Genève - Abaissement du Rhône: les vannes sont ouvertes
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GenèveAbaissement du Rhône: les vannes sont ouvertes

L’importante opération menée par les SIG a débuté cette semaine. Elle doit durer onze jours d’affilée. Visite au barrage de Verbois et dans ses environs.

par
Léonard Boissonnas
Vidéo: J.Reynes/MediaProfil

«On est en plein dans le coeur de l’action», déclare ce vendredi, devant le barrage de Verbois, Jérôme Barras, directeur de la production électrique aux Services industriels de Genève (SIG) et directeur de la Société des Forces motrices de Chancy-Pougny (SFMCP). Les SIG conduisent, conjointement avec la SFMCP et la Compagnie Nationale du Rhône pour le côté français, l’abaissement partiel du Rhône.

Cette opération d’envergure a lieu tous les trois ou quatre ans et a pour but d’éliminer les sédiments. Ceux-ci sont charriés par l’Arve, qui rejoint le Rhône à la Jonction, et la moitié d’entre eux, soit 350’000 m3 par année, se dépose dans la retenue du barrage de Verbois. L’abaissement, mené à la demande des autorités cantonales, vise ainsi à réduire les risques d’inondations dans le centre de Genève, notamment dans le quartier de la Jonction, en cas de crue de l’Arve.

Pilotage d’heure en heure

Autrefois consistant en une vidange complète, l’opération a été revue en 2016 pour avoir le moins de conséquences possible sur l’environnement et les poissons, et consiste en un abaissement du Rhône, piloté en temps réel. Avec ce nouveau mode, «on maîtrise mieux les matières en suspension, indique Jérôme Barras. L’objectif est de réduire les impacts avec les milieux naturels. En Suisse, on peut gérer le débit avec le barrage du Seujet, qu’on peut ouvrir ou baisser. C’est un pilotage serré, qu’on fait d’heure en heure.»

Prévue pour débuter le 17 mai, l’opération a dû être décalée de 24 heures en raison des mauvaises conditions hydrométéorologiques. L’abaissement a commencé mardi à minuit du côté français et mercredi à 10h en Suisse. Il doit durer onze jours consécutifs. «On a un mois de mai pluvieux, et demain (nrdlr: samedi), cela va être compliqué car l’Arve sera à nouveau en crue, souligne le responsable des SIG. On est confiants, mais s’il y a trop d’eau et de débit demain, on ne pourra pas mener l’opération, et tout sera arrêté», prévient-il. Ce serait dommageable, souligne-t-il, car cela a un impact environnemental, notamment sur les alevins: il faut laisser à la population piscicole le temps de se reconstituer et une ou deux années ne seraient pas suffisantes.

Contrôle du débit

Pour gérer au plus près l’abaissement, des mesures des taux de matières en suspension sont menées et permettent aux SIG de contrôler le débit en tout temps. Automatisées, ces mesures font aussi l’objet d’un contrôle manuel, comme sur le pont de La Plaine, où Fabio Heer, gestionnaire d’actif et responsable de l’environnement aux SIG, explique que les poissons ne supportent pas un certain seuil de matières en suspension: «Ils «respirent», si on peut dire, dans l’eau et ces matières sont comme la fumée près d’un feu pour eux, image-t-il. Quand il y a trop de matières en suspension, ils s’asphyxient, donc ils vont chercher de l’eau claire.

C’est pour ça que nous avons créé des zones refuge, par exemple à l’embouchure de l’Allondon. Certains vont aussi se laisser dériver vers l’aval. Mais de toute façon avec le taux de matières en suspension actuel, ils devraient tous survivre, en tout cas ceux que nous suivons, avec des balises sur le dos.» L’objectif est d’avoir un taux de matières en suspension de 5 grammes par litre en moyenne pendant toute la durée de l’abaissement, avec un maximum de 10 grammes par litre en 6 heures, et de ne jamais dépasser les 15 grammes par litre plus de 30 minutes.

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La retenue au barrage de Verbois doit être abaissée de 12 mètres au maximum. Avec la vidange complète jusqu’en 2012, il était abaissé de 20 mètres.

La retenue au barrage de Verbois doit être abaissée de 12 mètres au maximum. Avec la vidange complète jusqu’en 2012, il était abaissé de 20 mètres.

leo/20 min
Juste en amont du barrage, le lit du fleuve, partiellement vidé, offre un paysage de désolation.

Juste en amont du barrage, le lit du fleuve, partiellement vidé, offre un paysage de désolation.

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Au pont de La Plaine, une sonde reliée à la centrale des SIG permet de calculer le taux de matière en suspension.

Au pont de La Plaine, une sonde reliée à la centrale des SIG permet de calculer le taux de matière en suspension.

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Quelque 5000 poissons pêchés

Près de l’étang de la Touvière, à Avully (GE), des bacs pour les poissons récupérés dans le plan d’eau ont été installés. «Hier, on en a pêché 5000, de 17 espèces différentes, indique Delphine Vacelet, biologiste au bureau GREN. On les répartit ensuite selon leur espèce et leur taille.» Ainsi, un brochet, poisson carnassier qui pourrait s’en prendre à d’autres, est mis dans un bassin spécifique, par exemple.

A l’avenir, ce sauvetage sera moins complexe, ajoute Fabio Heer, désignant l’étang qui fait l’objet de travaux de creusement: «Le fond de cet étang était plus haut que celui du Rhône. On le creuse pour la prochaine fois. Cela évitera de transporter les poissons dans les bacs. En 2016, nous avions des piscines de jardin pour le faire. En 2024, on aura ce bassin. On essaie d’apprendre à chaque fois.»

Barrages français

Parallèlement à l’abaissement partiel au barrage de Verbois, celui de Chancy-Pougny est également abaissé. Du côté français, la Compagnie Nationale du Rhône procède à l’abaissement progressif de ses six retenues du Haut-Rhône, situées entre Génissiat et Sault-Brénaz.


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