Actualisé 07.11.2008 à 06:26

Votations fédérales

A Zurich, les tests de drogue sont appréciés par les consommateurs

A Zurich, les consommateurs de drogue peuvent depuis deux ans se faire conseiller et tester leurs stupéfiants.

L'offre, anonyme et gratuite, est bien acceptée. Elle contribue à diminuer les risques, l'un des piliers de la nouvelle loi sur les stupéfiants en votation le 30 novembre.

Nicolas, un père de famille au début de la quarantaine, prend occasionnellement de l'ecstasy avec sa femme lorsqu'ils vont danser. «Pour déconnecter et avoir du plaisir», explique-t-il. Le Thurgovien achète d'habitude un petit stock de pilules à l'avance chez des vendeurs en qui il a confiance.

En cette fin d'octobre, Nicolas a toutefois dû se tourner vers un nouveau dealer et il n'a pas eu une bonne impression. Il a donc pris le train pour Zurich pour faire tester une pilule. «Je ne veux pas prendre de risque, j'aimerais savoir s'il y a bien du MDMA à l'intérieur».

Résultat trois jours après

Alex Bücheli ne connaît pas son nom, mais il le reçoit en le tutoyant. Le travailleur social du Centre d'information sur les drogues de la ville de Zurich (DIZ) lui demande où, quand et à quel prix il a acheté l'ecstasy.

Avant de soumettre Nicolas à un entretien obligatoire sur ses habitudes de consommation, M. Bücheli place la pilule dans une enveloppe sur laquelle figure seulement un code. Dès vendredi après-midi, Nicolas pourra appeler le DIZ. En donnant son code, il aura le résultat du test.

Comme Nicolas, cinq à six personnes se rendent chaque mardi soir au DIZ, un centre unique en Suisse. Situé en face de la Platzspitz, dans une rue connue pour ses dealers de cannabis, le bureau a accueilli en deux ans quelque 300 personnes, ce qui correspond aux attentes de ses initiateurs.

Observer les tendances

Deux tiers des clients du DIZ y viennent pour faire tester de la drogue - surtout de l'ecstasy, de la cocaïne et des amphétamines -, les autres uniquement pour se faire conseiller. «Ils nous demandent d'évaluer leur consommation ou des informations sur les risques liés aux stupéfiants», raconte M. Bücheli.

Le centre reçoit surtout des consommateurs irréguliers. Ses clients, âgés en moyenne de 30 ans, sont rarement des «junkies». La plupart ont une formation et sont bien intégrés. Quelque 15% ont des symptômes d'addiction. En cas de problèmes graves, le DIZ les envoie chez des thérapeutes présents dans la même maison.

Le DIZ complète le travail de l'association partenaire Streetwork qui propose dix week-ends par an des tests de drogue dans les clubs zurichois. «Jusqu'ici, on n'avait que peu d'informations sur les gens qui se droguent la semaine», explique le directeur de Streetwork Donald Ganci. «C'est seulement en étant au courant des tendances qu'on peut faire de la prévention.»

Favoriser une attitude responsable

Le centre n'encourage pas la consommation de drogues, «au contraire, nous poussons nos clients à réfléchir et à se remettre en question si nécessaire,» juge M. Ganci. «Quelles que soient les lois, les gens consomment des drogues», constate Silvio, un amateur d'ecstasy et de LSD venu ce soir-là au DIZ. «Au moins ici, on peut en parler», salue-t-il.

Si l'ecstasy qu'il fait tester est forte, le jeune cuisinier, qui fréquente actuellement une école de commerce, la consommera en plusieurs fois. «Ou je ne la prendrai pas en club, mais plutôt à la maison pour pouvoir l'apprécier», dit-il.

Les tests de drogue du DIZ n'ont encore jamais permis de découvrir des substances très dangereuses. Mais il arrive régulièrement qu'une pilule d'ecstasy s'avère être des hallucinogènes 2C-B, du m-CPP ou des médicaments. Autre problème rencontré: des pilules surdosées.

Lorsque le DIZ détecte des pilules dangereuses, il publie des mises en garde. Il informe également la police, les services sanitaires et les propriétaires de club. Largement reconnu, le travail du DIZ ne suscite à Zürich guère que l'opposition de l'UDC. (ats)

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