Diplomatie: Accord historique entre Cuba et les Etats-Unis
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DiplomatieAccord historique entre Cuba et les Etats-Unis

Washington va rétablir ses relations diplomatiques avec La Havane. Les sanctions économiques imposées depuis 1962 seront allégées.

Barack Obama et Raul Castro se sont entretenus par téléphone. (photo: AFP)

Barack Obama et Raul Castro se sont entretenus par téléphone. (photo: AFP)

«Todos somos americanos» (Nous sommes tous américains), a lancé Barack Obama lors d'une allocution qui devrait marquer son passage à la Maison Blanche. «Il y a une histoire compliquée entre les Etats-Unis et Cuba (...), mais l'heure est venue d'entamer un nouveau chapitre», a-t-il ajouté, constatant l'échec d'un demi-siècle d'isolement du régime communiste.

Au même moment, à La Havane, son homologue cubain Raul Castro, confirmait cette percée historique, tout en soulignant que la question de l'embargo économique, imposé à Cuba par John F. Kennedy en 1962, n'était pas résolue.

M. Obama a appelé de ses voeux un débat, qui s'annonce déjà houleux, avec le Congrès américain sur la levée de cette mesure «inscrite dans la loi».

Ouverture d'une ambassade

Le pape François s'est personnellement impliqué dans ces négociations menées dans le plus grand secret. L'évêque de Rome a salué une «décision historique», louant le rapprochement entre les deux pays.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry va entamer «immédiatement» des discussions en vue du rétablissement des relations diplomatiques avec ce petit pays des Caraïbes, interrompues depuis 1961. Perspective longtemps impensable, les Etats-Unis vont par ailleurs ouvrir une ambassade à La Havane «dans les mois à venir».

Depuis 1961, l'ambassade de Suisse à La Havane représente les intérêts américains et ceux de Cuba à Washington depuis 1991. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) n'était pas en mesure mercredi de s'exprimer sur les éventuelles conséquences de ce rapprochement sur le mandat suisse.

Des parlementaires démocrates et républicains partisans de l'isolement du régime cubain ont déploré la décision de Barack Obama. Sénateur de Floride, où vivent de nombreux réfugiés cubains très hostiles au régime de Raul Castro, le républicain Marco Rubio a dénoncé la naïveté de l'initiative américaine.

Développer l'internet

Parmi les mesures annoncées pour favoriser les échanges économiques entre les deux pays, les Américains pourront désormais utiliser leurs cartes de crédit à Cuba et les institutions américaines pourront ouvrir des comptes dans les institutions financières cubaines. L'exportation de certains matériels de communication et télécommunication sera aussi permise, dans le but de développer internet sur l'île.

Si les voyages touristiques indépendants resteront à ce stade interdits, nombre de procédures seront assouplies pour les chercheurs, les enseignants, les journalistes ou encore les visites familiales.

Echange de prisonniers

Cette annonce historique intervient quelques heures après la libération d'Alan Gross, un Américain détenu depuis 5 ans à La Havane. Arrêté le 3 décembre 2009 à Cuba, M. Gross avait été condamné en 2011 à 15 ans de prison pour avoir introduit du matériel de transmission satellitaire interdit dans l'île communiste.

Il a été libéré dans le cadre d'un échange plus large d'un espion détenu à Cuba depuis 20 ans et de trois Cubains écroués aux Etats-Unis.

Depuis l'arrivée de Raul Castro au pouvoir en 2006, quelques timides signes de détente entre les deux pays étaient apparus. M. Obama avait en particulier assoupli les règles qui s'appliquent aux voyages vers l'île communiste. En décembre 2013, MM. Obama et Castro avaient échangé une poignée de mains à Johannesburg à l'occasion d'une cérémonie d'hommage à l'ancien président sud-africain Nelson Mandela.

Félicitations de Berne

Les pays latinoaméricains, même les plus critiques envers les Etats-Unis, ont applaudi mercredi ce rapprochement historique. Le Vénézuélien Nicolas Maduro a été jusqu'à saluer «le geste courageux» de Barack Obama.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a salué «chaleureusement» l'annonce de ce rapprochement, se disant prêt à aider les deux pays à normaliser leurs relations. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dit espérer qu'il aboutira à la levée de l'embargo économique.

Son homologue allemand a salué «une très bonne nouvelle». Et la Suisse «salue ce pas historique et félicite les deux parties», a indiqué le DFAE. (ats/afp)

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