger la population, résume Jeannine Gmelin. J’ai un énorme respect pour ceux qui doivent rester dehors au chaud. Ce sont eux les réels champions.» Ce sont pour l’instant aussi les seuls Tokyoïtes rencontrés qui ont la flamme.

À Tokyo, la température ressentie est proche de 45 degrés. Les masques ne sont pas le meilleur allié.

À Tokyo, la température ressentie est proche de 45 degrés. Les masques ne sont pas le meilleur allié.

AFP

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