Pakistan: Abandon des charges contre Rimsha

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PakistanAbandon des charges contre Rimsha

La justice pakistanaise a abandonné les charges contre Rimsha, jeune chrétienne accusée d'avoir profané le Coran, ont annoncé mardi ses avocats et un ministre. L'affaire avait suscité une vive émotion dans le pays et à l'étranger.

La jeune Rimsha était accusée d'avoir brûlé des pages du Coran.

La jeune Rimsha était accusée d'avoir brûlé des pages du Coran.

Le tribunal d'Islamabad a décidé «une fin de non-recevoir» à propos des accusations contre Rimsha, a déclaré Akmal Bhatti, un des avocats de la jeune chrétienne libérée sous caution en septembre et placée en résidence surveillée avec sa famille. Le ministre pakistanais de l'Harmonie nationale, Paul Bhatti, responsable du dialogue entre la majorité musulmane sunnite et les minorités, a confirmé l'abandon des charges dans cette affaire.

Rimsha, une jeune fille illettrée, âgée d'environ quatorze ans selon des médecins qui l'ont examinée, avait été accusée à la mi-août par des voisins d'avoir brûlé des feuilles de papier sur lesquelles étaient écrits des versets du Coran, un crime passible de la prison à vie au Pakistan au termes de la loi sur le blasphème.

Accusée par les libéraux d'être instrumentalisée pour régler des conflits personnels, cette loi, défendue bec et ongles par les musulmans radicaux, est devenue un sujet très sensible au Pakistan, pays à 97% musulman. Remettre en cause l'islam au Pakistan relève du sacrilège.

Absence de témoin

«Nous avons plaidé à la cour qu'il n'y avait aucun témoin ayant vu Rimsha brûler» des versets du Coran, a déclaré l'avocat de la jeune fille, ajoutant que la défense avait notamment fait valoir son jeune âge et son analphabétisme.

«Cette décision historique va dissuader les gens de proférer de fausses accusations les uns contre les autres», a commenté M. Bhatti. Le ministre, dont le frère Shahbaz avait été assassiné l'an dernier après avoir suggéré une réforme de la loi controversée sur le blasphème, a remercié les dignitaires musulmans du pays d'avoir soutenu la jeune chrétienne.

Le Conseil des oulémas du Pakistan, un organisme représentant des dizaines d'associations musulmanes avait en effet demandé une «enquête impartiale et approfondie» dans cette affaire, plaidant pour punir ceux qui l'avaient accusée à tort.

Imam libéré

L'affaire Rimsha avait connu un développement spectaculaire lorsque la police avait accusé l'imam de la mosquée voisine d'avoir lui-même introduit des pages du Coran dans les feuilles brûlées que lui avait rapportées un voisin, afin «d'expulser» les chrétiens de ce quartier périphérique de la capitale, Islamabad.

L'imam a été libéré sous caution le mois dernier, mais des accusations pèsent toujours contre lui dans cette affaire.

(ats)

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