Affaire Jegge (ZH): Abus sexuels: les autorités ont été négligentes
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Affaire Jegge (ZH)Abus sexuels: les autorités ont été négligentes

Les autorités scolaires se sont montrées faibles et trop indulgentes face aux libertés prises par le pédagogue Jürg Jegge.

Le rapport sur les abus commis par le pédagogue Jürg Jegge est peu flatteur pour les autorités cantonales et communales de l'époque.

Le rapport sur les abus commis par le pédagogue Jürg Jegge est peu flatteur pour les autorités cantonales et communales de l'époque.

Keystone

Des autorités zurichoises laxistes, un enseignant pédophile qui profite de son statut et de sa renommée pour tromper son entourage: le rapport d'enquête sur les abus sexuels commis dans les années 1970 et 80 par le pédagogue Jürg Jegge sur des élèves est sans appel.

Le département cantonal de l'éducation a publié jeudi le rapport d'enquête indépendant. Un livre publié l'an dernier par un ancien élève en est à l'origine. Les cas sont prescrits, mais le pédagogue a admis avoir eu des relations sexuelles avec plusieurs adolescents qui ont fréquenté sa classe pour élèves en difficulté.

Abus inconnus des autorités

Le rapport se base sur une centaine de documents et sur des entretiens menés avec les personnes concernées, dont Jürg Jegge. Il est peu flatteur pour les autorités de l'époque, même si aucun indice ne permet d'établir qu'elles auraient pu supposer l'existence d'abus sexuels.

«Les autorités scolaires se sont montrées trop hésitantes. Et la direction cantonale de l'instruction publique a accordé beaucoup trop de libertés à Jürg Jegge», a expliqué jeudi aux médias l'avocat Michael Budliger, auteur du rapport d'enquête.

Royaume bâti sans expertise

L'enseignant a pu se construire ainsi son propre «royaume pédagogique» qui lui a permis d'abuser sexuellement de plusieurs élèves. «Jürg Jegge est un pédophile qui savait comment tromper son entourage», conclut l'auteur du rapport.

Lorsqu'il a initié la mise en place des classes spéciales à effectif réduit pour élèves en difficulté, Jürg Jegge ne disposait pas d'un diplôme de pédagogue spécialisé. Cette formation n'a pas non plus été exigée de sa part par la suite, les autorités scolaires préférant maintenir à son poste cet enseignant expérimenté et réputé de surcroît.

L'enseignant zurichois n'était pas non plus formé pour mener les tests de sélection des élèves appelés à suivre des cours en classe spéciale. Il a même continué à les mener malgré l'intervention du département, ce qui lui a valu un blâme. Aucun indice ne permet toutefois de conclure que Jürg Jegge a choisi lui-même les élèves qu'il voulait avoir dans sa classe, souligne Michael Budliger.

Cours à domicile

A sa demande, le pédagogue a enseigné en dehors des bâtiments scolaires, à Embrach (ZH) et Lufingen (ZH). Il l'a même fait dans son propre appartement durant un an et demi, ce qui a facilité et intensifié les abus sexuels.

Durant cette période, la commission scolaire a cessé ses visites en raison du manque de coopération de Jürg Jegge. «Le département cantonal de l'instruction publique n'a alors pas pris ses responsabilités», déplore l'auteur du rapport.

Jürg Jegge était en outre souvent absent lors de la parution de son livre culte «Dummheit ist lernbar» («La bêtise s'apprend»). L'un de ses élèves remplissait alors une simple tâche de surveillant, sans que la classe ait réellement lieu. Les horaires des cours n'étaient pas respectés. Le chaos était de mise.

Avant la mise en oeuvre de sa classe spéciale, les partisans de l'approche pédagogique de Jürg Jegge étaient majoritaires face aux tenants de la discipline et de la transmission du savoir. Malgré la critique qui a suivi, il a toujours su conquérir des majorités en sa faveur au sein des autorités scolaires, explique Michael Budliger.

Intouchable

Vu d'aujourd'hui, ces autorités se sont montrées faibles et trop indulgentes. Dans le contexte de l'époque, cette retenue est toutefois compréhensible: le pédagogue était devenu «intouchable» et l'autorité des enseignants n'était alors jamais mise en cause, explique le rapport.

En revanche, le fait que Jürg Jegge justifie ses agissements en les plaçant «dans l'esprit de l'époque» ayant suivi la libération sexuelle de 1968 est «insupportable», estime M. Budliger.

Pas de faillite totale

«Le système n'a pas failli dans son ensemble», a tenu à souligner la ministre zurichoise de l'éducation Silvia Steiner. Dans d'autres affaires d'abus sexuels, il a fonctionné. Et aujourd'hui, de tels agissements auraient des conséquences immédiates.

Dans un livre paru l'an dernier, un ancien élève de Jürg Jegge aujourd'hui sexagénaire reproche à l'ex-enseignant d'avoir abusé sexuellement de lui et de plusieurs camarades dès l'âge de douze ans. L'ouvrage s'intitule «Jürg Jegges dunkle Seite» («Le côté sombre de Jürg Jegge»). (nxp/ats)

(NewsXpress)

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