Genève: ABB Sécheron en Pologne: «Il n'y a rien à négocier»
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GenèveABB Sécheron en Pologne: «Il n'y a rien à négocier»

La direction du groupe zurichois a annoncé ce lundi la suppression de 143 emplois au personnel du site genevois.

par
Jérôme Faas
Les employés inquiets avaient manifesté devant leur usine le 31 octobre dernier.

Les employés inquiets avaient manifesté devant leur usine le 31 octobre dernier.

Keystone

La rumeur enflait depuis plusieurs semaines, le couperet est tombé ce lundi: la multinationale zurichoise ABB a décidé de délocaliser en Pologne la majeure partie de sa filiale genevoise, ABB Sécheron. La direction du groupe s'est pour ce faire rendue au bout du lac. «Ils nous ont annoncé 101 personnes licenciées chez ABB, et 47 postes temporaires supprimés (ndlr: il s'agit, en réalité, de 100 et 43)», indique Vincent Brungard, porte-parole du comité d'action des employés.

«On va se battre pour tenter d'éviter les licenciements, on a prévu une assemblée générale demain», explique-t-il, sans cacher un certain pessimisme. «Pour la direction, la décision est prise, il n'y a rien à négocier.»

Usine polonaise «pas prête»

Alors que la période réglementaire de consultation va débuter, Vincent Brungard explique que le plan de licenciement devrait débuter au 1er trimestre 2018 pour s'achever en 2019, «car l'usine en Pologne n'est pas encore prête».

L'usine genevoise d'ABB Sécheron est un centre d'excellence mondial en matière de transformateurs de traction destinés à l'industrie ferroviaire. Elle dégage du bénéfice, «mais pas assez aux yeux des actionnaires. On en est là, voilà...», regrette le porte-parole des employés.

Site genevois réduit mais maintenu

La production va donc rejoindre la Pologne, mais le site genevois, où travaillent à ce jour quelque 230 personnes (employés ABB et temporaires confondus) devrait être conservé. «La direction a dit vouloir maintenir l'engineering, la vente et les services, mais on n'y croit pas vraiment.»

Unia rappelle le salaire du PDG

Le syndicat Unia juge lui aussi la promesse de maintenir des activités à Genève «peu réaliste au vu de la délocalisation de la production». Décrivant un personnel «choqué» et «en colère», il rappelle lui aussi que le site genevois est bénéficiaire depuis des années, et que le PDG d'ABB, «le plus grand groupe industriel suisse, gagne 9,4 millions de francs par an». Bref, «150 emplois hautement qualifiés» et «un site de production à la pointe de l'innovation» se retrouvent «sacrifiés sur l'autel du profit».

Secrétaire régional d'Unia Genève, Alessandro Pelizzari juge que «c'est l'avenir de l'industrie genevoise qui est en jeu», vu qu'ABB Sécheron «est profitable, jouit d'un avenir radieux et de carnets de commande pleins». Et de préciser que si, mardi, les employés décident que leur priorité est de sauvegarder l'emploi, «on les soutiendra».

L'entreprise ABB n'a pas donné suite à nos sollicitations.

L'Etat crée une task force

Le Conseil d'Etat a décidé de créer une task force pour tenter de sauvegarder les emplois genevois. Il espère pouvoir convaincre la direction d'ABB de réorienter l'activité du site vers l'innovation. Il imagine un "centre pionnier en matière de recherche dans le domaine de la mobilité électrique incluant les transformateurs de traction et les bus". Le Conseil d'Etat rappelle par ailleurs qu'ABB Sécheron, "bénéficiaire et leader sur son marché, a pu tirer avantage de subsides de la Confédération et du soutien financier du canton de Genève pour le développement de ses activités". La task force sera composée des conseillers d'Etat Pierre Maudet (économie), Mauro Poggia (emploi), de représentants du personnel, des syndicats et de l'office cantonal de l'emploi. "Les membres de la direction d'ABB sont également invités à se joindre à ce groupe de travail."

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