Vaud: Abus d'enfant puni sur un seul témoignage indirect
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VaudAbus d'enfant puni sur un seul témoignage indirect

Les parents d'une petite victime âgée de 4 ans excluent tout interrogatoire de la part de spécialistes. Son agresseur ira en prison sur leur récit.

par
Christian Humbert
Le coupable (à dr.) avec son avocat, hier au Tribunal.

Le coupable (à dr.) avec son avocat, hier au Tribunal.

Le déménageur-pervers de 37 ans a-t-il profité de son travail sur la Riviera en mai 2012 pour montrer son sexe à une enfant de 4 ans, la caresser et éjaculer? L'intéressé, jugé hier à Vevey (VD), nie. Son avocat a même réclamé un dédommagement en plus de l'acquittement. Son argument: la présumée victime n'a été interrogée que par sa mère, plaignante. Elle n'a jamais été examinée par un spécialiste, ses parents étant contre. Aucune trace de sperme n'a été identifiée, aucun habit séquestré.

Le procureur Olivier Jotterand voulait un an de prison ferme, retenant le caractère sexuel des gestes décrits. Le tribunal l'a suivi. Il est convaincu qu'un geste déplacé a bien eu lieu: «une main posée sur le sexe, à travers les habits». Jules a écopé de 4 mois de prison ferme. S'y ajoutent 12 mois d'un sursis révoqué pour des faits similaires en 2008, plus les frais d'avocats. La défense a annoncé qu'il fera appel.

Toujours employé dans une entreprise de déménagement, l'homme, père d'un enfant, a un quotient intellectuel proche de la débilité. Il ne sait ni lire ni écrire. C'est ainsi que son défenseur analyse ses contradictions. Jules interprète ainsi les faits: «J'ai glissé sur des crayons et suis tombé. La fillette a rigolé. Je lui ai fait des chatouilles. J'ai touché son corps en tombant.» La mère est catégorique: «Cela sentait le sperme. Il était troublé quand je suis revenue. Ma fille m'a aussi dit qu'elle avait dû le toucher.» Les parents réclamaient 30 000 francs. Ils ont obtenu 3000.

Que dit la loi sur les auditions d'enfant?

En général, les mineurs sont auditionnés par des enquêteurs spécialisés qui veillent à protéger leur intégrité psychique, en vertu de l'art. 154 du Code de procédure pénale. Les parents ne peuvent en principe pas s'y opposer, à moins que le Parquet puisse se passer de cet interrogatoire dans le cadre de ses investigations. «C'est l'intérêt de l'enquête qui prime en général», indique le Bâtonnier de l'Ordre des avocats vaudois Elie Elkaim.

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