Genève: Accro aux jeux, il n'arrive pas à être interdit de PMU
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GenèveAccro aux jeux, il n'arrive pas à être interdit de PMU

Un quadra a tout perdu en jouant. La Loterie romande ne peut lui refuser l'accès à ses points de vente.

par
Marine Guillain
Malgré sa thérapie, Malik n'arrive pas à soigner sa dépendance.

Malgré sa thérapie, Malik n'arrive pas à soigner sa dépendance.

Plus d'un million dilapidé en vingt ans. Dans les casinos et les PMU, à Genève, à Lausanne et en France voisine. Au fil des ans, Malik* a perdu son job, sa famille, son logement, ses amis. Il ne parvient pas à garder un travail, car il se sait capable de tout dès qu'il touche de l'argent. «Je suis incontrôlable», souffle le joueur maladif de 42 ans, déprimé et suicidaire. Il avoue crouler sous les dettes: «J'ai fait de la prison pour escroquerie. Un jour, j'ai même laissé mon père sur son lit de mort pour aller jouer 500 francs.» Suivi par un médecin depuis 2007, l'homme a eu des périodes d'abstinence, mais il replonge toujours.

Malik s'est fait interdire de casino à sa demande depuis une dizaine d'années, mais continue de parier sur les courses de chevaux. La semaine dernière, il a donc voulu faire de même avec le PMU. Requête qui lui a été refusée, à son grand désarroi: «Ça me révolte qu'ils ne fassent rien pour m'aider!» déplore-t-il.

«Nous avons 6000 points de vente publics en Suisse et près de 5 millions de personnes jouent, explique Jean-Luc Moner-­Banet, directeur général de la Loterie romande. Interdire l'accès aux kiosques ou demander l'identité de chaque personne est impossible.» Consciente des dangers, la Loterie romande mise sur une politique de prévention contre le jeu excessif, avec des informations son site web et dans chaque point de vente. Un petit pourcentage de son chiffre d'affaires finance les programmes de prévention et de lutte contre l'addiction au jeu.

L'impossibilité de se contrôler

Le jeu pathologique est aujourd'hui considéré comme une addiction «sans substance» ou «comportementale». Les principaux symptômes? «Le besoin de parier des sommes toujours plus importantes, l'impossibilité de se maîtriser, l'obsession de «se refaire» et l'illusion de contrôle notamment», explique le Dr Gabriel Thorens, médecin adjoint du service d'Addictologie des hôpitaux universitaires genevois, qui suit Malik. Le joueur pathologique est aussi irrité lorsqu'il ne joue pas, capable de mentir, de perdre des relations ou un travail à cause du jeu. Il se trouve souvent dans une situation financière difficile, poursuit son comportement malgré les conséquences négatives, est victime d'angoisse, de stress, de dépression.

«Cette addiction se soigne avec une psychothérapie cognitivo-comportementale, poursuit le Dr Thorens. Cela consiste à faire prendre conscience au patient de la situation, à mettre des stratégies en place et à l'aider à rembourser ses dettes. Aucun traitement médicamenteux n'a été validé pour l'instant, et le risque de rechute est tangible.»

Les offres de soins et de prévention

Trop peu de joueurs pathologiques (2% environ) consultent, et le font souvent tardivement. Les HUG et le Programme Intercantonal du Lutte contre la Dépendance au Jeu (PILDJ) ont développé un site de traitement en ligne des joueurs excessifs en 2010, avec un accompagnement par email d'un psychothérapeute. Malik avait participé aux modules de traitement proposés par cette plateforme. Cette offre est en cours de remaniement et sera bientôt opérationnelle.

Des centres de soins existent en Suisse, tels que le programme NANT des HUG à Genève et le Centre du jeu excessif à Lausanne. Des lieux d'accueil et de prévention comme l'association Rien ne va plus, une permanence téléphonique gratuite anonyme et des sites web (sos-jeu.ch) aident les joueurs en difficulté. Une révision de la législation sur les jeux d'argent votée par le peuple en 2012 est en cours.

* Prénom d'emprunt

Quelques chiffres

- 1 à 3 % de la population suisse souffre de problèmes liés au jeu

- 90% des joueurs excessifs sont endettés

- Le jeu excessif coûte entre 550 millions et 650 millions de francs chaque année à la collectivité suisse

- On compte 21 casinos (sous la surveillance de la Confédération) en Suisse - l'une des plus fortes densités par habitant au monde, ainsi que 6000 points de vente de la loterie romande (responsabilité des Cantons)

- Quelque 3000 personnes par an sont exclues de casinos en Suisse

Sources : Grea (Groupement Romand d'Etudes des Addictions) et Loterie romande

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