Vaud - Accusé d’avoir forcé ses garçons à voir des films pornos
Publié

VaudAccusé d’avoir forcé ses garçons à voir des films pornos

Un père comparaît pour des actes immondes sur ses deux fils. Le doute a plané au tribunal, marqué par l’absence de la mère, coprévenue mais décédée.

par
Frédéric Nejad Toulami
Les deux enfants ont été confrontés à des images choquantes.

Les deux enfants ont été confrontés à des images choquantes.

iStock

Le quadragénaire jugé jeudi au Tribunal correctionnel, à Vevey, est-il un monstre ou un pauvre bougre victime de sa compagne alcoolique et vengeresse? Il est accusé d’avoir notamment réveillé en pleine nuit ses garçons d’alors 6 et 8 ans pour les amener au salon regarder des films pornos pendant que la mère dormait, d’août 2014 à fin mai 2015. Il les aurait parfois bâillonnés ou attachés et se serait masturbé devant eux en leur demandant de se toucher aussi.

Mère à la fois plaignante et prévenue, avant de mourir

Lui clame son innocence depuis six ans. Comme l’ont reconnu des experts, il s’est beaucoup impliqué auprès de ses enfants, ravagés par des problèmes psy et sous médicaments en foyer d’accueil, après le décès de leur mère en été 2018. Elle était à la fois plaignante et prévenue dans cette affaire. Gravement alcoolique et dysfonctionnelle, elle achetait des films d’horreur et des jeux vidéo violents qu’elle laissait à ses enfants quand le papa allait travailler. Il déclare à la Cour avoir tenté d’en empêcher l’accès quand il était présent à la maison, et se réfugie aussi derrière le fait qu’il n’avait pas l’autorité parentale sur ses enfants. Le couple se disputait souvent très violemment devant eux et se cachait peu durant ses ébats sexuels.

À cette période, des intervenants scolaires et sociaux ont constaté des comportements déplacés à connotation sexuelle à l’école. Le prévenu met en cause la mère, qui aurait influencé les gosses contre lui. Après le décès de cette dernière, les fils ne l’ont plus accusé et des rapports le désignent comme facteur stabilisant pour eux. «Je m’attendais à un peu plus d’humilité de votre part aujourd’hui, lui a rétorqué la procureure. On dirait que tout était la faute de votre compagne.» Elle reconnaît cependant l’influence très néfaste et la responsabilité de la mère. «Il n’est pas élégant de dire du mal d’une personne décédée, mais… Il est certain que si elle était encore en vie, elle aurait été mise en accusation et le ministère public n’aurait pas été tendre avec elle.»

«Quoi de pire que d’être faussement accusé de s’en être pris à ses enfants?»

Le prévenu concède: «Je n’aurais pas dû me laisser manipuler et stagner dans cette situation-là. Je ne voulais pas quitter mes fils. J’avais approché la Justice de Paix pour avoir les droits parentaux, mais nous n’étions pas mariés. Comme elle touchait une rente AI, elle refusait de se marier de crainte de la perdre. Je dois remettre hélas tout ça sur le tapis, mais moi cela fait 5 ans que je dois vivre avec cela.» Pour Me Xavier Rubli, son client vit un enfer depuis ces accusations de 2015: «Quoi de pire que d’être faussement accusé de s’en être pris à ses enfants? Tout est tragique, y compris ce qu’endurent les deux jeunes garçons aujourd’hui.» L’avocat de la défense pointe aussi les «carences éducatives massives de la mère, comme l’ont établi les rapports d’expertise. C’est le père qui avait le plus de compétence parentale.» Et de souligner que la procureure avait déjà l’intention de rendre une ordonnance de classement en octobre 2018, avant que des avocats demandent une expertise de crédibilité avec les enfants. Me Rubli conclut à l’acquittement total de toutes les charges retenues contre son client. Verdict ce vendredi.

La procureure atténue les accusations

«L’expert de crédibilité a demandé de maintenir le lien entre le père et ses enfants, et eux ont exprimé leur désir de vivre avec lui», a rappelé la présidente du tribunal, qui veut distinguer cela des faits reprochés. Les parties civiles ont renoncé à des dédommagements pour tort moral. Quant à la procureure, elle a admis ne pas être convaincue des accusations de contrainte sexuelle la nuit. Mais elle souligne les omissions du père dans son obligation d’éducation, c’est pourquoi elle requiert une peine pécuniaire, soit des jours-amende avec sursis. La représentante de l’aîné des enfants rejoint, elle, partiellement le réquisitoire du ministère public, mais elle ne rejette pas totalement les accusations de contrainte et d’actes d’ordre sexuel, malgré ses doutes. «Il faut garder en tête que la réhabilitation du père ne signifie pas qu’il est innocent. Le prévenu doit prendre conscience de la gravité de ses actes, ce qui n’est actuellement pas évident», a-t-elle plaidé.

Ton opinion