Actualisé 02.04.2020 à 06:56

Genève

Accusé d'avoir exploité des ouvriers, il conteste tout

Un entrepreneur lituanien croule sous les plaintes. Il comparaît notamment pour avoir spolié des travailleurs engagés à l'étranger.

de
David Ramseyer
Une vingtaine de plaignants, en majorité des ouvriers, ciblent le prévenu.

Une vingtaine de plaignants, en majorité des ouvriers, ciblent le prévenu.

Davebolton

Grand, mince, les cheveux en arrière, D. affiche perpétuellement un air las et détaché, comme surpris et mécontent d'être sur le banc des accusés du Tribunal correctionnel. Et pour cause: il n'a rien fait, selon lui. Jadis actif dans les cantons de Genève, Vaud et Valais, cet entrepreneur lituanien de 36 ans accumule pourtant les chefs d'accusation, traite d'êtres humains en tête. Son procès a débuté ce mercredi. Il est poursuivi pour avoir engagé des ouvriers de l'est et du nord de l'Europe à des conditions déplorables. Le Ministère public évoque notamment des salaires horaires de 20 centimes, une pluie d'heures supplémentaires non rémunérées et des menaces contre le personnel des chantiers (cf. encadré).

La faute au personnel, d'après lui

Mais D., imperturbable, conteste quasi tout ce qui lui est reproché. Selon lui, des travailleurs mentent sur le montant réel des salaires versés. Quand le président du tribunal lui fait remarquer qu'entre ce qui était promis à l'engagement (soit une dizaine d'euros de l'heure) et la somme finalement réglée, la différence était souvent très importante, le trentenaire nuance. «Oui, j'ai revu à la baisse des rétributions, parce que je me suis aperçu que des employés n'avaient pas les qualifications qu'ils prétendaient posséder.»

Plusieurs ouvriers affirment n'avoir reçu que des avances ponctuelles, mais jamais la totalité de leur dû? D. soutient que c'est faux. Ce père de famille assure aussi que les heures supplémentaires ont toujours été compensées. «Il n'y a jamais eu un dimanche travaillé, ou alors je n'étais pas au courant», jure l'ex-patron, qui possède par ailleurs un diplôme de juriste. De quoi faire la leçon au Ministère public qui, selon le prévenu, «n'a pas effectué un travail adéquat».

Un patron mal informé

La justice lui reproche par ailleurs des violences et des pressions exercées sur le personnel qui contestait les salaires ou menaçait de déposer plainte. Rien de cela, affirme l'homme, qui s'exprime en russe. Lorsque la justice lui reporte des accusations sur les conditions de sécurité défaillantes des chantiers, D. reprend au vol le témoignage d'un ouvrier, recueilli durant la procédure: «Comment quelqu'un qui n'est pas ingénieur et a travaillé auparavant dans une pizzeria peut-il connaître les normes en vigueur?» Enfin, sur d'autres points, D. - propriétaire de plusieurs entreprises qui visiblement traitaient entre elles - estime avoir été trompé ou mal informé par ses collaborateurs.

Les plaidoiries auront lieu ce jeudi; le verdict est attendu vendredi.

Accusations en cascade

Le prévenu fait face à une vingtaine de plaignants, mais aussi à une vingtaine de chefs d'accusation. Entre 2015 et 2017 particulièrement, il a fait miroiter à des travailleurs d'Europe du Nord et de l'Est des salaires "intéressants" au vu de leur niveau de vie puis les a fait venir sur divers chantiers de Suisse romande. Le Ministère public estime qu'il a ciblé des ouvriers dans la précarité, pour ensuite les payer entre 20 centimes et 6.50 de l'heure, tout en leur imposant des conditions de travail illégales. D. est ainsi accusé de traite d'êtres humains par métier. Ce n'est pas tout. L'homme est poursuivi pour n'avoir pas réglé les assurances sociales de son personnel, mais aussi pour gestion fautive, contrainte ou encore abus de confiance envers des sociétés tiers.

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