Genève: Abus sexuels à l'école: «le département a failli»
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GenèveAbus sexuels à l'école: «le département a failli»

Suite à l'affaire Ramadan, le Conseil d'Etat a publié le rapport sur l'attitude du DIP par rapport aux déviances enseignantes depuis 1988.

par
Jérôme Faas

«Ce rapport confirme que par le passé, le département de l'instruction publique (DIP) a parfois failli dans sa mission de protection des élèves.» Anne Emery-Torracinta, conseillère d'Etat chargée de l'Instruction publique, a fait acte de contrition ce mercredi au moment de commenter le document commandé par l'Etat ce printemps. A la suite de l'affaire Tariq Ramadan, accusé d'avoir entretenu des rapports sexuels et de séduction avec plusieurs anciennes élèves, mandat avaient été donné à deux experts de découvrir comment, au cours des trente dernières années, le DIP avait pris en compte d'éventuels actes d'abus sexuels d'enseignants à l'encontre de jeunes gens.

Tariq Ramadan, «un prédateur»

Pour Anne Emery-Torracinta, donc, le DIP n'a pas fait tout juste. Elle a notamment souligné que «le climat de l'époque ne permettait pas aux élèves d'acquérir la confiance nécessaire pour parler». Président du Conseil d'Etat, Antonio Hodgers a pour sa part estimé que «la lecture de rapport fait froid dans le dos». Evoquant Tariq Ramadan, il a jugé qu'«on a eu affaire à un prédateur qui a assouvi ses besoins sans aucune considération pour ces jeunes filles.» Et de questionner: «Pour cinq témoignages, combien n'ont pas osé témoigner? Ce n'est peut-être qu'un petit bout» qu'objective ce travail administratif.

Pas de dysfonctionnement

Du rapport lui-même, il y a en définitive peu à dire, si ce n'est qu'il est bien moins mordant que les déclarations des conseillers d'Etat. D'une part, il n'apporte pratiquement pas de faits nouveaux par rapport à ceux déjà relatés par le menu, en particulier par la «Tribune de Genève» mais aussi par «Le Temps». D'autre part, il écarte tout dysfonctionnement institutionnel. Autrement dit, certains êtres humains ont dysfonctionné, mais pas le DIP.

«Aucune tête à couper»

«Il n'y a aucune tête à couper. Le DIP a toujours donné suite aux plaintes», a expliqué Michel Lachat, l'un des deux experts. Il a néanmoins relevé que «la société a évolué au cours des trente dernières années. Dans les années 80-90, à cause d'un mélange d'omerta et de pudeur, on avait tendance à régler ce genre d'affaires sans publicité. Aujourd'hui, la loi du silence a fait place à la loi de la parole.» Et de relever que jamais aucune plainte n'a été déposée par une victime de Tariq Ramadan. «Donc, à l'exception d'un jeune homme qui avait parlé à la doyenne du collège de Saussure, aucun élément concret sur ces débordements sexuels n'est parvenu au DIP.»

La sobriété du ton, «une force»

Sous le feu roulant des questions, l'homme garde le cap. «Vous regardez avec votre regard de 2018, c'est votre erreur, répond Michel Lachat à l'enquêtrice de la "Tribune de Genève". On ne peut pas reprocher au DIP de ne pas avoir sanctionné s'il n'y a pas eu de dénonciation.» Sa collègue Quynh Steiner Schmid appuie. «Le professionnel qui dérape, c'est un dysfonctionnement de la personne elle-même, à ne pas confondre avec un dysfonctionnement de l'institution.»

A ceux qui déplorent le ton très mesuré du rapport, Antonio Hodgers répond qu'il «fait mal au bide. C'est inique. On met de très jeunes filles à l'école et il y a un prédateur. Ce rapport est sobre et c'est une force: il met d'autant plus en évidence les faits.»

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