Législatives françaises: Accord, dissolution, référendum ou démission: quelles pistes pour Macron?
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Législatives françaisesAccord, dissolution, référendum ou démission: quelles pistes pour Macron?

Privé de la majorité absolue aux élections législatives, le président français va devoir trouver un moyen pour gouverner efficacement.

AFP

Négocier au cas par cas avec l’opposition, chercher un accord de législature avec la droite, dissoudre l’Assemblée nationale voire démissionner: voici les scénarios possibles pour le président français Emmanuel Macron, privé de majorité absolue aux élections législatives de dimanche.

Un accord de législature

Avec ses 245 députés sur un total de 577, la coalition Ensemble! pourrait négocier un accord de législature avec l’opposition, principalement le parti de droite Les Républicains (LR) qui dispose de 61 députés, ce qui pourrait lui permettre de dépasser la barre des 289 sièges, seuil de la majorité absolue, pour approuver les textes de loi. Pour la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina, qui s’est exprimée sur la radio RMC, cette «solution à l’allemande» consisterait à «donner des gages de gouvernance à l’autre parti».

Des membres de LR pourraient, par exemple, rejoindre le gouvernement. Christian Jacob, président des Républicains, a toutefois assuré dès dimanche que son parti resterait «dans l’opposition». «Pour l’instant, ils ferment la porte, mais cela peut évoluer», explique le politologue Pascal Perrineau.

Des accords au cas par cas

Cette solution consiste à gouverner sans une majorité stable et la chercher pour chaque projet de loi. «Sur la réforme des retraites, Emmanuel Macron pourrait s’appuyer sur LR qui y est favorable», «Pour la transition écologique, il pourrait s’appuyer sur les divers gauche», explique Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l’université Panthéon-Sorbonne. «Le cas par cas, c’est possible mais pas facile», nuance Pascal Perrineau, pour qui le mouvement du président français «n’a pas forcément le compromis dans les gènes».

La dissolution

La dissolution de l’Assemblée nationale est une autre arme à double tranchant. Selon Dominique Rousseau, Emmanuel Macron peut l’utiliser à tout moment. «C’est un pouvoir discrétionnaire: mais une fois qu’il dissout, il ne peut pas dissoudre une nouvelle fois pendant un an», prévient le constitutionnaliste. «Constitutionnellement, il pourrait donc dissoudre dans les jours qui viennent, mais politiquement, ce serait très dangereux», prévient-il.

«Ce serait même un suicide politique compte tenu de l’antimacronisme qu’il y a dans le pays», renchérit Pascal Perrineau qui prédit dans ce cas le même effet contreproductif qu’en 1997, quand l’ancien président de droite Jacques Chirac avait dissout l’Assemblée et s’était retrouvé en cohabitation avec la gauche. «Politiquement, Emmanuel Macron a tout intérêt à attendre afin d’avoir une justification objective de la dissolution», comme un blocage à l’Assemblée, précise Dominique Rousseau.

Le référendum

C’est une autre solution pour contourner le Parlement. «L’article 11 de la Constitution permet d’organiser des référendums sur toutes les questions relatives à la politique économique, sociale et environnementale du pays», explique le professeur de droit. «On peut très bien imaginer qu’Emmanuel Macron fasse voter la loi sur le pouvoir d’achat par référendum», ajoute-t-il, tout en soulignant qu’il s’agit aussi «d’une arme à double tranchant», les votants n’approuvant pas forcément cette façon de contourner leurs élus.

La démission

C’est le scénario le moins probable, mais il existe: la démission d’Emmanuel Macron, réélu le 24 avril pour un second mandat de cinq ans, et la convocation d’une nouvelle élection présidentielle. «Ce serait un coup de poker», prévient Dominique Rousseau, d’autant que la question se posera sur la possibilité pour lui de se présenter à nouveau.

«La Constitution interdit de faire plus de deux mandats, mais pourrait-il se représenter en argumentant qu’il n’a pas fait deux mandats entiers?», s’interroge le constitutionnaliste, qui craint un débat sans fin sur la question. «A l’heure où les radicalités sont au plus haut, c’est extrêmement risqué», tranche Pascal Perrineau.

(AFP)

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